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Quel avenir pour Europe Ecologie Les Verts (EELV) ?

Europe Ecologie Les Verts
Dorian Burnod

L’élection présidentielle, portant le candidat Emmanuel Macron et son mouvement « En Marche ! » au pouvoir, a amorcé par la même occasion une désintégration partielle ou totale de l’échiquier politique préexistant. Petits comme grands partis ont subi de plein fouet la translation du débat, alors reporté entre les tenants du « mondialisme » et du « patriotisme », mettant brutalement au banc le clivage gauche-droite et ses représentants. Qu’en est-il pour Europe Ecologie Les Verts (EELV), associé au Parti Socialiste de Benoît Hamon lors de cette campagne électorale ? Alain Coulombel, secrétaire national adjoint, en charge de la prospective et du projet, répond aux interrogations de Radio Londres quant à l’avenir du parti et la refondation envisagée.


 

M. Coulombel, vous avez été élu courant 2016 secrétaire national adjoint du parti Europe-Ecologie-Les Verts en charge de la prospective et du projet. Dès l’arrivée des primaires, vous avez entrevu la possible défaite électorale de la gauche, éclatée entre les divers courants incarnés par la pléthore des candidats… EELV aurait-elle été en mesure de réunir ces divergences ?

Nous avons essayé de peser de tout notre poids, tout au long des semaines qui ont précédé le dépôt des candidatures à la présidentielle, pour rassembler et réunir les différentes forces de gauche et écologiste, afin de rendre possible une candidature unique, seul scénario réaliste pour une victoire au premier puis au second tour. Malgré notre volonté, malgré les nombreux appels extérieurs d’intellectuels, d’universitaires, d’associatifs ou de responsables politiques, nous n’avons pas réussi à rapprocher les points de vue des uns et des autres, notamment ceux de Mélenchon et Hamon, prisonniers de la très forte personnalisation de cette l’échéance présidentielle. Les résultats des élections ont montré qu’il n’y avait pas d’autres solutions qu’une candidature unique pour l’emporter.

 

Est-ce d’ailleurs un simple concours de circonstances fondé sur l’installation progressive, au cours de la campagne présidentielle, d’un affrontement imperméable entre M.Macron et les extrêmes, ou le fruit de difficultés plus profondes au sein même d’EELV et du programme porté qui est à l’origine de cet échec électoral?

L’échec électoral qui a porté au pouvoir Emmanuel Macron et son mouvement En Marche, n’est pas essentiellement de notre responsabilité mais est lié à l’impossibilité de faire converger et dialoguer l’ensemble des forces de gauche et écologiste dans les semaines qui ont précédé le premier tour des présidentielles. S’est ajouté le très fort discrédit du Parti Socialiste et les tensions internes à ce parti qui ont totalement plombé la candidature de Hamon.

 

Yannick Jadot, dans le souci de la victoire écologiste et la perspective d’une possible union des gauches, a opté, à l’approche du premier tour des présidentielles, pour le ralliement aux côtés du socialiste Benoît Hamon, retirant par la même occasion sa candidature. Ce choix politique et idéologique était-il, selon vous, justifié lorsqu’on observe les suffrages finalement recueillis par le binôme ?

Cette décision de retirer notre candidat à la présidentielle a été prise après consultation de toutes celles et de tous ceux qui avaient participé à la primaire des écologistes. Il s’agissait, pour nous, non d’un ralliement à la seule candidature de Benoit Hamon mais de rendre possible le rassemblement autour d’une seule personnalité de toutes les forces de gauche et écologiste. A postériori, on peut regretter notre choix mais il y avait à l’époque une très forte pression pour que nous retirions notre candidat.

 

Europe Ecologie Les Verts sera t-il clairement dans l’opposition vis-à-vis de l’exécutif ou peut-il exister des points d’entente ?

Il peut ponctuellement exister des points de convergence avec la politique menée par le gouvernement Macron/Philippe (notamment sur certains volets de la transition écologique) mais notre projet, formalisé dans le programme « Bien Vivre », n’est guère compatible avec la poursuite de la croissance ou de la libéralisation des marchés (comme celui du marché du travail à travers la refonte du droit social). Nous portons un projet fondé sur la sortie du dogme de la croissance et ses conséquences sur la biosphère, le climat, le gaspillage de nos ressources… A cet égard, le projet de loi de finances pour 2018 est très éloigné de nos propositions avec la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière permettant au 1% les plus riches d’économiser 3,6 milliards d’euros ou la baisse du taux d’imposition sur les sociétés, la baisse de 5 euros des APL, la baisse des effectifs du ministère de l’écologie, bref un ensemble de mesures marqué du sceau de l’orthodoxie libérale et de sa politique centrée principalement sur l’offre (baisse des cotisations pour les entreprises, baisse de l’ISF, avantages fiscaux pour les investisseurs, flexibilité du marché du travail…)

 

Vous semblez souvent évoquer ce mythe de la croissance économique.. Pouvez-vous revenir plus en détail sur le nouveau modèle économique proposé par EELV ?

