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Nos recommandations pour la rentrée littéraire

Nos recommandations pour la rentrée littéraire
La Rédaction

Ce n’est pas moins de 581 romans qui ont fait vivre la rentrée littéraire de cette année ! L’occasion de découvrir de nouveaux talents, de nouvelles plumes, on de retrouver des auteurs que l’on affectionne. Autant de perspectives de voyages littéraires. Afin de vous aider dans votre sélection, Radio Londres vous propose de découvrir six ouvrages récemment parus qui ont marqué la rédaction. 


« Vous connaissez peut-être » : un joyeux fourre-tout jouissif et lumineux

 

Joan Sfar, Vous connaissez peut-être

Éditions Albin Michel– 18,50 € – 272 pages – 23 août 2017

 

A Paris, en plein état d’urgence, Joann Sfar déprime. La femme qu’il aime ne quitte pas son mari malgré ses promesses. Il enchaîne donc les cours de boxe et les histoires de cul insignifiantes, jusqu’à ce qu’une femme qui ressemble étrangement à sa mère apparaisse dans la rubrique « Vous connaissez peut-être » de Facebook. Elle est jeune, jolie et juive. Alors bien sûr, il l’ajoute en amie. S’en suit un récit autobiographique (assumé dès le début « tout est vrai, sinon ce n’est pas drôle ») où Marvin, son nouveau bull terrier radicalisé voulant tuer ses chats, et Lili, la femme virtuelle manipulatrice, vont lui en faire baver.

La pseudo-enquête est pour l’auteur un prétexte pour parler de son époque, de ses (multiples) névroses et d’ironiser sur son existence. Entre deux chapitres où les gags s’enchaînent, comme l’excellent épisode du restaurant japonais en compagnie de l’animatrice érotique Nephaël, Sfar partage ses interrogations, aussi philosophiques que fumeuses. L’une de ses grandes préoccupations concerne le rapport au réel. A l’heure d’internet, comment un artiste peut-il encore créer ? Pourquoi préfère-t-on le virtuel ? Le réel serait-il décevant ? Ce sont les bande-dessinées de science fiction de son enfance (celles de Moëbius, Bilal), qui sont devenues la réalité d’aujourd’hui : on tombe maintenant amoureux d’une photo sur un écran. Il ironise aussi sur la lutte des classes, en se moquant des chauffeurs Uber pour qui « y a pas de souci », comme si la communication entre le gratin parisien et les exploités du capitalisme était impossible.

S’il n’est pas un grand écrivain, Joann Sfar est un très bon conteur, témoin assidu du 21ème siècle. Le manque de profondeur est compensé par un style fluide, moderne, et un sens de la dérision aiguisé. Véritable ouvrage d’époque, Vous connaissez peut-être, est un joyeux fourre-tout jouissif et lumineux. Du Michel Houellebecq, low budget.

 

Extrait :

Au début il y a cette fille, Lili rencontrée sur Facebook. Ça commence par « vous connaissez peut-être », on clique sur la photo du profil et un jour on se retrouve chez les flics. J’ai aussi pris un chien, et j’essaie de lui apprendre à ne pas tuer mes chats. Tant que je n’aurai pas résolu le problème du chien et le mystère de la fille, je ne tournerai pas rond. Ça va durer six mois.

 


« Mercy, Mary, Patty » : fuir la route pour la rocaille

 

Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty

Éditions Actes Sud – 19,80 € – 240 pages – 16 août 2017

 

Mercy, Mary, Patty, c’est l’histoire de trois femmes : Gene Neveva, Violaine et la narratrice au nom inconnu. Toutes touchées à leur manière par une affaire de 1974 (l’enlèvement de la fille d’un magnat de la presse américaine par un groupe révolutionnaire d’extrême gauche, la SLA), elles partent sur les traces de Patricia Hearst, tentant de déchiffrer l’énigme qu’elle représente et se heurtant à une réalité complexe, multiple.

Mercy, Mary, Patty, c’est donc aussi en filigrane le récit du volte-face de la jeune héritière qui, à la surprise générale, se convertit à la cause de ses ravisseurs. On prétexte un lavage de cerveau lorsque Patty, devenue Tania, prend les armes pour dénoncer la misère et la domination de la société par la classe dont elle faisait encore récemment partie. Par cet acte elle tente de reprendre sa vie en main, elle qui avait toujours été déterminée par des hommes. Haïe par certains, adorée par d’autres, Patty suscite toutes les passions.

Mercy, Mary, Patty, c’est enfin un hommage aux femmes qui ont osé défier ceux qui les voulaient sages et silencieuses, qui ont rêvé de liberté et d’émancipation dans une Amérique qui décidait de leur avenir à leur place. Ces femmes sont d’ailleurs présentées dès le titre du roman. Il y a celles qui tourné le dos à leur confort et qui inspirent la thèse de Gene Neveva, à l’image de Mercy Short et Mary Jeminson. Ces deux jeunes femmes du XVIIème et XVIIIème siècles furent enlevées par des Amérindiens et finirent par rejeter leur ancienne vie. Elles se sont intégrées dans une société qui leur proposait une vraie place, loin de la passivité à laquelle elles étaient promises. Il y a aussi celle qui s’est battue : Patricia, ou Patty. « I chose to stay and fight », déclare-t-elle.

