Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Le sacre (salvateur) d’une génération

Le sacre (salvateur) d’une génération
mm

16 ans après la dernière, la France a remporté ce dimanche sa dixième Coupe Davis. Un sacre en forme de libération pour une génération parfois maudite, souvent frustrante et longtemps frustrée, qui entre enfin dans l’histoire.


 

Il paraît qu’on ne retient que les vainqueurs. Si tel est le cas, il est une génération qui, ce dimanche soir, doit éprouver un certain soulagement. Celui qu’on a pu lire, après la victoire, dans les yeux embués de Tsonga, lui qui tant d’années durant — contre vents et marées — a démené son corps et sa tête pour décrocher le sésame ; le Saladier d’argent, remis chaque année à la nation vainqueure de la Coupe Davis, compétition devenue avec le temps chez les français allégorie de l’obsession. Ce temps de l’obsession est désormais révolu. Parce qu’en battant la Belgique (3-2) en finale, les trentenaires d’aujourd’hui ont enfin obtenu la pérennité.

 

Une fois n’est pas coutume

 

Une fois n’est pas coutume, la France a gagné sa finale. Pas comme en 2002. Pas comme en 2010. Pas comme en 2014. Cette fois-ci, les Français se sont imposés aux dépens d’une équipe belge Goffin-dépendante, qui perd ici sa seconde finale de rang après 2015 — à l’époque face à la Grande-Bretagne de Sir Andrew Murray. Une rencontre au score et au déroulement si logiques que c’en fut presque le plus étonnant. Goffin a fait le boulot (deux victoires en 3 sets), Darcis, complètement dépassé, a pris l’eau pour céder ses deux rencontres en 3 sets, pour 10 jeux remportés au total. Et tout s’est joué sur le double, comme souvent ! Là, c’est au cœur d’un tie-break que l’issue du match a basculé en faveur des Bleus. La seule journée de suspense à proprement parler, et sans aucun doute la plus intéressante à suivre. Là où s’est jouée la victoire.

 

 

De la rédemption française au soulagement des mousquetaires

 

De toute évidence, l’obtention de ce Saladier a un sens pour cette équipe. Tant sa quête fut difficile, déjà. Mais surtout, tant elle légitime une des générations les plus fastes de l’histoire du tennis français, promise aux sommets mais finalement frustrée et frustrante. Je parle de la génération des néo-mousquetaires, comme on l’a un temps appelée, incarnée par Tsonga, Monfils, Gasquet et Simon. Les potes de toujours, aujourd’hui âgés de 31 ou 32 ans. Les plus titrés aussi, derrière l’indéboulonnable Noah et ses 23 titres en carrière. Simon, quatrième français le plus titré de l’ère Open, avec 12 titres ; Gasquet, troisième avec 14 titres. Quant à Tsonga, il est le deuxième français le plus titré avec 16 titres, dont deux Masters 1000 ; des tournois prestigieux. Pourtant, dans dix ans, vingt ans ou plus, qui s’en souviendra ? En dehors des aficionados de la petite balle jaune, il y a fort à parier que personne. Et c’est là que la Coupe Davis fait sens. Parce qu’à l’exception faite des Grands Chelems (et tout particulièrement de l’intangible Roland-Garros), elle est la seule compétition à pouvoir toucher le grand public ; celui qui vous installe dans sa mémoire.

Les échecs des éditions précédentes leur sont probablement restés collés à la peau. Il fallait donc pour replonger dans la fournaise une résilience toute particulière, une rédemption à toute épreuve. Et bien qu’il n’y eut en finale que la moitié du quatuor (Monfils ailleurs, Simon en tribunes, aux côtés de l’équipe de France), il ne fait aucun doute que pour les deux concernés (Tsonga et Gasquet, donc), les plaies restaient béantes. Cette victoire est aussi la leur, et elle est nécessaire pour cimenter leurs noms dans les consciences collectives et futures. Parce qu’ils le méritent, assurément. Des types comme Fabrice Santoro ou Sébastien Grosjean, auréolés d’à peine 10 titres à eux deux, bénéficient d’une renommée dans l’hexagone conséquente. La conséquence, sûrement, de leur victoire à Melbourne en 2001, qui restait jusqu’à ce dimanche le dernier triomphe tricolore en Coupe Davis. Et qui, sans aucun doute, a marqué les mœurs.

 

 

Lucas Pouille a 23 ans. Il aura l’occasion de gagner d’autres Saladiers, avec d’autres coéquipiers (Herbert, pourquoi pas?), sinon de remporter des Grands Chelems. Pour les Bleus de la génération mousquetaire, en revanche, il était temps. À trente ans passés, les membres du quatuor historique et les autres savaient que leurs jours étaient comptés. Ils ont — enfin — saisi la perche qui se refusaient à eux depuis tant d’années. En 2009, pourtant, comme le disait Frédéric Viard sur BeIn Sports, on promettait à ces quatre-là une Coupe Davis imminente, si ce n’est plusieurs. La suite, on la connaît. 8 années à manger du pain noir, comme une denrée infâme dans le couloir de la mort. Le bonheur communicatif de Jean Gachassin à l’issue de la balle de match témoigne à ce titre de la longue frustration tricolore. En y cherchant bien, d’ailleurs, on y décèlera une once de soulagement, la même qui doit régner dans les têtes de toute une génération.

 

 

Passage de témoin ?

 

L’essentiel étant fait pour les mousquetaires et leurs contemporains, il se pose désormais la question de la succession.

L’image de Mahut et Benneteau fondant en larmes pendant la cérémonie d’ouverture, c’est aussi le symbole des « papys » écartés. Mahut a 35 ans, Benneteau également. Ils incarnent, eux aussi, cette génération des années 80 qui [a] fait les belles heures du tennis tricolore. En les laissant de côté pour la finale pour leur préférer Pierre-Hugues Herbert notamment, Noah a misé sur la jeunesse, et ça a payé ; cette image, à l’instar de celle où on les voit tous les deux s’époumoner sur la Marseillaise, c’est le reflet d’une fin de cycle dont ils sont les protagonistes. C’est à eux — comme à tous ceux qui ont déjà dépassé la trentaine — qu’il convient de transmettre le flambeau à la descendance, j’ai nommé Lucas Pouille et consorts.

 

Cette année, en Coupe Davis, les Français ont su gommer les erreurs du passé pour s’écrire un présent. Il ne fait nul doute qu’un jour, cette cuvée 2017 sera une source d’inspiration pour de nouvelles générations, et que ce trophée, glané dans la douleur, sera leur héritage. La passation de pouvoir est imminente, reste à la soigner. En attendant, pour eux comme pour nous, il est temps de profiter.

The following two tabs change content below.
mm

Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

Submit a Comment