Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Front National : une rentrée attendue pour un parti en crise

Front National : une rentrée attendue pour un parti en crise
Camille Baron

C’est sous la pluie que Marine Le Pen a fait sa rentrée politique ce vendredi à Brachay, en Haute-Marne. Un temps morose, qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de son parti, miné par les querelles internes entre la dirigeante frontiste et son vice-président, Florian Philippot, et pas encore totalement remis de la débâcle présidentielle.


 

Devant 500 personnes et en terrain conquis — Brachay a voté à 90,24% Front National au second tour de la présidentielle — Marine Le Pen est revenue aux fondamentaux du parti, s’appuyant sur les thématiques identitaires et sécuritaires. Attentats, immigration, fondamentalisme islamique, préférence nationale : tout y est passé pour faire ressentir à l’auditoire l’urgence de la situation, et surtout l’urgence de son action politique. Car en l’absence de Marine Le Pen cet été, c’est le très droitier Laurent Wauquiez, favori pour la présidence des Républicains, qui s’est approprié ces thèmes chers au Front National. Le pari est donc double pour l’élue du Pas-de-Calais, qui doit se positionner comme la première force d’opposition évidente face à Emmanuel Macron, tout en rassurant son électorat après des résultats en deçà des espérances aux élections présidentielles et législatives.

Mais Marine Le Pen est-elle crédible dans ce rôle ? Malgré ses virulentes charges à l’égard de Bruxelles et du président de la République, elle peine à se faire entendre sur le dossier du moment, la réforme du Code du travail. Son opposition plutôt discrète contraste avec la stratégie de ceux qu’elle qualifie d’« islamo-trotskistes », la France Insoumise. Pour devenir cette « véritable alternance patriote et républicaine » dont elle vante tant les mérites, Marine Le Pen doit encore faire ses preuves et rebondir rapidement.

 

Philippot, le mal-aimé

 

S’il y a bien un sujet qui n’a pas été évoqué à Brachay, c’est la sortie de l’euro, ligne de force de la stratégie Philippot adoptée à la présidentielle. Depuis la défaite de mai dernier, le courant ne passe plus entre Marine Le Pen et son vice-président. Pour plusieurs cadres du parti, le député européen est responsable de l’échec électoral du Front National. Vendredi, le maire de Béziers Robert Ménard, proche des frontistes, a même appelé Marine Le Pen à se séparer de l’élu de Forbach, « néfaste pour le parti ». Le mot d’ordre est maintenant de s’orienter sur des positions plus nationalistes et conservatrices, se rapprochant de la ligne défendue par Jean-Marie Le Pen et plus récemment Marion Maréchal-Le Pen.

Des querelles internes qui se renforcent aussi avec l’éloignement du vice-président de son parti. L’association Les Patriotes, créée par Florian Philippot en mai et qui vise officiellement à promouvoir des idées frontistes, ressemble finalement à une porte de sortie au cas où la situation s’envenimerait davantage. Et cela ne plaît pas vraiment à Marine Le Pen. Selon L’Opinion, elle lui aurait demandé de quitter la présidence de son association, sans toutefois obtenir de réponse. Un sentiment renforcé suite au départ il y a quelques jours de la vice-présidente des Patriotes, Sophie Montel, de son poste de présidente du groupe FN de Bourgogne Franche-Comté sur décision de Marine Le Pen. Le dilemme reste malgré tout entier pour la présidente du parti, puisque se séparer de Philippot, un de ses plus proches conseillers, serait finalement comme se désavouer elle-même.

 

Nouveau front pour une nouvelle vie

 

« En avant pour un nouveau front », était écrit derrière Marine Le Pen pour son discours de rentrée. Comme une volonté de se détacher des conflits internes et de l’échec présidentiel pour prendre un nouveau départ. Un bouleversement du parti qui, elle l’espère, lui permettra sa « grande entreprise de refondation du mouvement national ». Au programme : un « séminaire des cadres » début octobre, une « tournée des fédérations » pour rencontrer les Français et une « journée des élus ». Mais c’est surtout l’annonce officielle du changement de nom du parti qui retient l’attention. Fin septembre ou début octobre, les adhérents devront se prononcer pour un nouveau nom — une liste a déjà été préparée — et une nouvelle organisation, pouvant déboucher sur une décentralisation du parti. Ces changements ne seront probablement pas actés d’ici les élections sénatoriales de fin septembre, même si le Front National espère obtenir plus que ses deux actuels sénateurs, David Rachline et Stéphane Ravier. Ils doivent en revanche permettre de poser des bases stratégiques et une ligne claire, esquissée à Brachay, avant le congrès du parti en mars 2018, qui verra ou non une deuxième réélection de Marine Le Pen.

The following two tabs change content below.

Camille Baron

Étudiante en troisième année de l'académie ESJ Lille.

Submit a Comment