Dans notre projet « Bien Vivre » qui a été rédigé l’an dernier sous ma responsabilité et celle de Marie Toussaint, chargée des questions européennes, pour les élections présidentielles et législatives, la première partie s’intitule « vers une société post-croissance ». Dans la mesure où ne croyons plus au dogme de la croissance comme solution aux problèmes environnementaux et sociaux que nous connaissons (nous ne retrouvons plus les taux de croissance des Trente Glorieuses), il est impératif de rechercher les voies d’une société post-croissance. Cela passe par la recherche d’une économie résiliente (relocalisation de l’économie, consommer moins mais mieux, 100% d’énergie renouvelable à l’horizon 2050, sortie du nucléaire, un plan d’urgence pour les transports, économie circulaire et économie collaborative, rénovation des services publics, réinvention du travail…). Ces différents points donnent lieu à une série de propositions susceptibles de dessiner les traits d’un nouveau modèle de développement « post-croissantiste ».

 

Saluez-vous la prise de fonction de Nicolas Hulot en tant que ministre de la Transition écologique et solidaire ?

Nous connaissons l’engagement sincère de Nicolas Hulot pour la préservation de la planète et de ses grands équilibres. Nous saluons ses positions, depuis de nombreuses années, sur la transition écologique ou sur la nécessité de changer notre modèle de développement. Sa notoriété a permis une large diffusion des analyses et des propositions des écologistes dans l’opinion. Mais, il est peu probable que le gouvernement auquel il appartient aujourd’hui puisse conduire les mesures « radicales » qui permettraient d’inscrire la France dans les objectifs de l’Accord de Paris.  Notre écologie est incompatible avec le capitalisme financier ou avec le dogme de la compétitivité défendu par Macron, que celle-ci soit « verte » ou « soutenable ». Il y a urgence, quelques années tout au plus, au regard des nombreux indicateurs qui sont dans le rouge, pour éviter la « sortie de route ». Et la sobriété n’est pas à l’agenda de ce gouvernement qui ne parle que d’attractivité, de puissance retrouvée de la France, d’innovation disruptive.

 

Ces dernières semaines, les cyclones Irma et José ont dévasté les côtes américaines. Le poids du facteur « réchauffement climatique » dans l’aggravation de ces phénomènes météorologiques n’est désormais plus à démontrer… Quels outils peuvent être mis à contribution pour enfin agir contre ce fléau qu’est le dérèglement climatique ?

Le réchauffement climatique est lié à un modèle industriel énergivore et émetteur de GeS (gaz à effet de serre). Les outils sont nombreux : économiques, sociaux, réglementaires ou fiscaux. Je pense notamment à la fiscalité « verte » (taxe carbone ou fiscalité sur le kérosène), au renforcement des normes dans le bâtiment (plutôt que leur simplification), mais aussi par un autre aménagement du territoire, l’abandon des grands projets inutiles comme le Lyon-Turin ou l’aéroport de Notre Dame des landes. 

 

En dépit de ces déplorables accidents, il fut très peu question d’écologie, l’attention générale semblant s’attarder davantage sur les premières déceptions vis-à-vis du gouvernement, l’espoir d’une relance économique prochaine et les grandes problématiques internationales parmi lesquelles les provocations nord-coréennes ou la lutte contre l’EI (entre autres). Comment replacer la question environnementale et sociale au cœur du débat public ?

Malgré la prise de conscience d’une partie de l’opinion (mais qui ne mesure pas toujours la gravité de la situation), il est difficile de faire comprendre à nos concitoyens que nous devons changer d’imaginaire politique, de comportements au quotidien, de manières de vivre et de priorités.

Pour autant de nombreuses expériences existent qui ont fait de la lutte contre le réchauffement climatique, la malbouffe ou la santé environnementale, leur priorité. Les villes en transition, les jardins partagés, le slow food, l’autopartage ou le développement rapide de l’agriculture biologique montrent que l’opinion publique semble de plus en plus sensible aux thèses défendues par les écologistes. Le succès commercial du film documentaire « Demain » est l’expression de cette prise de conscience qui, si elle ne profite pas particulièrement à notre mouvement EELV, n’en est pas moins la traduction d’une nouvelle conscience émergente bâtie sur la recherche d’un nouvel art de vivre.

 

Quel rôle peut donc jouer EELV dans cette réévaluation des priorités ?

