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Pourquoi le Qatar a-t-il choisi le Paris Saint-Germain ?

Pourquoi le Qatar a-t-il choisi le Paris Saint-Germain ?
Benjamin Foucaud

Il n’aura manqué à personne de voir que le Qatar a grandement augmenté son influence sur le monde occidental. Néanmoins, au premier abord, il est difficile de comprendre la raison de tels investissements dans le sport (si loin de chez eux). C’est pourquoi nous allons regarder de plus près l’intérêt du PSG à investir, dans le handball notamment.


 

Tout d’abord, il semble nécessaire de comprendre l’intérêt des Qataris à investir dans le sport. En effet, ces derniers auraient très bien pu investir dans d’autres domaines, comme le cinéma par exemple. Au-delà d’être un simple divertissement de multimilliardaires, le sport est un outil diplomatique, et quoi de mieux que le football, entre pratique populaire et business juteux, pour s’implanter en Europe. Le PSG n’est d’ailleurs pas le seul club dans ce cas, le club anglais de Manchester City étant aussi un club sous tutelle qatarie, ce qui démontre bien l’intérêt diplomatique du ballon rond, surtout depuis que le Qatar s’est vu attribuer la Coupe du Monde de football 2022. Cette volonté de démontrer sa puissance culturelle s’appelle le « soft power ». Celui-ci consiste à utiliser le cinéma, le sport, la recherche scientifique, la culture en général pour diffuser une image puissante et développée de son pays. Ainsi, il reste à comprendre le dévolu qatari sur la ville lumière, expliqué ci-dessous par le président du Paris Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi :

 

« Cela faisait un petit moment que nous avions décidé d’investir dans le football européen. Au moment où il s’est agi de porter notre choix sur un club et après avoir étudié différentes options en Europe, il nous a semblé évident que nous devions reprendre le Paris Saint-Germain. Parce que le club est un symbole de la plus belle ville du monde et le phare sportif d’une mégapole de 12 millions d’âmes. Parce que ce club est une marque très forte. Dès le début, à écouter les réactions des supporters lorsque je les croisais dans Paris, j’ai senti qu’ils étaient derrière nous. C’était le plus important à mes yeux. Cela n’a fait que décupler l’énergie mise dans ce projet. J’ai toujours dit qu’un de mes objectifs était de rendre nos fans heureux. »

 

Dans cette citation, le patron du PSG explique clairement l’aspect symbolique de Paris, qui est la capitale d’une des plus grandes puissances du monde, certes, mais surtout une « ville mondiale » qui possède donc un impact médiatique, touristique et politique tout autour du globe. Pour exemple, le maillot extérieur parisien pour la saison 2017/2018 est de couleur jaune, faisant référence aux récentes arrivées de joueurs brésiliens dans l’équipe de football masculin, comme pour tenter une approche subtile auprès des fans de football d’Amérique du Sud. Après avoir compris la raison de l’investissement qatari, il est important de décrypter la gestion sportive du club, ainsi que de définir ses ambitions. Premièrement, le PSG ne se résume pas qu’à l’équipe de football masculin. Effectivement, la politique du club de la capitale s’oriente vers un club « omnisport », c’est-à-dire une enseigne qui possède différentes sections dans plusieurs sports différents. C’est pourquoi les Qataris ont racheté, dès le mois de juin 2012, le « Paris Handball » pour devenir le « Paris Saint-Germain Handball ». Cette même politique omnisport rappelle évidemment le modèle catalan du FC Barcelone, qui possède lui aussi plusieurs sections sportives en commun (comme le football masculin et féminin, le handball…). Néanmoins, la politique d’image de ces deux clubs est totalement opposée. D’un côté, le FC Barcelone est souvent lié à la cause indépendantiste catalane, ainsi le club souhaite se baser sur une image identitaire forte, en passant surtout par la formation. De l’autre côté, Le Paris Saint-Germain est, comme développé ci-dessus, un outil du « soft power » qatari, la politique d’image se traduisant par une forme de « business » laissant une place importante au marketing et à la communication maîtrisée. Ainsi, comme énoncé par le président qatari du PSG ci-dessous, la puissance financière du club de la capitale leur permet de voir grand :

