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Essai nucléaire nord-coréen : « La menace est une aubaine pour Trump »

Essai nucléaire nord-coréen : « La menace est une aubaine pour Trump »
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Kim Jong-un a annoncé dimanche 3 septembre que son pays avait effectué avec succès un nouvel essai nucléaire. Pour deux spécialistes de la Corée du Nord, contactés par Radio Londres, les tests militaires du régime servent des fins multiples et témoignent d’une situation géopolitique complexe… où le président américain Donald Trump pourrait bien trouver son compte.


 

C’est avec un grand sourire que la (désormais célèbre) présentatrice nord-coréenne Ri Chun-hee a annoncé la nouvelle au monde entier : dimanche 3 septembre, la Corée du Nord a effectué avec succès un nouvel essai nucléaire — le sixième en onze ans. Provoquant, près du principal site des tests atomiques du régime, un séisme artificiel de magnitude 6,3, ce test d’une bombe à hydrogène a immédiatement ravivé les tensions entre la Corée du Nord et le reste de la communauté internationale. De quoi complexifier encore un peu plus une question diplomatique qui semble devenir, au fil de ces derniers mois, de plus en plus insoluble.

 

 

Des objectifs multiples

 

« Kim Jong-un utilise les ressources de son pays pour développer des armes nucléaires plutôt que des armes classiques, analyse Jean H. Lee, membre du centre de recherche The Wilson Center et spécialiste de la Corée du Nord. Cette année, son objectif était très clair : tester le lancement d’un missile balistique intercontinental capable d’atteindre les États-Unis, et faire en sorte que ce même missile puisse contenir une puissante ogive nucléaire. » De fait, ce dernier objectif pourrait bien être d’ores et déjà atteint : Pyongyang affirmait dimanche que son essai nucléaire avait été réalisé avec une bombe à hydrogène capable, justement, d’être transportée par un missile balistique intercontinental.

Auprès de « l’agence de presse » nord-coréenne KCNA, Kim Jong-un affirmait par ailleurs que tous les composants de cette bombe H (ou bombe à hydrogène) étaient « fabriqués à 100 % nationalement » : « Tous les processus, de la production de matériaux militaires nucléaires au traitement précis des composants et de leur assemblage, ont été réalisés en autosuffisance, permettant ainsi au pays de produire des puissantes armes nucléaires autant qu’il le souhaite », a-t-il déclaré. Une information cruciale si elle était confirmée, dans la mesure où les experts étrangers avaient émis des doutes quand Pyongyang avait assuré que son essai mené en janvier 2016 était, déjà, celui d’une bombe H.

« Ces tests servent des fins multiples, poursuit Jean H. Lee. Ils aident les scientifiques du pays à affiner leur technologie ; ils donnent aux Nord-Coréens quelque chose de concret à célébrer ; et ils forcent les États-Unis à surveiller la Corée du Nord. » Pour Nicolas Levi, enseignant et chercheur universitaire a l’Académie des Sciences de Pologne, qui anime par ailleurs un blog sur la Corée du Nord, Kim Jong-un vise ainsi la confrontation avec les États-Unis : « La Corée du Nord a au fond peur de la réaction américaine, et c’est pour cela qu’elle effectue plusieurs types d’essais : afin que les États-Unis comprennent qu’elle est un État nucléaire souverain. »

 

« La menace nord-coréenne fait les affaires de Trump »

 

Depuis plusieurs mois, la Corée du Nord accroît en effet les tensions internationales, procédant à de nombreux tirs de missiles en Asie. En juillet, elle réalisait notamment deux essais d’un missile balistique intercontinental ou ICBM, le Hwasong-14, mettant pour la première fois une partie du territoire continental des États-Unis à la portée d’une éventuelle frappe. Plus récemment, l’un de ses missiles balistiques avait parcouru 2 700 km et survolé le Japon — allié des États-Unis dans la région —, avant de plonger dans le Pacifique.

D’après Nicolas Levi, si le conflit oppose à première vue les États-Unis et la Corée du Nord, c’est bien la région toute entière qui est en fait concernée : « La menace nord-coréenne fait les affaires du président américain. Trump ne s’intéresse pas à la Corée en soi ; le vrai conflit — en termes de puissance géostratégique en Asie du Nord-Est — l’oppose au président chinois Xi Jinping. La menace nord-coréenne est une aubaine pour lui : s’il trouve une solution au conflit, il sera considéré comme le défenseur de la paix, surtout si l’on prend en compte la passivité des gouvernants chinois, qui semblent peu se préoccuper, du moins officiellement, de la question nucléaire nord-coréenne. »

Pour l’heure, c’est peu de dire que le président américain ne se pose pas en « défenseur de la paix » : dans l’une de ces récentes sorties (sur Twitter), Trump annonçait « permettre au Japon et à la Corée du Sud d’acheter des sommes de plus en plus importantes d’équipements militaires américains ». Pour Jean H. Lee, Donald Trump avait pourtant l’occasion d’anticiper ces menaces : « Kim Jong-un a déclaré ses intentions le 1er janvier dernier, quelques semaines avant l’entrée au pouvoir officielle de Donald Trump, lui laissant le temps d’élaborer une stratégie. Mais Trump a fait tous les mauvais choix possibles s’agissant de traiter efficacement avec la Corée du Nord » — en août dernier, il avait notamment promis « le feu et la colère » au régime de Pyongyang.

 

 

Sortie de crise ?

 

Quant à savoir dans quelle mesure le risque d’une guerre nucléaire est bien réel, les deux experts se veulent prudents : « La Corée du Nord n’est pas suicidaire, tempère Jean H. Lee. Des premières frappes entraîneraient la dévastation de la Corée du Nord et de Corée du Sud. » De même, si Nicolas Levi concède que le risque d’une guerre nucléaire « existe », il argue que la Corée du Nord ne dispose pas d’une armée « totalement loyale et prête à lutter. » Mais, dans la perspective d’une sortie de crise rapide, la solution ne peut qu’être diplomatique, souligne Jean H. Lee : « Empêcher la Corée du Nord d’effectuer d’autres essais dangereux est possible si toutes les parties se réunissent et entament des négociations multilatérales. C’est la seule issue possible à ce stade. »

Si la Corée du Sud a annoncé avoir renforcé ses installations militaires ces derniers jours, l’issue diplomatique est bien celle vers laquelle son président, Moon Jae-In, s’efforce de cheminer : il a demandé, ce mercredi, au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, afin de bloquer ses sources de revenus à l’étranger et son approvisionnement en pétrole. En ligne de mire, notamment, la sécurité des prochains Jeux Olympiques d’hiver, que la ville de Pyoengchang doit accueillir en février…

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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