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« Knock » et le médiocre triomphe de la médecine

« Knock » et le médiocre triomphe de la médecine
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S’emparer d’un monument du cinéma français n’est jamais une chose facile, le réadapter et se l’approprier l’est encore moins. Lorraine Levy (Le fils de l’autre, Mes amis, mes amours) s’est essayée à l’exercice en réadaptant « Knock », pièce de Jules Romains qui avait donné lieu en 1951 à un film marqué par la prestation de Louis Jouvet. Critique.


 

Knock, un ex-filou repenti devenu médecin diplômé, arrive dans le petit village de Saint-Maurice pour appliquer une « méthode » destinée à faire sa fortune : il va convaincre la population que « tout bien portant est un malade qui s’ignore ». Et pour cela, trouver à chacun la maladie réelle ou imaginaire dont il souffre.

 

★★★☆☆ – À voir

 

En s’appropriant « Knock », la réalisatrice était confrontée à un double-défi : réadapter un classique du cinéma français tout en gardant pour feuille de route la plus célèbre des citations du médecin : « tout bien portant est un malade qui s’ignore ».

Et cette volonté de donner un souffle nouveau à l’histoire et au personnage commence par le choix d’Omar Sy pour incarner Knock. Ici, Lorraine Levy a voulu montrer qu’elle entendait bien s’affranchir de la figure légendaire et cynique du personnage campé en 1951 par Louis Jouvet. 

 

Omar Sy interprète le Docteur Knock (Copyright Mars Films)

 

La notion de vivre-ensemble est donc la dominante du film car c’est tout simplement l’arrivée d’un nouvel habitant, et qui plus est d’un médecin, qui perturbe le village. Même si Knock se présente comme un rêve hors du temps, les décors, dignes d’un film de Marcel Pagnol, et quelques indices nous montrent que l’histoire se déroule dans les années 1950. A l’époque, la vision savante du médecin qui sait tout et qu’on écoute avec attention, est toujours présente.

Knock parvient donc rapidement à faire croire à tous les habitants qu’ils ne sont en fait que des malades qui s’ignorent, et ainsi à s’assurer une fortune et une réussite certaines. Sauf qu’ici, et contrairement à la version de 1951, le médecin réalise trop vite que ce qu’il est venu chercher n’est pas ce qui le rend heureux et que c’est bien l’amour, interprété par la douce et convaincante Ana Girardot, qui compte. Mais c’est là que le filme pêche. 

 

Knock prodigue ses conseils aux villageois de Saint-Maurice (Copyright Mars Films)

Ici, tout le côté cruel de la pièce qui faisait sa réussite et qui avait fait dire à Eugène Ionesco, en assistant à sa représentation en 1924 qu’il s’agissait de la « farce la plus tragique et la plus pessimiste du XX° siècle » semble avoir disparu. 

Et c’est bien dommage car, au fond, le succès de « Knock » reposait sur la capacité du personnage  à convaincre tout un village qu’il était malade et ce sans aucun état d’âme. Louis Jouvet incarnait un homme cruel dont le seul but était de gagner toujours plus. C’est aussi le but d’Omar Sy dans le film qui parle de ses « clients » et non de ses « patients » mais qui est trop sympathique et peut-être trop lisse.

La réalisatrice a donc tenté de réadapter l’écriture peut-être assez ancienne et datée de Jules Romains. Seulement, construire le film dans un cadre contemporain eut été bien plus judicieux pour aller au bout de la démarche. Reste néanmoins une confrontation permanente et drôle avec le curé campé par Alex Lutz et qui oppose la médecine et le clergé. Les autres seconds rôles (Hélène Vincent, Michel Vuillermoz) apportent également, avec l’humour d’Omar Sy, une note dynamique aux scènes comiques du film.

 

Knock version 2017 peine donc à renouveler sans trop s’en éloigner l’un des personnages les plus célèbres de l’Histoire du théâtre par une volonté de rendre trop bon ce médecin. Le film vaut néanmoins le détour pour ses décors et pour redonner espoir à ceux qui ont toujours vu Knock comme un mauvais souvenir de lecture en cours de Français.

 

 

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Hortense Crépin

Étudiante en Droit à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille.

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