 

« On n’est pas là pour faire du business, on est là pour construire un grand club avec des grands joueurs talentueux. »

 

Cette équipe de stars talentueuses a bien vu le jour, et elle se trouve au PSG Handball. Avec un budget de 17 millions d’euros pour la saison à venir, le triple champion de France en titre possède le plus gros budget d’Europe. Néanmoins, cette somme d’argent est intelligemment utilisée dans l’effectif que l’on peut juger hors-du-commun, voire à couper le souffle. Pour s’en rendre compte, il suffit de citer l’équipe type : le gardien Thierry Omeyer, l’un des meilleurs gardiens de l’histoire à plus de 40 ans, la meilleure paire d’ailiers au monde avec Luc Abalo à droite et Uwe Gensheimer à gauche, Nadim Remili en arrière droit, Mikkel Hansen en arrière gauche, et enfin, les frères Karabatic, Nikola en tant que demi-centre et Luka en tant que pivot. Mais comme si cela ne suffisait pas, il serait impardonnable de ne pas citer les apports de Daniel Narcisse, Luka Stepancic et la future pépite danoise de demain, Sander Sagosen. En observant la composition de cette équipe, nous retrouvons une ossature faite d’internationaux français greffés avec une addition de joueurs confirmés étrangers. Car si le projet parisien est attractif, bien au-delà de l’attrait salarial, c’est un véritable projet sportif capable d’attirer des joueurs de renom, comme l’ancienne star de Bundesliga Uwe Gensheimer :

 

« Jouer dans une équipe qui regroupe les meilleurs joueurs d’Europe, c’est vraiment une très belle opportunité pour moi. En Allemagne, la plupart des supporters de Rhein-Neckar Löwen ont compris ma décision, ils connaissaient mon attachement à ce club mais ils savent aussi que ce challenge ne pouvait pas se refuser. »

 

Assurément, il ne serait pas surprenant de voir le palmarès se remplir en conséquence d’ici les années à venir, avec en tête d’affiche, les deux meilleurs joueurs du monde actuels, Nikola Karabatic et Mikkel Hansen, qui se partagent le trophée du meilleur handballeur de l’année IHF, respectivement obtenu en 2007, 2014 et 2016 pour le premier et 2011 et 2015 pour le second. À la vue de l’effectif, le dicton « se donner les moyens de ses ambitions » n’a jamais été aussi clair. Même si les résultats nationaux sont importants, le principal objectif se situe sur la scène européenne, avec la victoire en Ligue des Champions, symbole de réussite sur la scène européenne et mondiale. Car si le PSG est une marque qui souhaite rayonner, il lui faut réfléchir sur le long terme pour que le projet soit toujours d’actualité. Ceci étant dit, la création d’une section judo, avec la signature du nonuple champion olympique Teddy Riner, et la création d’une section e-sport rentrent dans la cohérence marketing du club de la capitale. Le président Al-Khelaïfi ira même jusqu’à considérer que « le e-sport est le futur du digital, de notre marque. C’est un grand projet ». À ce niveau, on peut même parler d’un énorme projet. Il suffit de regarder les chiffres : 250 millions de joueurs dans le monde, dont 50% en Asie, avec un marché juteux estimé à un milliard d’euros en 2019. Si l’on veut pousser les ambitions encore plus loin, la création d’une section de football féminin n’est pas anecdotique pour autant, car si Paris souhaite s’imposer sur la scène européenne, le club de la capitale cherche à créer une ligne de rupture avec les autres cadors européens, comme le FC Barcelone ou le Real Madrid.

 

En conclusion, les propriétaires qataris du PSG investissent dans la ville-lumière pour rendre le « soft-power » qatari plus compétitif. Avec des budgets considérables, ces derniers peuvent construire des effectifs hors-du-commun pour, à court terme, acquérir un palmarès à l’échelle européenne et internationale, et à long terme, changer l’image contestée du pays.

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Benjamin Foucaud

Étudiant en Lettres dans les Yvelines.

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