Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Les journées du Matrimoine : l’Histoire au féminin

Les journées du Matrimoine : l’Histoire au féminin
Sarah Houmsi

«Le métier d’historien est un métier d’hommes qui écrivent l’histoire au masculin.» A écrit l’historienne Michelle Perrot. Les journées du Matrimoine, c’est le moment de raconter l’histoire au féminin. À Rennes, l’association Histoire du Féminisme de Rennes (HFR) saisie l’occasion pour organiser une visite guidée autour de Louise Bodin.


 

En France, l’existence même d’une Histoire des femmes à longtemps été niée. Les militantes du MLF s’y étaient résignées quand elles chantaient: «Nous qui sommes sans passé, les femmes. Nous qui n’avons pas d’Histoire.» en 1970.

En 1973, Michelle Perrot, qui venait tout juste de passer sa thèse, propose à Paris 7 un cours au titre timide: «Les femmes ont-elle une histoire ?». Les leçons font sensations, l’amphithéâtre est plein à craquer et les universitaires, intrigués, entament leurs recherches: ils redécouvrent des femmes comme Madeleine Pelletier, Hubertine Auclert et bien d’autres. Il semblerait que oui, les femmes ont histoire mais que celle-ci a longtemps été mise de côté. Les journées du matrimoines mettent ces figures féminines au devant de la scène:

Des figures comme Louise Bodin. Vous la connaissez ? La journaliste féministe, la communiste pacifiste ? Non, ça ne vous dis rien ?

Si vous passez à Rennes, vous ne trouverez aucune rue à son nom, son premier appartement est introuvable, les lieux qu’elle a connu ont été tant et tant transformés qu’ils ne gardent en eux aucun souvenir d’elle.

Louise Bodin est invisible. L’intitulé prudent de la visite guidée «Sur traces de Louise Bodin» paraît presque trop ambitieux.

Un unique livre rend possible cette balade dans l’Histoire : «La Bolchevique aux Bijoux» par l’historienne Colette Cosnier. C’est grâce à cette biographie que l’on sait que Louise Bodin à grandi à Paris et qu’elle rejoint son mari médecin en 1898 à Rennes.

 

 

Bourgeoise? Oui. Lettrée? Cela va de soi. Mais surtout engagée. Quand la Grande Guerre éclate, elle s’y oppose et plaide pour la paix au nom du féminisme. Sa vie confortable ne l’empêche pas de dénoncer les conditions de travail des ouvriers et son engagement au parti communiste fait d’elle un des personnages historique clé pour comprendre l’implantation du parti en Ille-et-Vilaine. Et, alors qu’au XXème siècle, la profession de journaliste est très majoritairement masculine, elle publie plus de 500 articles et devient rédactrice en chef du journal féministe La voix des femmes.
«Elle est transgressive, radicale.»

Ses écrits sont lus dans les ruelles pavées du centre-ville et le public, majoritairement féminin, écoute captivé.

Tous et toutes sourient en entendant la journaliste réfuter un par un les arguments contre le droits de vote des femmes. Et lorsque «La Louise» s’indigne de l’adoption de la loi contre l’avortement en 1920 à la Une de L’Humanité ainsi:

«Et c’est bien, en effet la femme de l’ouvrier, la femme du peuple, qu’on veut atteindre. Celle-là restera dans l’impossibilité de limiter le nombre de ses enfants. Les cabarets sont ouverts pour son homme, mais les cabinets médicaux sont fermés. Elle croupira dans des taudis sans air, sans , lumière et sans eau : qu’importe elle aura des gosses. Elle sera exténuée par les traavux de l’atelier, de la fabrique et du ménage : qu’importe elle aura des gosses. Elle ira laver à la rivière des charges de linge à tomber sous le poids ; montera à son sixième seaux d’eau à lui arracher les bras : qu’importe elle aura des gosses. […] Si elle en perd six, elle en aura douze. Elle y crèvera : mais elle aura des gosses !»

Le public est saisi, la plume de Louise Bodin n’a rien perdue de sa force.

 

Crédits : Sarah Houmsi.

 

Pour Elise, c’est pour ça que les journées du matrimoines sont importantes: «Si on ne connaît pas notre histoire, on aura toujours l’impression de recommencer à zéro

«On est pas dans la célébration du personnage» explique Justine, «On est une association féministe et Louise Bodin est une bonne façon de montrer que les combats d’aujourd’hui étaient aussi ceux d’hier

Tout ne fait que commencer pour HFR qui a l’intention de poursuivre les recherches de Colette dans l’espoir de trouver, perdue dans les archives, d’autres femmes oubliées.

The following two tabs change content below.

Submit a Comment