Nous devons, en tant que parti politique, accompagner ces évolutions et continuer à jouer le rôle d’aiguillon. Mettre l’accent sur les réussites tout en continuant à approfondir nos analyses sur des sujets trop peu abordés par les politiques : l’avenir du travail, les enjeux liés à l’Intelligence artificielle (IA), les bouleversements géopolitiques en partie liés au réchauffement climatique, le posthumanisme ou la réalité augmentée…Nous assistons à un changement de civilisation, à des mutations profondes qui touchent aussi bien à notre univers matériel qu’à des dimensions symboliques. 

 

La France, malgré son retard actuel sur ses voisins européens, peut-elle devenir un modèle en matière de transition écologique ?

Oui, si nous sommes capables de mettre en œuvre le Scénario négaWatt (2017-2050). Mais pour cela, il faudra lever beaucoup de résistances, du coté de l’industrie nucléaire, du coté de l’agro-industrie ou de la FNSEA, du coté du patronat…

 

Après les législatives, EELV s’est retrouvé sans le moindre député et ne compte qu’une dizaine de représentants au Sénat, seuil minimal pour constituer ‘un groupe parlementaire. La parti est-il encore en mesure d’imposer ses thèmes forts au sein d’une arène politique déjà grandement fragmentée ?

Oui, mais à condition de nous réinventer totalement. L’absence d’élu(e)s à l’Assemblée Nationale nous oblige à reconsidérer notre utilité et à concentrer nos efforts sur le terrain des luttes écologistes comme sur celui de notre projet politique. Nous redeviendrons crédibles si nous savons nous concentrer sur l’essentiel (le projet que nous portons) et mettre nos comportements en adéquation avec nos idées. 

 

Mélenchon et Ruffin pour la France Insoumise, Pécresse, Bertrand ou Vauquiez chez Les Républicains, toutes les forces d’opposition ont leurs personnalités emblématiques ! Le parti écologiste est-il en panne de leadership ?

La question du leadership en politique est certes une question importante. Pour autant, ce n’est pas fondamentalement d’un manque de leadership dont souffre aujourd’hui EELV mais d’une difficulté à concilier plusieurs approches de l’écologie politique : une écologie sociale, une écologie prônant la décroissance, une écologie libérale qui s’inscrit dans les pas d’un capitalisme vert …

D’autre part, nous avons souffert, tout au long de ces dernières années, de prises de position incohérentes de certains « grands » élus, qui ont brouillé notre « image » aux yeux de l’opinion. Les nombreux départs de responsables d’EELV vers le PS, le Modem ou le mouvement de Macron, ont rajouté à la confusion. 

Il est vital pour notre formation de retrouver un minimum de cohérence, le sens du collectif, de l’humilité et de la simplicité.

 

Comment réunifier à l’avenir ces diversités de paradigmes politiques ? Cette difficulté ne démontre-elle pas une incapacité à fédérer afin de construire un véritable projet consensuel ?

La deuxième question est plus difficile car il n’est pas certain que nous puissions concilier les différentes approches de l’écologie politique. La volonté que nous avions, au moment de la création d’Europe Ecologie Les Verts, de trouver des compromis acceptables entre ces différentes composantes, s’est avérée contre-productive. De nombreux élus nous ont quitté et notre message a paru de plus en plus confus ou contradictoire. Personnellement, je plaiderais volontiers pour une clarification et le choix d’une écologie de transformation incompatible avec le libéralisme économique ou les institutions de la V° République.

 

Dernière question et non des moindres… Comment voyez-vous Europe Ecologie Les Verts dans cinq ans ? Quelles perspectives auront été tracées ?

Nous avons engagé, sous l’impulsion de notre conseil fédéral (le parlement du parti), un processus de re-fondation (dépassement) de notre mouvement qui doit passer par une large ouverture en direction de la société civile, des associations environnementales ou des personnalités qui partagent avec nous un socle de valeurs, une volonté de transformation et de dépassement du capitalisme. Ce processus se déroulera durant toute l’année 2018. Parallèlement, nous allons organiser une série de conventions thématiques sur l’avenir du travail, sur le projet européen (qui nous tient particulièrement à cœur), sur les bouleversements géopolitiques ou encore sur les évolutions technologiques.

Notre formation politique a besoin d’air, d’un souffle nouveau et de tisser des passerelles avec les forces qui se retrouvent dans les fondamentaux de l’écologie. A cet égard, la conquête des institutions ne peut pas être, dans la période, l’alpha et l’omega de l’engagement écologiste. Nous avons d’abord à nous reconstruire dans l’action en prenant en compte les évolutions de l’engagement politique, la crise de confiance envers les partis politiques, la diffusion des idées écologistes dans d’autres formations politiques…Tout cela rend les choses difficiles mais nous n’avons guère d’autre choix si nous ne voulons pas disparaître.

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Dorian Burnod

Lycéen en Terminale ES, engagé pour une actualité profonde et objective, et passionné d'économie et de littérature.

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