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« Battle of the sexes » : de l’opportunité féministe à la déception

« Battle of the sexes » : de l’opportunité féministe à la déception
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Onze ans après Little Miss Sunshine, Dayton et Faris s’attaquent à un sujet qui résonne encore aujourd’hui : la cause féministe dans l’arène macho du tennis 70s. Dans le film Battle of the sexes, le duo s’attaque au match légendaire entre Billie Jean King et Bobby Riggs. Une opportunité pour aborder le sexisme dans le sport qui s’avère ratée. 


 

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

 

★★☆☆☆ – À éviter

 

Le mois de novembre aura été chargé pour la cause féministe. Des débats sur l’écriture inclusive aux paroles qui se libèrent grâce aux réseaux sociaux, le cinéma n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de relater le mouvement de la rébellion des femmes. Dernièrement, les écrans ont accueilli la caméra d’or Jeune Femme de Leonor Serraille, film quasi-entièrement réalisé par des femmes, ou encore Les Conquérantes de Petra Volpe, qui raconte la lutte des femmes suisses pour obtenir le droit de vote. Mercredi 22 novembre, c’était au tour de Battle of the sexes de faire son entrée en proposant un biopic sur les méfaits du patriarcat dans un autre domaine : celui du sport.

 

Copyright Fox Searchlight Pictures

 

Un macho pas si méchant

 

Organisé le 22 septembre à Houston, la bataille des sexes oppose deux stars : Billie Jean King, jeune femme 29 ans qui domine les tournois de tennis féminin et Bobby Riggs, un macho ancien joueur et accro aux paris. Il voit dans le débat sur l’égalité hommes-femmes un moyen de se mettre en avant en proposant un match contre Billie Jean King. Après quelques hésitations, Billie Jean accepte le challenge. Le défi est d’envergure puisque le vainqueur remportera, en plus d’une gloire certaine, la somme de 100 000 euros. En filigrane de la préparation du match, on peut suivre le processus de création des tournois WTA encouragé par Billie Jean King et ses camarades. Pourtant, malgré ses intentions, le film ne parvient pas à impliquer son spectateur dans les enjeux de match. D’abord parce que le rôle du personnage « macho-méchant » n’est pas convaincant. Bobby Riggs n’est rien de plus qu’un personnage pathétique, éternel enfant qui recherche davantage le jeu et le coup de projecteur que lui apporte ce match plutôt que la victoire face à une femme.

De la même manière, si Emma Stone habite convenablement le rôle d’une joueuse de tennis, la cause féministe, que porte le nom du film, n’est pas assez mise en avant. On ne la présente jamais révoltée face aux propos misogynes de son adversaire. Elle préfère plaisanter (en lui offrant un cochon au début du match, peut être une manière de « balancer son porc » ?) ou se concentrer sur le match. Autre défaut grandiloquent du film : rapprocher féminisme et sexualité. Dans l’histoire vraie, avant le match, Billie Jean King avait déjà entamé une relation avec Marilyn Barnett. Son coming-out se fera bien plus tard, en 1981. Dans Battle of the sexes, on se permet pourtant de rapprocher chronologiquement son engagement dans le tennis féminin et sa découverte d’une autre orientation sexuelle, avec la coiffeuse de l’équipe. Une liberté du scénario gênante puisque ce genre de raccourci alimente les choux-gras de ceux qui se font les adversaires des « féminazis » qui ne seraient en fait que « des femmes qui n’aiment pas les hommes ». Dommage qu’un biopic si inspirant se permette autant de liberté historique qui dessert son propos.

 

La mise en scène du spectacle

 

A défaut d’audace sur le sujet, ce  biopic sportif assure la mise en fond du court : teintes orangées en 35 mm et soyeuse B.O. vintage pour le mood seventies, va-et-vient narratif entre les backgrounds sentimentaux des deux rivaux : l’esprit « 70s » nourrit le film. Les couleurs très pops, les costumes et la mise en scène permettent de rendre compte d’une époque très vive et dynamique. Fort heureusement, la médiocrité du match final, à cause du pauvre jeu des acteurs, résume néanmoins en apothéose l’atmosphère de la société d’opulence et du spectacle propre à cette génération.

 

 

Finalement, le biopic très inspirant Battle of the sexes réussit – malheureusement – à être très contemporain par les thématiques qu’il aborde sans pour autant mettre en lumière les difficultés des femmes dans une époque en plein chamboulement. 

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Alizé Boissin

Etudiante bordelaise, aimant partager des cannelés et des idées avec la e-communauté

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