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« Une famille syrienne », incarnation confinée de la souffrance civile

« Une famille syrienne », incarnation confinée de la souffrance civile
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Une famille syrienne est le second long-métrage du cinéaste belge Philippe Van Leuw. Après Le Jour où Dieu est parti en voyage (2009), le réalisateur signe à nouveau une œuvre politique sur la souffrance des populations civiles en temps de guerre. C’est la colère face à l’inaction de la communauté internationale consécutive au début du conflit syrien qui l’a poussé à réaliser ce long-métrage. Notre critique.


 

Dans la Syrie en guerre, d’innombrables familles sont restées piégées par les bombardements. Parmi elles, une mère et ses enfants tiennent bon, cachés dans leur appartement. Courageusement, ils s’organisent au jour le jour pour continuer à vivre malgré les pénuries et le danger, et par solidarité, recueillent un couple de voisins et son nouveau-né. Tiraillés entre fuir et rester, ils font chaque jour face en gardant espoir.

 

★★★★ – À ne pas manquer

 

Le film s’ouvre sur le regard d’un vieil homme à travers une fenêtre donnant sur un parking détruit par les bombardements, il tire lentement sur sa cigarette à laquelle il semble s’accrocher plus qu’à quelconque espoir. Puis un mouvement de caméra lent qui balaye la pièce grisâtre dans laquelle il se trouve, avant de s’arrêter sur la porte de l’appartement qui a été bricolée pour installer des barricades en bois. Le caractère funeste de la scène appuyé par une musique aux sonorités de requiem. La désolation est omniprésente, le danger également. Danger visible par la fenêtre avec cette ville déchirée par les bombes et les tirs, ville qu’on ne nomme jamais mais qui fait évidemment écho à l’actualité de celles d’Alep ou de Damas. Danger perceptible depuis l’entrée de l’appartement que la famille occupe en étant les derniers à vivre dans cet immeuble, dans la peur des pillages ou des intrus. A sa belle-fille fille qui ne peut empêcher son regard d’être attiré par la grande fenêtre qui expose un champ de ruine en spectacle, le vieil homme dira « Laisse le monde dehors, il ne vaut plus rien. ». Tout est gris, sombre, pesant. Comme si la pellicule était couverte de poussière. On ne sait pas si c’est la fumée des bombardements, les particules éjectées par les tirs ou l’exiguïté des pièces dans lesquelles se cache la famille qui semble avoir fait périr la lumière.

Philippe Van Leeuw nous enferme ainsi dans le lieu de vie d’une famille qui, faute de pouvoir fuir la guerre, est contrainte de rester enfermée dans son appartement. Il nous enferme dans un quotidien marqué par les rationnements et les bruits assourdissants des bombardements qui n’apparaissent jamais directement à l’écran, si ce n’est à travers la peur des personnages et l’affolement provoqué par les tirs frôlant leur frêle habitation. Un état de siège permanent, qui distord le temps et l’environnement. On ne reste avec cette famille qu’une seule journée, dans un seul lieu, et ce court récit assume pourtant la charge de porter l’histoire de milliers de civils touchés pas la guerre. Celui-ci méritait donc d’être habité par les personnages profonds et complexes dont il conte l’histoire.

 

Virginie Surde-Altitude 100-liaison Cinématographique

 

Celle-ci se centre principalement autour de la mère de famille, interprétée par la formidable Hiam Abbass, véritable astre autour duquel gravitent les membres d’une petite communauté réfugiée. Jamais l’inquiétude ne quitte ses traits durcis par l’âge et la dévotion qu’elle donne à sa famille. Elle irradie cependant d’une force, d’une persévérance et d’un courage prodigieux qu’elle s’efforce de transmettre à ses enfants. Son beau-père semble quant à lui s’être résigné à finir sa vie au milieu de la guerre et des morts, la tristesse provoquée par cette idée rompant de façon bouleversante avec l’époque que le vieil homme semble incarner, celle d’une Syrie en paix. L’intrigue s’enclenche lorsque la domestique de la famille assure à la mère d’avoir vu le mari d’Halima, la voisine qu’elle héberge, se faire abattre sous leur fenêtre alors qu’ils voulaient fuir de la ville avec leur bébé le soir-même. Si fuir leur déchire le cœur, il faut pourtant s’y résoudre car leur pays n’est porteur d’aucun espoir pour leur enfant. Seulement de prédictions funèbres. Une famille syrienne est d’ailleurs une réponse percutante à tous ceux remettant en cause les motivations des réfugiés politiques.

Ce long-métrage expose également de puissantes fulgurances incarnées par les sentiments des personnages qui jaillissent après avoir été refoulés. Ces sentiments d’une famille trop étouffés par la nécessité de faire face, par la peur ou par la la résignation. Ces larmes qui viennent parfois fendre le visage de cette mère si forte. Cette horreur sur le visage d’Halima lorsqu’elle est confrontée aux injonctions des hommes voulant pénétrer l’appartement. Ces rires qui viennent éclairer le visage d’un jeune garçon lors des étreintes avec son grand-père. Ces sourires emplis de reconnaissance lorsque sont prononcées des promesses presque assurées de lendemains meilleurs.

 

Dans le long-métrage de Philippe Van Leeuw, la guerre est hors champ en permanence, les différents camps ne sont jamais évoqués. C’est un film focalisé sur l’humain, qui fait envisager d’une manière différente ce que la population vit aujourd’hui en Syrie. Car si l’on voit énormément d’images de bombardements à la télévision, il est parfois difficile de prendre conscience du quotidien des civils dans ce pays ravagé par la guerre. Une famille syrienne est un huis clos totalement immersif qui ne laisse aucun répit aux spectateurs ni aux personnages. Un film de guerre rare et infiniment juste dont on ne sort pas indemne.

 

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Claire Schmid

Responsable Culture. Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

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