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Outbuster : le nouveau cinéma libre et curieux

Outbuster : le nouveau cinéma libre et curieux
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En 2016, le Centre National du Cinéma et de l’Image animée enregistrait plus de 213 millions d’entrées dans les salles françaises. Plus de 400 films trouvaient ainsi un écho auprès du grand public. Un record. Pourtant, de plus en plus de cinéastes se tournent vers les plateformes de streaming – et plus particulièrement Netflix – pour réaliser leurs nouveaux films. Des centaines de films continuent de mourir, ne trouvant aucun écho en France, la faute à une concurrence trop importante. Un cinéma qui attire donc mais avec une proposition limitée. C’est pour répondre à ce paradoxe qu’Étienne Metras a créé Outbuster, il y a un peu plus d’un an. Nous avons pu discuter avec lui et en savoir un peu plus. Interview. 


 

Pourquoi avoir choisi de créer Outbuster ?

 

J’ai créé Outbuster d’abord et avant tout parce que j’aime le cinéma. Mais j’étais de plus en plus frustré par les propositions offertes par les réseaux traditionnels de diffusion, que ce soit le cinéma, la télévision ou même la vidéo à la demande. Aujourd’hui, ces réseaux sont à peine capables de mettre en avant dix pourcents des films produits dans le monde chaque année. De nombreuses pépites primées en festivals ou ayant un large succès dans leur pays d’origine ne trouvent aucun écho en France. Pourtant, ils génèrent de l’envie et de l’attente, notamment sur les réseaux sociaux. J’ai donc voulu répondre à ces attentes en proposant un service qui permet à ces films injustement « invisibles » de trouver leurs publics.

 

« Les cinéphiles n’ont jamais été autant nourris mais n’ont jamais été guidés ! Et le cinéma actuel ne pourra pas faire ça tant qu’il ne remettra pas l’audience au centre de ses préoccupations. »

 

Il y a donc une certaine mission de service public qui est assurée par votre site…

 

Par le streaming en général, je dirais même. Je ne pense pas que les réalisateurs qui se tournent vers Netflix le font pour une réelle question idéologique. Les intérêts économiques doivent avant tout rentrer en jeu même si l’indépendance qu’ils ne peuvent pas trouver dans un studio est aussi à prendre en compte. Mais c’est une bonne chose. Cela montre que le streaming n’est pas une voie de garage et ça valorise les usages digitaux qui ont longtemps pâti de l’absence de contenus exclusifs de qualité. Aujourd’hui, je pense que le streaming est la seule solution pour étendre la disponibilité de ces films et guider le public. Je crois que c’est notre principal objectif : guider les gens. Les cinéphiles n’ont jamais été autant nourris mais n’ont jamais été guidés ! Et le cinéma actuel ne pourra pas faire ça tant qu’il ne remettra pas l’audience au centre de ses préoccupations.

 

Pour vous, il faut donc restructurer l’idée même de diffusion d’un film ?

 

Oui. L’économie actuelle fait que le cinéma est entré dans une ère où les blockbusters possèdent une toute-puissance, grâce à leur matraquage publicitaire. Le marketing tue les films indépendants. Il existe bien encore un petit réseau d’art et essai dans les grands centres mais même celui-ci meurt progressivement. C’est là qu’Outbuster intervient. On change les critères de diffusion : pas de genre, pas de réalisateur, pas d’acteurs, juste de brèves informations pour orienter le spectateur, rien de plus. Il est à la fois possible d’en savoir plus, grâce à une fiche descriptive et de ne rien connaître du film qui va être visionné. Enfin, on s’attaque aussi à la circulation des œuvres, qui reste beaucoup trop territorialisée, trop encadrée également. Alors que le bouche-à-oreilles, lui, n’a pas de frontière.

 

Les films sont classés selon quatre catégories – Capture d’écran tiré du site Outbuster.

 

Pourtant, au regard des audiences, on pourrait croire que le public est le premier responsable de cette hégémonie des blockbusters, non ?

