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D’où vient le nationalisme catalan ?

D’où vient le nationalisme catalan ?
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Cela n’aura probablement échappé à personne, l’Espagne vit une crise politique majeure, qui fait suite au référendum jugé « illégal » par l’État espagnol du 1er octobre. Si tous les aspects majeurs de cette échéance ont été abordés, l’histoire du nationalisme catalan reste méconnue mais non moins intéressante.


 

La situation pour le moins tourmentée en Catalogne nous conduit à remonter son histoire. En effet, le nationalisme catalan n’est pas un phénomène qui date d’hier, et les antécédents historiques sont nombreux.

Il convient tout d’abord d’établir une première estimation géographique de ce que serait un État catalan indépendant. Certes, le référendum du premier octobre (1-O comme il est appelé outre-Pyrénées) n’a concerné que la partie espagnole de la Catalogne. Mais dans les faits, il existe dans le Roussillon français (Pyrénées-Orientales actuel) un sentiment national catalan assez fort. D’autres sources indiquent la principauté d’Andorre ou bien encore d’autres communautés autonomes telles que la Communauté Valencienne, les Baléares ou encore une partie de l’Aragon comme potentielles pièce de ce grand puzzle nommé Catalogne.

 

Une lutte épisodique assez ponctuelle

 

La première véritable Constitution catalane fut promulguée en 1283. À cette époque, le Royaume d’Espagne tel que nous le connaissons actuellement n’existe pas encore, mais il faut attendre près de deux siècles (1472) pour voir la principauté qui était alors connue sous le nom de Catalogne-Aragon s’unir avec la Castille.

Deux cents ans plus tard, en 1640, des révoltes contre des lois de centralisation du pouvoir éclatent, et conduisent même à la proclamation d’une très brève république catalane, qui sera très vite réprimée.

Mais la première date vraiment symbolique d’un nationalisme catalan est sans aucun doute celle du 11 septembre 1714. Nous sommes alors en pleine de Guerre de Succession espagnole, et les Bourbons tentent de prendre le pouvoir.

La ville de Barcelone tente de résister corps et âme, et ce malgré un blocus imposé par l’armée royale. Onze mois durant, les dix mille soldats catalans luttèrent héroïquement, avant de se rendre. La date de cette capitulation (11 septembre 1714) devient alors une date clé de l’histoire du nationalisme catalan, puisque c’est désormais un élément célébré dans toute la région (Diada), qui ferait probablement office de fête nationale si indépendance il y avait.

Une identité culturelle catalane s’est également formée au fil des siècles, avec l’apparition au XIXème siècle d’un mouvement artistique proche du Romantisme : la Renaixença. Les poètes appartenant à ce mouvement revendiquaient la libre écriture du catalan, bien que leur action ne comprenne aucun but politique.

Si toutes ces actions eurent le mérite d’exister et sans doute d’inspirer les mouvements nationalistes catalans tels qu’ils sont actuellement connus, elles ne furent que ponctuelles. Le manque de continuité entre les différents actes entrepris rendit les revendications nationalistes peu crédibles jusqu’au début du XXème siècle.

 

Les débuts du catalanisme politique

 

Le premier parti politique revendiquant une Catalogne indépendante fut créé en 1901. La Lliga Regionalista adoptait une idéologie conservatrice, et à l’inverse d’autres forces politiques, ne réclamait pas forcément une République. Sa victoire électorale permit à son leader Francesc Cambó d’entrer au Parlement, et de faire de la cause catalane une affaire d’état.

Ce parti conservateur aura le monopole sur le catalanisme politique, et ce jusqu’à la proclamation de la Seconde République Espagnole  en 1931. Le parti de gauche Esquerra Republicana de Catalunya est créé. Il devient majoritaire durant cette brève période, obtenant d’importants droits d’autonomie. En effet, la Catalogne devient une « région autonome au sein de l’État espagnol ». Ce statut sera finalement supprimé par Franco dès sa prise de pouvoir en 1936.

À la mort du dictateur en 1975, et après près de quarante ans d’oppression, c’est une nouvelle coalition conservatrice, Convèrgencia i Unio, qui arrive au pouvoir dans un Parlement régional ré-autorisé (la Generalitat). La Catalogne voit donc en l’arrivée de la démocratie une aubaine pour changer de statut, et devient en 1979 une « nationalité » (qui, dans les termes juridiques espagnols, signifie la reconnaissance d’une identité culturelle et historique) et le catalan « langue officielle ».

 

Une accélération notable depuis 2006

 

Le mouvement indépendantiste catalan connait un véritable tournant en 2006. À cette date, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) occupe le pouvoir central, et se montre plus sensible que son opposant conservateur (PP) aux revendications catalanes. Ainsi, un projet de loi redéfinissant la statut de la région (la notion de « nation » est évoquée) est présenté par les députés catalans.

Le statut entre en vigueur en 2006, mais le PP dépose un recours contre cette loi. Après quatre ans de longues négociations, le parti conservateur obtient gain de cause et voit le terme de « nation catalane » retiré des textes officiels. Trahis par le pouvoir central, les Catalans font prendre aux mouvements indépendantistes une tout autre ampleur.

De grandes manifestations éclatent alors, et près d’un million de personnes défilent dans les rues de Barcelone à plusieurs occasions (le point d’orgue restant une manifestation le 9 juillet 2010), brandissant fièrement l’estelada, drapeau symbolisant la volonté d’indépendance. Le sentiment national catalan n’a alors jamais été aussi fort, et se traduit à travers des ambassadeurs médiatiques, comme les joueurs du FC Barcelone (Gerard Piqué en tête) ou bien l’ex-entraineur du Barça, Pep Guardiola.

Dernier épisode en date de cette lutte acharnée : la consultation du mois de septembre 2014, jugée illégale par le gouvernement central de Madrid. Cette interdiction a valu à l’ex-Président du Parlement Catalan, Artur Mas, une peine d’inéligibilité de deux ans. Cette mésaventure ne semble pas pour autant perturber l’actuel Président de la Generalitat, Carles Puigdemont, qui reste toujours aussi ferme sur sa volonté de conduire la Catalogne vers la voie de l’indépendance.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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