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Y a-t-il encore une place pour le football populaire ?

Y a-t-il encore une place pour le football populaire ?
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Des montants de transferts qui ne cessent d’augmenter d’année en année, des places et des produits dérivés de plus en plus chers et des sponsors de plus en plus présents sur les maillots (mais aussi sur les devantures des stades) annonceraient-ils le déclin du football populaire ?


 

Les 222 millions d’euros du Paris Saint-Germain mis sur la table pour s’offrir les services de Neymar peuvent en choquer plus d’un. Ce transfert est actuellement le plus cher de l’histoire, mais pour combien de temps encore ? 222 millions d’euros, c’est près de trois fois le montant du transfert de Zinédine Zidane de la Juventus Turin au Real Madrid (73,5 millions d’euros), en 2001, et plus de deux fois celui de Cristiano Ronaldo de Manchester United au Real Madrid (94 millions d’euros), en juillet 2009. Ces sommes exorbitantes peuvent s’expliquer entre autres par le montant des droits télévisés. Pour la saison 2016-2017, ce sont encore les clubs anglais qui ont touché le pactole. Chelsea, vainqueur du championnat, a touché près de 172 millions d’euros de droits télévisés, contre 57 millions d’euros pour le Paris Saint-Germain, dauphin de Monaco mais premier dans les montants touchés par les clubs français.

Durant le mercato estival, le club londonien a dépensé près de 150 millions d’euros sur le marché des transferts, dont 65 sur Alvaro Morata, l’attaquant du Real Madrid. Le Paris Saint-Germain en a dépensé 238 dont 222 exclusivement sur Neymar, l’attaquant de Barcelone. Quand on regarde de plus près les transferts effectués lors de ce mercato estival, on constate que sept des dix transferts les plus élevés ont été réalisés par des clubs anglais. Ces droits télévisés permettent à des clubs de pouvoir s’aligner sur de grandes équipes et contribuent à dérégler chaque année le marché des transferts. Contrairement à certains clubs anglais, Paris dispose de moyens financiers importants depuis son rachat en 2011 par le fonds d’investissement qatari Qatar Sports Investments et peut ainsi concurrencer les plus grandes écuries européennes sans avoir besoin de toucher une somme importante en droits télévisés.
Le montant des transferts ne cessant d’augmenter, les clubs cherchent à tout prix à le rentabiliser. Victimes de ce football-business, les supporteurs voient alors leur place ou leur abonnement augmenter chaque saison. De ce fait, le football semble de moins en moins accessible aux classes populaires, contraintes de se serrer la ceinture chaque mois pour s’offrir une place, ou à devoir payer un prix exorbitant pour un maillot constellé de sponsors.

Les clubs chercheraient-ils alors des spectateurs avec un haut pouvoir d’achat ? Dans un article publié sur lemonde.fr datant du 29 octobre 2015 et relatant une enquête de la BBC sur le coût du football pour les spectateurs, il est mentionné qu’un abonnement à l’année pour suivre les matches du club londonien Arsenal coûte au minimum 1 359 livres (environ 1 583 euros) par saison, contre 190 euros pour l’AS Monaco. La colère des supporteurs gronde dans les stades et ces derniers n’hésitent pas à mener des actions afin de protester contre cette hausse. L’action la plus marquante fut le « Walk out on 77 » des supporteurs de Liverpool, qui, le 6 février 2016, décidèrent de quitter le stade à la 77e minute de jeu pour protester contre le prix des places à 77 livres (environ 100 euros) pour assister à la prochaine rencontre. En Allemagne, les fans du Borussia Dortmund ont, quant à eux, décidé de lancer sur la pelouse des balles de tennis afin de protester contre la politique tarifaire du club.

Ce phénomène semble aussi toucher la France, où les ultras sont vus d’un mauvais œil. Depuis le plan Leproux, qui entraîna en 2010 la dissolution des groupes de supporteurs du Paris Saint-Germain, beaucoup de clubs français ont voulu suivre cette idée pour évincer les personnes indésirables et dangereuses de leurs stades. La loi Larrivé, votée en 2016, vise à encadrer les supporteurs et lutter contre le hooliganisme en France. Il y aurait alors une volonté de la part des pouvoirs publics d’attirer un public plus riche, pour remplacer les ultras qui sont majoritairement issus de la classe populaire. L’Association Nationale des Supporters, créée en 2014 et défendant les droits des supporteurs tout en dénonçant la violence de certains groupes ultras, multiplie les entretiens avec les pouvoirs publics et des députés pour que cette loi soit plus proche des réalités. En effet, les interdictions de déplacements n’ont cessé d’augmenter depuis leur mise en place en 2011 : seulement trois interdictions lors de la première saison, contre près de 204 lors de la saison 2015-2016 ! Conséquence : des stades qui sonnent creux, notamment les nouvelles enceintes construites pour l’Euro 2016 qui affichaient un taux de remplissage inférieur à 50% durant la saison 2015-2016.

Enfin, le « naming » des stades (contrat entre un club et une société qui donne son nom à une enceinte sportiveest une pratique qui se développe de plus en plus en France. De nombreux clubs aux stades neufs ou rénovés pour l’Euro 2016 (Nice, Bordeaux, Lyon voire Marseille) y ont succombé pour s’assurer des revenus supplémentaires. Très présent en Angleterre et en Allemagne, le « naming » est vu d’un mauvais œil chez nous, même si dernièrement nos deux principaux championnats se sont respectivement rebaptisés « Ligue 1 Conforama » et  « Domino’s Ligue 2 ». Les clubs demandent souvent trop d’argent aux marques qui souhaitent afficher leur nom sur la devanture du stade et certaines ont du mal à estimer le retour sur investissement. En effet, comment peuvent-elles savoir si leurs résultats économiques seront positifs dans dix ou quinze ans ? Les retombées sont pourtant bien réelles. Après la première année d’exploitation de la salle omnisports londonienne O2 Arena, l’opérateur téléphonique britannique O2 est passé de la 15e à la 4e place du classement des marques préférées des Anglais selon le site challenges.fr. Mais les supporteurs peuvent se sentir déracinés dans des enceintes qui n’ont connu ni le passé, ni la ferveur de l’ancien stade. L’identité du club est, elle aussi, victime de ce football business : dernièrement c’est le club du FC Nantes qui a annoncé sa volonté de construire un nouveau stade ultramoderne à l’horizon 2022. Qu’en sera-t-il alors de La Beaujoire, de l’histoire et de la ferveur vécue par les fidèles nantais ?

 

Le football populaire semble avoir du mal à exister aujourd’hui, rattrapé par les politiques anti-ultras, la hausse des abonnements ou du prix des maillots, mais aussi la volonté de vendre l’identité du stade au profit de résultats économiques excédentaires. Mais si le football populaire disparaît, les tribunes chanteront-elles encore ?

Photo d’illustration : http://thekopend.com/liverpool-fc-years-video/

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Armand

Etudiant en 1ère année de journalisme à l'IUT de Lannion. Passionné de sport, mais curieux et ouvert sur le monde qui m'entoure.

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