La complexité de la narration peut au début de la lecture surprendre, mais elle apporte toute sa richesse et toutes ses nuances au texte. L’auteure manie sa plume à la perfection et nous livre ici un roman dont on ne sort pas indemne.

 

Extrait :

Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.

 


Le dernier Amélie Nothomb : mal de mère et coup au cœur

 

Amélie Nothomb, Frappe-toi le coeur

Éditions Albin Michel – 16,90 € – 180 pages – 23 août 2017

 

25ème livre d’Amélie Nothomb. 25 ans après son hallucinant Hygiène de l’assassin. L’œuvre de l’écrivaine est singulière, étonnante, grinçante, étrange, elle ne fait sans aucun doute pas l’unanimité et présente une certaine inégalité. Ses derniers romans n’atteignant pas la grâce ni l’originalité de Robert des Noms propres, d’Attentat ou encore de Mercure. Mais Frappe-toi le cœur est incontestablement une réussite et présente une profondeur remarquable.

Amélie Nothomb a ce talent d’embarquer son lecteur dans un tourbillon d’évènements parfois absurdes, de personnages torturés et d’analyses psychologiques pour ne l’en libérer qu’à la fin du roman. On suit ici l’histoire de Marie, puis de sa fille Diane, deux personnages parfaitement nothombiens. Marie a grandi en province et ne vit qu’à travers le regard des autres, sa passion étant de séduire. A l’âge de 20 ans, elle met au monde sa première fille, Diane, d’une beauté lumineuse. Marie ne supportant pas que son enfant puisse accaparer davantage l’attention qu’elle, jamais elle ne témoignera d’affection envers sa fille. Le trou béant laissé dans le cœur de la petite fille dévastée par ce manque d’amour la suivra toute sa vie, il sera déterminant dans sa décision de devenir cardiologue et dans ses relations sociales.

Il y a dans Frappe toi le cœur ces instants électrisants dans lesquels Amélie Nothomb s’éloigne un instant de sa narration si particulière, aux phrases courtes, incisives et soignées, pour sonder l’âme de ses personnages et en disséquer les fêlures. Autant de pauses lumineuses qui se démarquent par le style littéraire employé, tout en métaphores et en comparaisons osées mais infiniment représentatives des sentiments qu’elle décrit. On retrouve dans ces instants les obsessions de l’écrivaine déjà perceptibles dans ses autres romans : l’apparence, le dépassement de soit, le sentiment d’être inadapté, l’amour bien sûr, celui qui détruit comme celui qui libère. Sa façon de traiter les relations mère-fille à travers l’histoire de Diane et de Marie, comparée à celle d’autres personnages qui gravitent autour d’elle, est d’une richesse vertigineuse. Son roman soulève énormément de questions sur la complexité des relations humaines et présente des observations désarmantes de vérité. On sort sonné et glacé de ce conte tissé par des pages qui filent sous les doigts.

 

Extrait :

Maman, j’ai tout accepté, j’ai toujours été de ton côté, je t’ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j’ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j’ai enduré que tu m’en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j’ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m’en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu fais devant moi, c’est mal.

 


Simplicité et luminosité, la recette du bonheur selon Christian Bobin 

 

Christian Bobin, Un bruit de balançoire

Éditions L’Iconoclaste – 19 € – 112 pages – 30 août 2017

 

Un bruit de balançoire est un ouvrage qui se veut aller droit au coeur, comme l’indique plus ou moins subjectivement la première de couverture. Une belle calligraphie sur des tons neutres : voilà qui décrit merveilleusement l’objet-livre dont l’auteur nous fait part. Pour la première fois, Christian Bobin nous livre une oeuvre qui se compose de lettres. Sentimentales, intimes et simples, ces lettres s’adressent à sa mère, au frère nuage, à un ami, à monsieur le coucou, ou bien même à un bol. L’auteur leur transmet un message de gratitude, qui surprend mais auquel on adhère avec une facilité stupéfiante. Il parvient à nous montrer la bonté, la beauté de la vie, si souvent oubliées.

C’est en s’inspirant de Ryokan, poète et moine japonais du XVIIIème siècle, que Christian Bobin a rédigé son livre, ce qui ajoute incontestablement un effet de candeur à l’écriture de notre auteur. ”Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d’une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n’être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d’une parole claire en son obscurité.”
Des phrases qui se lisent aussi facilement qu’elles sont portées de sens et de beauté.

Il est intéressant à lire en cette rentrée littéraire 2017, car il apporte un regard oublié sur ce qui nous entoure. Il incite à la réflexion, et les mots utilisés dans ce livre sont simples mais transcendent l’ouvrage. L’auteur rend compte de la simplicité de la vie dans un contexte de consommation, de rejet du dépassé, de recherche du bonheur. Christian Bobin transforme l’obscurité du quotidien en une douce lumière. C’est un livre qui incite à la méditation, nous vous recommandons chaudement de le découvrir.

