Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

« Le Redoutable », le petit précis de Jean-Luc Godard

« Le Redoutable », le petit précis de Jean-Luc Godard

Adapter un roman est toujours un exercice périlleux. Michel Hazanavicius s’y risque avec Le Redoutable, adaptation du roman d’Anne Wiazemsky Un an après. Le réalisateur tente de raconter Godard à travers les yeux de son ex-épouse. Au moment où se déroule l’histoire, Anne Wiazemsky a 19 ans. Campée par la très discrète Stacy Martin, elle suit le réalisateur à travers chacune de ses lubies. Critique.


 

Jean-Luc Godard est en pleine crise cinéphile. Le Godard à succès de la Nouvelle Vague, génial réalisateur du Mépris et de Pierrot le Fou, est mort ! Place au Godard engagé et révolté. Il souhaite changer le Monde, à commencer par le sien, celui du cinéma. Démarre alors une remise en question pour le cinéaste qui se sent incompris, d’abord par le public puis par les étudiants et enfin par ses proches et sa femme.

 

★★★☆☆ – À voir

 

Une épouse transparente pour célébrer Godard

 

Anne Wiazemsky n’a d’yeux que pour son époux. Il la fascine plus qu’il ne l’intrigue puisque ce n’est pas un homme mais bien Jean-Luc Godard qu’elle a épousé. On a donc peu de place pour explorer les sentiments de l’actrice qui raconte l’histoire de celui qu’elle aime. C’est, sans doute, pour cette raison que les paroles de la jeune femme se font rares.

Car Martin joue le rôle d’une épouse décidément transparente. Œil du spectateur, elle n’existe que pour son corps. Ses dialogues se limitent souvent à une voix off, et sa personnalité est à peine esquissée, noyée dans le burlesque cher à Hazanavicius. Un comble, pour un film certes librement adapté, mais adapté tout de même, d’un épisode autobiographique. Les plans du film sont extrêmement colorés et ressemblent à une oeuvre de Piet Mondrian. On retrouve aussi plusieurs influences des précédents films de Michel Hazanavicius avec l’humour et l’esprit Sixties d’OSS 117 ou encore le côté burlesque de The Artist.

Mais le succès du Redoutable, c’est surtout Le Redoutable lui-même. Louis Garrel interprète le personnage antipathique et lunatique de Jean-Luc Godard avec force et décadence : ses tics, son style… sans toutefois tomber dans le mimétisme. Ici, la longue rupture de Wiazemsky et de Godard est moins un sujet qu’un prétexte pour raconter le réalisateur. Godard est en 68 un intellectuel perdu, à la recherche d’une nouvelle manière de faire du cinéma. Garrel se fond dans le personnage de manière troublante, reprenant ses tics, sa façon de parler, l’impétuosité du réalisateur.

 

Copyright Philippe Aubry – Les Compagnons du cinéma

 

Une certaine vision de Mai 68

 

Le Redoutable n’est pas un film historique mais bien une comédie, le portrait d’un Jean-Luc Godard déchaîné en plein Mai 1968. Aussi malicieux que son personnage principal, Le Redoutable s’ouvre sur une scène de La Chinoise ; il reprend les codes esthétiques de Pierrot Le Fou ; les scènes de nu du Mépris. Véritable catalogue de références de l’œuvre de Godard, Hazanavicius retrouve avec gourmandise l’ambiance sixties qu’il avait éprouvé avec les deux opus d’OSS 117. Mais quelque part, dans les regards absents de Stacy Martin et l’acharnement de Godard, le charme n’opère pas tout à fait.

Plus qu’un épisode biographique, Hazanavicius livre une certaine vision de l’époque. À la fois drame -le récit d’une rupture qui a amené Godard à faire une tentative de suicide- et comédie, Le Redoutable tangue parfois avec maladresse et un manque de nuance certain. Souvent avec lourdeur, le film insiste sur le caractère déraisonnable du réalisateur, ses obsessions, sa volonté de tout détruire pour mieux recommencer. Aussi noir que soit le point de vue Wiazemsky sur mon ex-mari à cette période, on peut reprocher au Redoutable de manquer de hauteur de vue. Jamais la volonté de réinvention de Godard n’est vue comme potentiellement positive. Jamais son désir de changer le monde n’est observé avec bienveillance.

 

Plus qu’un simple épisode, Hazanavicius semble ici livrer sa vision, son point de vue sur les évènements de Mai 68. Il croque avec férocité la révolte de cette jeunesse qu’il dépeint comme insupportable et capricieuse, soutenue par des fous en quête d’une cure de jouvence comme Godard.

 

The following two tabs change content below.
mm

Hortense Crépin et Alexandra Saviana

mm

Derniers articles parHortense Crépin et Alexandra Saviana (voir tous)

Submit a Comment