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« Blade Runner 2049 », faux-semblants

« Blade Runner 2049 », faux-semblants
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Trente-cinq ans après Blade Runner, le réalisateur Denis Villeneuve s’est vu confier la suite du film culte de Ridley Scott. Verdict… sans appel.


 

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

 

★★☆☆ – À éviter

 

Avant d’entamer la discussion (malheureusement sévère…) sur Blade Runner 2049, il faut reconnaître à Denis Villeneuve que sa tâche n’était pas mince. Trente-cinq ans après le mythique film d’origine réalisé par Ridley Scott, le jeune cinéaste canadien devait tout à la fois : contenter les fans de l’original ; imposer sa patte sur un genre jugé trop souvent aseptisé ; et, pour finir, renouveler un univers déjà largement chargé en symboles et en significations. Ce dernier impératif étant certainement le plus difficile à atteindre, il est aussi celui sur lequel Villeneuve butte d’entrée. Le constat arrive au bout de quelques secondes d’introduction : un gros plan sur l’œil du nouveau protagoniste remplace… le même gros plan, issu du film de 1982 — la symbolique en moins, puisqu’ici l’œil n’abrite plus le reflet la ville de Los Angeles mais seulement un iris bleu. En quelques secondes, Villeneuve fait ainsi l’aveu inconscient de son échec à venir : il tente vainement de se détacher de l’original, tout en échouant à créer ses propres codes.

Car là où le réalisateur s’éloigne effectivement de l’œuvre originale, il le fait sans ambiguité : à l’atmosphère grouillante et cyberpunk de la ville de Los Angeles dépeinte par Scott, succèdent ici des immenses espaces californiens, désertiques et inquiétants, brumeux et silencieux. Aux tons sombres, bleu gris du film 1982 succède, de la même façon, une palette de couleurs vives et très contrastées, sous la direction du britannique Roger Deakins (Fargo, Skyfall, Prisoners…). A la candeur frêle du jeune personnage d’Harrison Ford, succède, enfin, la résignation dépressive d’un Ryan Gosling impeccablement désincarné (quoique sans doute plus intéressant lorsqu’il s’agit de faire rire, comme ici récemment).

Le problème est qu’en dépit de son apparente émancipation, Villeneuve (ou plutôt, son scénario) passe en réalité trois longues demi-heures à (narrativement) recoller deux pièces de puzzle formellement incompatibles. Là est d’ailleurs une déception supplémentaire : a priori superbe, la photographie du film, bien trop contrastée, devient incohérente. Magnifiques à condition d’être pris isolément, tous les plans — successivement bleus, gris, oranges, blancs — de Blade Runner 2049 atténuent son impact esthétique d’ensemble et participent, de fait, à son criant déficit d’empreinte, d’identité (que le film pourrait presque revendiquer sur un plan méta, en accord avec la quête personnelle de son héros, mais il ne le fait pas).

 

Ryan Gosling dans Blade Runner 2049. Copyright Sony Pictures / Warner Bros. Pictures.

 

Comme conscient de ses faiblesses, Blade Runner 2049 s’en remet alors à ses retrouvailles avec Deckard, personnage principal du film de 1982, ressuscité par la résistance de son interprète, Harrison Ford. Une fois embarquée avec lui, l’intrigue gagne au moins en efficacité narrative, et donne lieu à de très belles séquences d’action (dont une sublime, où la pluie dispute à la mer sa force d’obstacle). Mais problème (là encore) : le film débouche sur une conclusion, certes plutôt réussie, mais qu’un moyen-métrage (ou, a minima, un film d’une heure de moins) aurait suffi à raconter. D’où cet étrange sentiment pour le spectateur, arrivé à la fin du film ; celui d’avoir dû supporter un début d’intrigue contemplatif, incroyablement étiré… pour, paradoxalement, assister à une conclusion très sèche, presque avortée — alors qu’elle était clairement son atout le plus conséquent.

D’autant qu’avant d’en arriver là, Blade Runner version Villeneuve aura consacré des séquences entières à anéantir tout son pouvoir de suggestion (par ses dialogues, mais pas que). Il faut voir, en cela, comment deux scènes sur le papier décisives passent à côté de leur ambition : la première est une séquence d’attaque invisible qui, si elle devait être mystérieuse, ruine tout son effet en utilisant un montage parallèle assaillant/assailli ; la seconde est celle où l’officier K entretient un rapport sexuel avec Joi — agente virtuelle — par l’intermédiaire d’un troisième personnage, cette fois bien réel. Complètement ratée, cette dernière souffre, en plus, de la comparaison avec une séquence similaire dans le sublime Her de Spike Jonze, où culminaient ensemble les points esthétiques et narratifs, deux bouts qui ne sont, justement, jamais joints dans Blade Runner 2049.

 

Coincé entre la tentation d’un grand geste formel auquel il ne s’adonne jamais pleinement et les artifices vaguement dépressifs d’une intrigue somme toute très simple, Blade Runner 2049 ne parvient pas à remplir ses — trop hautes ? — ambitions. Ni à la hauteur du film original, ni à celle de Premier Contact, sa précédente réalisation, il signe le premier échec de Denis Villeneuve au cinéma.

 

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

Comments

  1. On a visiblement pas vu le même film…
    Fan du premier depuis 1982, j’allais à reculons voir les 2h 45 du 2949… Je n’ai pas vu le temps passer et pris un pied comparable à celui pris à l’époque de mes 16 ans. Merci M. Villeneuve.

  2. Emeric

    Tout le contraire pour moi, le film aurait duré 5h que je serais resté pour le voir tellement il était prenant. C’est un peu la magie des films contemplatifs. Personnellement je n’ai pas apprécié le premier opus et celui m’a redonné envie de le voir. En ce qui concerne le fait que le film soit un échec, compte tenu des avis de la plupart des critiques et les scores au Box office il semblerait que ce ne soit pas le cas

  3. Tod

    Pas d’accord !!!!
    Denis Villeneuve génie

  4. Pat

    L’imaginaire sous-jacent pose aussi d’autres questions : https://usbeketrica.com/article/blade-runner-2049-les-humains-revent-ils-de-mondes-dystopiques

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