 

Je pense que l’on fait fausse-route en pensant cela car le public répond uniquement à ce qu’on lui donne à voir. Il demeure une envie de découverte, une certaine sensibilité pour la nouveauté qui se retrouve freinée parce qu’on lui donne toujours la même chose. Il faut pousser les gens à prendre des risques à voir au-delà d’un nom sur une affiche. Internet tente de le faire avec l’émergence des « nouveaux critiques » présents sur YouTube notamment. Mais l’information, même si elle est partagée plus rapidement, est toujours donnée en vrac, sans avertissement ni structure. La réponse est la même pour le téléchargement qui n’a pas créé une nouvelle vague de cinéphiles puisque ce sont toujours ces mêmes blockbusters qui sont les plus massivement téléchargés.

 

Quel regard portez-vous sur la chronologie des médias qui obligent les films à être victime de ce téléchargement, à cause de cette attente ?

 

Je pense que la réglementation évolue beaucoup moins vite que les usages. Elle y sera contrainte de toute façon, c’est inéluctable. Les intérêts en jeu pour l’ensemble des acteurs de la filière font qu’elle ne peut bouger que trop lentement. C’est d’ailleurs pour cette raison, et dans un premier temps, qu’Outbuster s’en affranchit : les films que nous dénichons ne sont aujourd’hui soumis à aucune autre contrainte que la nécessité de trouver leurs publics.

 

« Au total, plus de soixante-dix pourcents des films asiatiques, produits chaque année, n’arrivent jamais en salles. »

 

Quand on regarde votre site, on voit tout de suite qu’il y a une sorte de fascination pour le cinéma asiatique qui possède sa propre catégorie. Pourquoi ?

 

Pour la simple et bonne raison que c’est l’un des cinémas les moins exposés en France par rapport à sa richesse et son dynamisme ! Chaque année, il y a moins de dix films chinois, japonais, coréens ou thaïlandais qui arrivent jusqu’à nos salles alors que ces pays produisent plusieurs centaines de films par an, dans tous les genres. Par ailleurs il s’agit d’un cinéma suivi et plébiscité sur les réseaux sociaux. Il existe également de nombreux festivals, comme le FICA (le Festival International des Cinémas d’Asie se déroule chaque année à Vesoul, depuis 1995. C’est le plus ancien et le plus important festival de cinéma asiatique d’Europe, ndlr.), qui nous permettent de trouver des films primés et pourtant sans écho. Au total, plus de soixante-dix pourcents des films asiatiques, produits chaque année, n’arrivent jamais en salles.

 

Quel est l’apport du site SensCritique dans votre projet ?

 

SensCritique est le premier réseau social dédié à la culture en France. Nous nous appuyons sur ses membres pour sélectionner nos pépites et leur donner de la visibilité. Concrètement, nous regardons tous les films sans diffuseur dont la note moyenne est supérieure à 6/10. Si cette note s’appuie sur un nombre de votants significatif, c’est que le film a certainement une audience plus large que celle qui l’a découvert. Nous avons évidemment d’autres critères de sélection, comme les notes sur les autres réseaux cinéphiles, les prix reçus en festival, le box-office à l’étranger, nos propres visionnages, etc. Mais l’activité « sociale » sur SensCritique reste essentielle pour nous.

 

Quels sont les projets pour Outbuster dans le futur ? Y a-t-il des partenariats en vue avec des réseaux de distribution par exemple ?

 

Notre premier projet est de trouver suffisamment d’abonnés pour pérenniser notre modèle. Nous avons besoin d’avoir au moins 3000 abonnés. Nous n’y sommes pas encore. Une fois que nous aurons atteint ce premier stade de développement, nous comptons effectivement étendre notre distribution sur les réseaux et à l’international, afin de proposer toujours plus de films.

 

 

Merci à Étienne Metras d’avoir répondu à nos questions. Vous pouvez retrouver le site Outbuster, en cliquant juste ici. 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

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