Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

« Nos Années Folles » : quête d’identité d’un poilu

« Nos Années Folles » : quête d’identité d’un poilu
mm

Paul est un déserteur de la première guerre mondiale. Pour échapper au peloton, Louise, son épouse, et lui décident de le travestir en femme : Suzanne. André Téchiné nous livre un long-métrage mélangeant poésie et drame, un film d’époque au sujet résolument contemporain. Critique.


 

La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul…

 

★★★☆☆ – À voir

 

La fin de la première guerre mondiale a laissé place à l’effervescence des années 20. On se presse au cabaret pour entendre cette histoire folle : celle d’un déserteur devenu travesti avec la complicité de sa femme. On aurait presque du mal à y croire, et pourtant : c’est Louise la première qui en a eu l’idée. Comment pouvait-elle dénoncer l’homme qu’elle aime ? Lui qui ne veut plus retourner au front après s’être fait amputer de deux phalanges. D’abord réticent à l’idée de se déguiser « en bonne femme », Louise parvient à persuader Paul que c’est la seule solution pour échapper aux autorités. Le soldat cède place à une grande dame pomponnée. Tout est là pour faire croire à la supercherie : boucles d’oreilles imposantes sublimant une robe un peu passée, bas de laine, rouge à lèvres et épilation ; Paul devient Suzanne. Mais l’entourloupe ne dure qu’un temps et Paul jouit rapidement de cette nouvelle identité… Si bien qu’à la fin de la guerre, Suzanne Landgard continue d’exister, mettant Paul Grappe en retrait.

 

Copyright ARP Sélection

 

Mise en abyme et quête d’identité

 

Tiré du livre La Garçonne et L’Assassin, de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, André Téchiné aborde avec délicatesse et sensualité l’histoire vraie de Paul et Louise. Un mélange subtil entre les images au front, l’amour charnel des deux amants et la décadence de l’après guerre. Un récit que le réalisateur a décidé d’entrecouper avec les scènes de cabaret où Paul raconte sa propre histoire face à un public curieux. Une mise en abyme pertinente qui sublime poétiquement le récit mais qui parvient aussi à perdre le spectateur : spectacle ou réalité ?

Derrière la caméra de Téchiné, ce n’est pas tellement les dialogues qui séduisent mais plutôt sa manière de mettre en valeur ses acteurs et actrices. Incontestablement, Pierre Deladonchamps fait vivre Suzanne à tel point que sa quête d’identité devient aussi celle de l’auditoire. Sans jugement aucun, nous suivons Paul dans son propre mensonge. Qui est-il ? La séduisante Suzanne ? Ou ce timide soldat ? La force du film, et par défaut de de cette vraie histoire rocambolesque, est en fait la démonstration de la quête d’identité, encore très contemporaine, sur fond d’entre-deux-guerres.

 

Théâtralisation

 

On peut néanmoins reprocher au film sa trop grande théâtralisation. André Téchiné est bien meilleur pour filmer les scènes de cabaret que pour filmer celles du biopic. De la même manière, si l’histoire est, elle, complétement folle, les dialogues des personnages appauvrissent le film ainsi que les rôles secondaires, dont la performance fait davantage penser à du théâtre qu’à du cinéma. Hélas, ces lacunes laissent parfois les spectateurs en dehors du récit.

 

Finalement, le film Nos années folles est, par sa séduisante mise en abyme, une invitation poétique à redécouvrir l’histoire démente de Paul et de Louise. Et malgré les quelques faiblesses des dialogues, le film tient la majeure partie de son pari : rendre contemporaine cette histoire folle.

 

The following two tabs change content below.
mm

Alizé Boissin

Etudiante bordelaise, aimant partager des cannelés et des idées avec la e-communauté

Submit a Comment