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Brexit : vers une refonte du paysage politique britannique ?

Brexit : vers une refonte du paysage politique britannique ?
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  • On 31 octobre 2017
  • https://jeanemmablog.wordpress.com

L’état des négociations sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dissimule une situation interne particulièrement préoccupante. Le pays est dans une réelle impasse politique, et plusieurs signes portent à croire qu’une refonte politique totale doit être engagée.


 

Les négociations sur le Brexit n’avancent pas. Trois questions principales restent encore indéterminées et semblent bloquer le processus amorcé : déterminer les droits des citoyens européens résidant déjà au Royaume-Uni et ceux des citoyens britanniques vivant dans un autre pays européen, après le Brexit, convenir de la somme que le Royaume-Uni doit payer à l’UE afin de « régler ses obligations », et décider du sort de la frontière entre l’Irlande du Nord (dans le cas où la région est hors de l’UE) et l’Irlande (membre de l’UE).

Les médias étrangers laissent penser que l’issue de ces négociations réside entre les mains de Theresa May et les figures clés du Brexit, à savoir notamment Jean-Claude Juncker et Michel Barnier. Dans les journaux français, les grand-titres parlent d’eux-mêmes : « Le ton vire à l’aigre entre Londres et Bruxelles », affirme Cécile Ducourtieux dans un article pour Le Monde, alors que le Figaro soutient « Brexit : l’offensive britannique pour une rupture avec l’UE sans accord ».

Sans aucun doute, dans toute situation, chaque intervenant détient une part de responsabilité, et il est certain que May et Juncker disposent des clés nécessaires pour faire avancer le processus de négociations. Néanmoins, l’accent apporté par les médias sur les échanges entre l’UE et le Royaume-Uni se fait au détriment de la crise politique interne auquel le pays doit faire face, affectant fortement la tournure houleuse que prend cette sortie de l’UE.

Pour comprendre cela, retour sur les élections législatives du 8 juin 2017. Theresa May déclenche sa propre bombe à retardement. Alors que le Parti travailliste traverse une crise existentielle, la Première ministre britannique souhaite renforcer sa majorité à la Chambre des communes et accroître son influence dans les négociations pour le Brexit en provoquant ces élections. Pari mal-pensé… Les Conservateurs perdent des sièges et leur majorité avec, d’où la nécessité de faire une alliance avec le parti nationaliste d’extrême droite d’Irlande du Nord, le Parti unioniste démocratique (DUP). Le paysage politique britannique est fracturé de toute part entre les pro-Brexit, les anti-Brexit, ceux en faveur d’une sortie de l’UE modérée, ou celle, au contraire, plus dure… Il est actuellement impossible de déterminer la position encouragée par chacun des grands partis politiques britanniques. UKIP, le Parti conservateur, ainsi que le Parti travailliste – pour n’en citer que trois – ne soutiennent pas une ligne de pensée qui leur est propre. Dans le cas du Brexit, il est d’ailleurs plus judicieux de parler d’intergroupe que de parti politique.

C’est là que réside toute la difficulté pour Theresa May, les tensions au sein même du Parti conservateur étant particulièrement préoccupantes. Les désaccords sur le Brexit se creusent et se multiplient. Les Conservateurs ne parviennent pas à s’entendre sur le modèle de Brexit souhaité. Le sort de la proposition de loi sur le retrait du Royaume-Uni de l’UE témoigne de cette forte division : six semaines après la seconde lecture à la Chambre des communes, celle-ci demeure toujours immuable. Et il s’agit là seulement de la première phase, la proposition de loi pouvant éventuellement atteindre la Chambre des lords au printemps prochain. Les Tories n’y déteignent également pas la majorité et un fort sentiment pro-européen domine.

Que reste-t-il donc à faire pour Theresa May, à la tête d’un gouvernement minoritaire qui ne parvient pas à construire une vision commune du Royaume-Uni ? Celle-ci se retrouve à la tête d’un gouvernement divisé, luttant pour un Brexit qu’elle n’a jamais vraiment souhaité, et ne disposant que d’un soutien de circonstance de la part de certains députés (travaillistes ou conservateurs). Si la cheffe du gouvernement veut parvenir à un quelconque accord avec l’Union européenne, elle doit d’abord se préoccuper et régler la crise politique interne dans son pays, ainsi que dans son propre parti. Theresa May se doit désormais d’affirmer clairement sa position, sans quoi les négociations pourraient encore être très longues.

Ce qui est certain, c’est que ce gouvernement de fortune ne tiendra pas jusqu’en 2022. De nombreux signes laissent penser que le Royaume-Uni risque de connaître une refonte complète de son paysage politique, comme France l’a connue en 2017 avec la victoire d’Emmanuel Macron et de son parti politique En Marche. Une autre hypothèse, tout aussi probable, serait que le pays se replie davantage sur lui-même, voyant qu’aucun accord avec l’Union européenne ne parvient pas à être trouvé. Mais ce serait confondre deux sujets distincts que sont politique intérieure d’un côté, et politique extérieure de l’autre. La division entre ces éléments est désormais floue au Royaume-Uni. Les tensions internes se répercutent en effet sur la relation entre le Royaume-Uni et l’UE.

Le Royaume-Uni a besoin d’un leader capable de prendre des décisions effectives, mais personne, pas même Theresa May, ne semble pouvoir répondre à cette nécessité à l’heure actuelle.

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