 

Extrait :

J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux porte du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai amené les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine.

 


« Neverland » : réminiscence poétique de l’enfance

 

Timothée de Fombelle, Neverland

Éditions L’Iconoclaste – 16 € – 117 pages – 30 août 2017

 

On connaît Timothée de Fombelle pour ses grands succès en littérature jeunesse : Vango, Tobie Lolness, Le livre de Perle… Son style, une écriture ciselée et poétique, transporte le lecteur dans un univers parfois très proche du nôtre ou au contraire, dans une dimension parallèle. Nous sommes tous touchés par ces ouvrages qui marquent les consciences et continuent de nous accompagner bien après le livre refermé.

Avec son nouveau roman, Neverland, paru le 30 août aux éditions l’Iconoclaste, la poésie commence dès que l’on ouvre ce livre-objet. On caresse la couverture comme si un secret se cachait dans ses rainures ; l’orange vif mêlé au gris perle tranche avec un blanc pur ; les pages au grain épais nous résistent.

À l’intérieur, nous découvrons un récit qui part du passé pour construire un futur. Écrit à la première personne, destiné à un lectorat adulte (mais accessibles aux adolescents, bien entendu !), Timothée de Fombelle retrouve les chemins de son enfance, en Afrique ou dans les Sèvres nantaises. Son grand-père qui lui citait de tête Cyrano de Bergerac, l’exil en Côte d’Ivoire et au Maroc avec ses parents pendant quelques années, autant d’aventures qui forment et fixent l’enfance comme l’instant de tous les possibles.

L’auteur, corps et âme engagés dans sa quête, ne se contente pas d’évoquer son passé, il le fait revivre sous nos yeux, tel un spectacle d’ombres chinoises où le drap blanc tomberait en plein milieu de la représentation.

Nous sommes face à un parcours initiatique, mais ce n’est pas un enfant qui grandit, c’est un adulte qui se met à hauteur de son enfance, afin d’en retrouver le goût. On voudrait le lire aux petits qui nous entourent, leur dire de ne jamais grandir, de profiter, surtout, car : « On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie. »
En une centaine de pages seulement, Timothée de Fombelle se faufile dans notre cœur et, avec une fausse timidité, nous prend par la main pour se dévoiler.

 

Extrait :

J’apprenais que ce que l’on fait nous dépasse quelquefois. C’est une histoire de confiance et de liberté. On n’est jamais à l’abri que ça marche. Ça ne sera pas notre faute. Ça peut venir de l’ennui, de la fièvre, et du désordre d’un tiroir. 

On ne sait pas.

 


Le conte noir d’Estienne d’Orves

 

Nicolas d’Estienne d’Orves, La gloire des maudits

Editions Albin Michel – 23,50 € – 528 pages – 23 août 2017

 

Dans La gloire des maudits, Nicolas d’Estienne d’Orves livre un récit de l’après-guerre, dans une France secouée par les incertitudes de la guerre d’Algérie. Gabrielle, jeune femme de 27 ans, fille d’un collaborateur, a du mal à se défaire des fantômes de son brillant passé sous l’Occupation.

Sans le sous, elle survit péniblement avec son petit frère dans l’appartement de Rivoli qui abritait la richesse de sa famille. Tenaillée entre ses obligations familiales et son travail de bénévole dans le quartier, Gabrielle est néanmoins distraite de son morne quotidien par l’arrivée de lettres qui content l’histoire de Sidonie Porel. La plus grande des romancières françaises du XXème siècle serait un imposteur. Elle aurait certes écrit ses livres, mais les idées, elles, seraient en fait un formidable rapt auprès d’un de ses amis d’enfance. Engagée par ce dernier, Gabrielle va commencer une nouvelle existence. Lancée à la découverte du secret de sa vie, la jeune femme va se lier d’amitié avec “La Porel”, cette femme qui tient salon et a les bonnes du tout-Paris de l’après-guerre. Sous l’apparence du polar historique se cache en réalité un vrai conte gothique à la française. Ni Mr Rochester, ni Catherine Earnshaw ne peuple la rue de Rivoli.

Avec ses personnages attachants et son intrigue sinueuse, La gloire des maudits attire son lecteur dans les cercles huppés du prix Goncourt et des chics quartiers du Paris intra-muros. Dans une langue claire et agréable, dépourvue de prétention, d’Estienne d’Orves parvient à donner un souffle de mystère à cette histoire d’écrivaine. Le lecteur découvrira avec joie les tribulations de Gabrielle, suivra ses peines, pour 500 pages pleines de rebondissements.

 

Extrait :

Je pense que le romancier ne devrait jamais s’occuper d’autre littérature que la sienne. Il doit être en tête à tête avec son inspiration, avec ses mots, comme pour un duel sans vainqueur. C’est une vie de moine, pas d’abbé de cour. J’en suis le parfait contre-exemple, mais je ne suis plus à un paradoxe près, vous l’aurez bien compris…

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