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« Carbone » : l’argent mal acquis finit par tuer

« Carbone » : l’argent mal acquis finit par tuer
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Un thriller financier haletant, des personnages plongés dans un monde d’argent et de violence, voici Carbone, le dernier film d’Olivier Marchal. Critique.


 

Menacé de perdre l’entreprise familiale, Antoine Roca, un homme d’affaires ordinaire, met au point une arnaque gigantesque avec trois amis pour voler l’Etat et l’Union Européenne. Rattrapé par le grand banditisme et la police, il devra faire face aux trahisons, meurtres et règlements de compte.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Une mise en scène travaillée

 

Il faut d’abord souligner que cette histoire est inspirée de faits réels : entre 2008 et 2009, la Carbone Compagny a monté une arnaque sur la taxe carbonique qui a permis de voler 5 milliards d’euros à l’Union Européenne dont 1,8 milliard à la France.

C’est le même déroulement pour le film qui lui se déroule sur cinq mois : Antoine et ses complices parviennent à monter des sociétés avec des comptes off-shore puis leur propre boîte de trading et donc à s’enrichir de manière spectaculaire. Tout un plan filmé en time-lapse montre Antoine et ses associés qui, dans une chambre d’hôtel, font travailler leurs différents comptes et qui ainsi s’enrichissent tandis qu’un compteur nous montre les bénéfices qui ne font qu’augmenter sans s’arrêter, grâce au gaz carbonique : l’argent leur tombe littéralement du ciel.

En parlant des plans, il faut admettre que ce film est beau. La mise est scène est soignée, l’esthétique des plans est léchée. On retient la première scène : alors qu’Antoine traverse son entreprise et monte dans son bureau, où il se tient à contre-jour, son visage plongé dans l’obscurité qui montre déjà la tourmente dans laquelle il est, avec le rap d’Orelsan Suicide Social, qui revient à plusieurs reprises dans le film, en fond, qui montre le désarroi du personnage en proie à des tourments financiers qui le dépassent alors qu’il essaye de maintenir son entreprise à flot. Rien que ce plan nous attache au personnage qui se démène pour cette entreprise à laquelle il est attaché. Le choix du rap d’Orelsan est par ailleurs très intéressant : tout d’abord comme clin d’œil à Gringe, qui joue Simon, l’un des associés d’Antoine, mais aussi car ce rap montre un personnage qui cherche à sortir d’un système normé qu’il refuse et qu’il déteste, tout comme Antoine qui décide d’arnaquer un système injuste qui ne lui a pas permis de réussir légalement comme chef d’entreprise honnête.

La caméra alterne des scènes où Marchal prend le temps de poser son cadre et d’autres plus en mouvement, avec une caméra qui suit les personnages, notamment vers la fin du film. Olivier Marchal ne laisse rien au hasard dans sa mise en scène : les cadrages, les lumières, les mouvements de caméra, tout est contrôlé pour faire monter la tension, installée dès la première image du film qui est aussi la dernière.

 

Le caractère ordinaire des personnages

 

L’histoire insiste d’abord et surtout sur le caractère ordinaire des personnages, en particulier Antoine et son ami Laurent. Le premier est chef d’entreprise, l’autre est comptable. Olivier Marchal nous montre ainsi que n’importe qui dans une situation difficile peut se laisser aller à la tentation : Antoine n’est pas un truand en puissance, il n’est même pas connu des services de police. Simon et Eric sont deux frères, délinquants ordinaires, qui frôlent la frontière du grand banditisme, sans jamais la franchir (ou presque). Ces personnages n’ont pas la carrure pour s’embarquer dans une arnaque d’une telle ampleur, associée au grand banditisme, milieu dont ils n’ont pas les codes. 

Par ailleurs, les personnages ne sont à aucun moment jugés par le réalisateur. Antoine ne cherche qu’à restaurer son honneur et à prouver à ceux qui le méprisaient, comme sa femme et son beau-père, qu’il n’est pas un « minable » ou un « raté » mais qu’il peut lui aussi réussir dans les affaires. À l’opposé, sa mère est honnête mais n’est pas montrée comme un exemple. Par excès de vertu, elle refuse de l’argent dont elle a pourtant besoin. 

 

Une spirale infernale d’argent et de violence

 

Le vrai pouvoir dans ce film est avant tout celui de l’argent. Tout tourne autour de lui, il est le centre des préoccupations des personnages. 

Le beau-père d’Antoine est le personnage qui représente l’argent et le pouvoir qui va avec. Joué par un Gérard Depardieu qui incarne à la perfection ce vieil homme d’affaires odieux, avide et méprisant, ce personnage croit que tout s’achète et que seul l’argent fait la valeur d’un homme. Il essaye par tous les moyens de détruire Antoine. Cependant, l’argent peut aussi venir des bas-fonds : Kamel Dafri, le débiteur d’Antoine, vit dans un restaurant miteux de banlieue et fait de la boxe dans un club décrépit. 

La violence est omniprésente dans la deuxième partie du film ce qui fait monter la tension car on redoute la conclusion de l’histoire. On assiste en tout à quatre meurtres et deux agressions extrêmement violentes. Le succès de l’affaire d’Antoine fait des envieux et des jaloux. Il se retrouve confronté à des situations où, en position de faiblesse, il doit faire des choix cruciaux qui ont des conséquences inattendues. 

 

Pour conclure, Carbone est un film à voir. Avec son casting sur-mesure plein de grands noms du cinéma, comme Gérard Depardieu, Benoît Magimel ou Laura Smet, ou bien de célébrités de la musique comme Gringe (du duo de rappeurs les Casseurs Flowters, dont c’est le deuxième film après Comment C’est Loin) ou Michael Youn (alias Fatal Bazooka mais aussi acteur plutôt connu dans des rôles comiques), les acteurs et actrices donnent une performance toujours juste et maîtrisée, servie par un scénario travaillé, des dialogues bien écrits et par une mise en scène soignée, donnant un tout cohérent à la fois esthétiquement et scénaristiquement parlant.

 

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Khâgneuse spé H/G. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

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