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« La fête est finie », d’Orelsan : retour vers le passé

« La fête est finie », d’Orelsan : retour vers le passé
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Le rappeur caennais Orelsan est de retour avec La fête est finie, son troisième album solo. Critique.


 

« La fête est différente, mais elle continue, assurément »

★★★★☆

 

6 ans d’attente tout de même. 6 ans sans opus solo, discontinûment nourris par l’album éponyme des Casseurs Flowters (le duo qu’il forme avec Gringe), en 2013, et le film Comment c’est loin, inspiré de leur vie de trentenaires, en 2015. 6 ans, donc, qu’Orelsan — le pseudonyme d’Aurélien Cotentin — cristallise l’impatience, occupé par ces différents projets certes, mais aussi probablement paralysé par la peur de décevoir, lui qui pourtant nous a initiés à une forme de cynisme nonchalant qui embue son image et sa musique.

La fête est finie est un grand album qui marque le passage à l’âge adulte d’un Orelsan plus assagi que jamais. Ne vous méprenez pas : la colère, le rejet, et l’insatisfaction qui font sa marque de fabrique restent intacts, mais leur mise en forme est plus réfléchie, plus mature, moins rebelle, à l’image du morceau d’ouverture San, autocritique sans fioritures de laquelle découle une sincérité communicative. C’est le point de départ d’un album dans lequel Orelsan fait son coming-out ; il s’adresse aux autres — et surtout à lui-même — pour admettre l’évidence : il a changé, lui aussi, et tout porte à croire qu’il l’a accepté. N’allez pas penser cependant qu’il en a fini de cracher sur le monde, comme il le faisait il y a quelques années maintenant avec Suicide social. Tour à tour, c’est sa famille qui en prend pour son grade (Défaite de famille), mais aussi la chanson populaire française (Christophe, avec Maître Gims) et les clichés de manière générale (Basique).

Dans ce nouvel opus, le rappeur cultive les paradoxes. Il commence par déclarer sa flamme à la « fille qui va changer [sa] vie » sur le très électronique La lumière, puis entame un pamphlet sur les Bonne(s) meuf(s) qui trouvera certainement écho chez pléthore d’associations féministes avec lesquelles il a pris l’habitude de se fâcher. Et puis, il persiste à jongler entre l’attitude d’un ado qu’il a toujours incarnée, et une mélancolie de circonstance qui le secoue par intermittences du haut de ses 35 ans. Quand est-ce que ça s’arrête ? est incontestablement un des meilleurs titres du disque, tant dans une instrumentale épurée que dans un texte bercé de nostalgie. De la même façon, le morceau Zone (en trio avec Nekfeu & Dizzee) est particulièrement réussi, doté d’un beat ravageur qui se répand dans le cerveau ; avec, en prime, des invités de marque.

Il y a deux albums dans La fête est finie : celui des réflexions personnelles et celui des dénonciations, moins présentes qu’auparavant. Entre deux morceaux imbibés d’eau, Orelsan se paye d’ailleurs le luxe d’inviter Stromae (La pluie) pour un featuring qui, sans atteindre des sommets, dégage une poésie propre aux deux artistes. Progressivement, l’amour a remplacé le sexe ; l’amour des autres bien sûr — car il y a, de toute évidence, une tendresse nouvelle qui se dégage de l’œuvre — mais aussi l’amour de sa ville, Caen, dans laquelle il n’habite pourtant plus depuis quatre ans. Dans ma ville, on traîne est assurément LA chanson de l’album, teintée de souvenirs et de mélancolie, à l’image Des choses à raconter que narraient il y a peu les Casseurs Flowters.

Sans fausse note, Orelsan a gagné un pari qui n’avait pourtant rien de certain : faire oublier, le temps d’un disque, le Chant des sirènes qui avait emporté la planète rap — et même au-delà — il y a six années de cela. Aurélien Cotentin n’a certes plus 18 ans, mais il n’en a, en théorie en tout cas, toujours pas 35, comme voudrait le faire croire sa carte d’identité. La fête est finie mêle l’éternelle fougue adolescente du rappeur à une rédemption nouvelle. C’est un album du soir, de chevet, qu’on écoute dans le train du dimanche ou au retour de soirée ; il est évolution sans regrets, et nocturne sans noirceur. Ouvrez les yeux : Orelsan est de retour.

 

Morceaux préférés : San; Quand est-ce que ça s’arrête ?; Zone (avec Nekfeu & Dizzee); Dans ma ville, on traîne; Notes pour trop tard (avec Ibeyi)

Morceaux dépréciés : Basique; Bonne meuf; Christophe (avec Maître Gims)

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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