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Togo : vers une fin de la « dynastie Gnassingbé » ?

Togo : vers une fin de la « dynastie Gnassingbé » ?
Céline Legay

Depuis maintenant trois mois, le pays est en proie à une crise politique majeure. Les manifestations quasi hebdomadaires réprimées par les forces de l’ordre se sont soldées par la mort d’au moins 16 personnes, dont des adolescents. L’opposition réclame le départ de l’actuel président Faure Gnassingbé et une alternance politique effective.


 

« Quelle que soit la situation, quelle que soit l’évolution, tout doit se terminer par le dialogue. Pour dialoguer, il faut être deux. Ma seule voix ne suffit pas. Des tractations sont en cours. Je pense que d’ici quelques semaines, le discours pourra s’ouvrir. » Les mots du président togolais lors d’une visite à son homologue ivoirien le 21 novembre se veulent rassurant mais révèlent l’impasse à laquelle le pays doit faire face depuis maintenant trois mois. Une crise politique majeure, et des manifestations quasi hebdomadaires dans ce pays où la famille Gnassingbé est à la tête de l’État depuis 50 ans. Le fils de Gnassingbé Eyadema ayant succédé à son père en 2005.

Des marches à l’origine pacifiques mais réprimées par le pouvoir en place. Les nombreux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se sont soldés par la mort d’au moins 16 personnes, dont des adolescents et deux militaires lynchés par la foule. Pouvoir et partis d’opposition se rejettent mutuellement la faute quant aux violences émanant des différentes manifestations.

 

Marches pour l’alternance politique 

 

Les revendications portées lors des différentes marches sont multiples : départ de Faure Gnassingbé, limitation du mandat présidentiel à deux, vote de la diaspora et libération des prisonniers politiques.

Des vagues de contestations populaires que ne sont pourtant pas naissantes, comme l’indique Horus Donkovi, intervenant politique togolais pour la chaîne New World Tv et activiste panafricain. « Depuis plusieurs années déjà, le Togo est dans un schéma où les acteurs du parti au pouvoir UNIR et ceux des partis d’opposition sont en mésentente constante ». Des frictions qui atteignent leur point culminant lors des différentes élections. « Jusqu’à un passé récent, ces éruptions ont pu être réprimées ou contenues », rajoute-t-il.

 

Manifestation de la diaspora Togolaise à Paris.

 

Une médiatisation internationale 

 

L’arrivée du PNP (Parti national panafricain) il y a plusieurs mois change la donne. Organisatrice de la première marche du 19 août, la formation d’opposition a su fédérer autour de son leader Tikpi Atchadam. « Au grand étonnement de beaucoup, de nombreux togolais ont participé à cette marche, propulsant le Parti nationale panafricain au-devant de la scène », analyse Horus Donkovi. « Cette marché réprimée a bénéficié d’une médiatisation internationale ». Ce qui différencie cette vague de contestation des précédentes : son ampleur et sa durée. Mais aussi la méthode : « Une opposition plus au contact des populations et des Togolais n’appartenant pas forcément à des partis politiques qui descendent dans la rue, et qui continuent de se mobiliser malgré la crainte des représailles violentes », explique l’activiste.

Le PNP a réussi à mobiliser la population autour des questions relatives à la Constitution de 1992, « plébiscitée par les Togolais », selon Horus Donkovi. Un texte qui stipule que « nul ne peut faire plus de deux mandats ». Pour l’activiste, un blocage politique qui résulte du fait que les deux parties campent sur leurs positions :

 

« La Constitution de 1992 a subi un certain nombre d’amendements, qui font qu’elle n’est pas appliquée. Certains analystes disent qu’elle n’a jamais été appliquée, et cela depuis l’époque du précédent chef de l’État Gnassingbé Eyadema. À force de marches réprimées et de violences, les positions se sont raidies au point que les leaders de l’opposition réclament la démission pure et simple du chef de l’État. Il y a donc un statut quo. Un parti au pouvoir qui estime avoir répondu aux attentes des opposants. Et une opposition radicalisée qui exige le départ de Faure Gnassingbé. Les diplomates internationaux sont en pleines tractations et semblent se casser les dents sur la rigidité des positions des deux camps. »

 

Face à l’ampleur de la contestation populaire, le chef de l’État avait promis fin septembre l’organisation d’un référendum pour faire adopter une réforme incluant la limitation du mandat présidentiel à deux. Une mesure non rétroactive cependant, permettant ainsi à Faure Gnassingbé de se représenter en aux élections de 2020 et 2025. Un premier pas insuffisant aux yeux de ses opposants, qui clament leur volonté d’une alternance politique.

 

Le peuple, « un acteur politique non négligeable »

 

L’opposition actuelle se compose d’une coalition de 14 partis politiques, dont leur porte-parole Brigitte Adjamagbo, est l’une des rares femmes à avoir candidaté à l’élection présidentielle. À noter, la présence également importante de Jean-Pierre Fabre, leader de l’ANC (Alliance nationale pour le changement) et grand perdant de l’élection présidentielle de 2015. « Il a le statut de chef de fil de l’opposition mais ne fédérait pas autant autour de lui avant l’apparition du PNP », analyse Horus Donkovi. Autre acteur majeur : le peuple. « Un acteur non négligeable puisqu’il exerce une pression continuelle sur les politiques, et les met devant leurs responsabilités », selon l’activiste. Pour l’intervenant politique, le parti au pouvoir et ceux de l’opposition combattent dans un duel qui provoquera la chute de l’un des deux camps. « Soit le parti au pouvoir tombera, soit ce sera la mort politique des partis d’opposition. C’est pour cela qu’il y a au Togo cette sensation de l’impossibilité du recul ».

Pour Horus Donkovi, il n’y a pas de sortie de crise possible sans le règlement des points de discorde entourant la question présidentielle. « Il aurait été intéressant que le chef de l’État fasse une déclaration où il décide de ne pas se représenter en 2020 », et également « statuer sur la possibilité pour Faure Gnassingbé de pouvoir se représenter en 2025 ». Assainir la situation donc, en vue des prochains scrutins.

Une opposition qui s’est sentie trompée à de nombreuses reprises, et qui peine à imaginer la possibilité pour l’actuel président de terminer son mandat, avec encore le risque de voir certains textes modifiés, permettant ainsi à l’actuel chef de l’État de rester au pouvoir. La coalition d’opposants compte continuer à organiser ses marches pacifiques jusqu’à satisfaction de ses revendications.

 

« Faire l’erreur d’ignorer la volonté du peuple est un jeu dangereux »

 

À travers cette ébullition, c’est la volonté d’un renouveau politique qui se manifeste dans la rue, et que les Togolais espèrent pouvoir exprimer dans les urnes. Ce changement est d’autant plus important la majeure parties des pays d’Afrique de l’ouest ont adopté un régime où l’alternance politique est effective. Un désir de renouvellement unanime mais les « moyens d’accéder à cette finalité ne sont pas partagés par tous », selon Horus Donkovi. « Le peuple n’a pas une pleine confiance envers ses politiques, mais il a besoin d’eux pour faire bouger les lignes et accéder aux droits qui lui sont légitimes. Faire l’erreur d’ignorer sa volonté est un jeu dangereux. Et c’est le manque d’analyse critique sur les aspirations de la population qui a conduit aux événements malheureux qui nous ont endeuillés ».

 

À travers les nombreuses contestations de la rue, c’est tout un peuple qui manifeste son ras-le-bol d’une situation politique qui reste inchangée. Dans un communiqué publié le 17 novembre, treize ONG togolaises et internationales demandent aux autorités togolaises de « cesser la répression sanglante » et « d’ouvrir très rapidement des négociations politiques avec les différents acteurs de la crise ».

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Céline Legay

Apprentie journaliste passionnée par l'actualité internationale, politique, et les sujets sociétaux. Amoureuse des voyages et des découvertes en tous genres.

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