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TRIBUNE – La réalité sur la politique de Donald Trump

TRIBUNE – La réalité sur la politique de Donald Trump
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Un an, cela fait un an que Donald Trump a été élu 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Décrit comme tumultueux, provocateur voir incontrôlable, le milliardaire de 71 ans a renversé les codes de la politique, défrayant la chronique hebdomadairement si ce n’est quotidiennement. Mais au-delà des effets d’annonces et écran de fumée, quelles sont les enseignements de cette première année de Donald Trump sur les Etats-Unis et le monde ?


 

Donald Trump, « he will not divide us »?

 

Manifestation devant la Trump Tower en novembre 2016

 

A peine président des Etats-Unis, Donald Trump faisait déjà face à une mobilisation très forte des antis-Trump. Pourtant, jamais un président élu, si ce n’est Barack Obama en 2008 et 2012, n’avait agrégé plus de 62,8 millions de voix, dans un pays qui n’a jamais dans l’histoire récente dépassé les 58 % de participation. En effet, si Obama avait agrégé près de 70 millions de voix en 2008, Donald Trump reste paradoxalement le second président le mieux élu de l’histoire des Etats-Unis en terme de vote populaire. De plus, si Hillary Clinton a en effet recueilli 48 % des suffrages du vote populaire contre 46 % pour Donald Trump, elle a été largement distancée en terme de grands électeurs : 57,3 % pour Trump contre 42,8% pour Clinton.

Les sondages récents sur lesquels s’appuient les anti-Trump pour en faire le président américain le plus détesté de l’histoire sont également contestables. En effet, selon un sondage du Washington Post, Donald Trump est à des niveaux d’impopularité jamais atteints par ses prédécesseurs : 36 % d’opinions favorables. Cependant il faut échapper à la tentation de la conclusion hâtive. Premièrement, le même sondage atteste que 43 % des américains soutiennent la politique économique de Trump, contre 41 % qui ne la soutiennent pas. Deuxièmement, d’autres études attestent que Trump reste très populaire dans ses rangs, avec 83 % de taux d’approbation chez les Républicains. Un taux d’approbation à relativiser, évidemment, car Trump est contesté par son parti au Congrès, certains républicains ayant ouvert la porte à une entente ponctuelle avec les démocrates sur certains dossiers comme l’Obamacare.

Mais au final, c’est bien ce même establishment que l’électorat de Donald Trump a balayé durant la primaire républicaine, en éliminant des personnalités du partis, comme Marco Rubio, Ted Cruz et Jef Bush. Lorsque le candidat outrancier qualifiait de « stupide » les « gens qui nous [citoyens américains] mènent », il désignait l’exécutif démocrate, certes, mais également le Congrès lui même, un Congrès contrôlé par les républicains. Les électeurs de Donald Trump ne sont pas solidaires de la fronde organiser par les cadres du parti. La base lui reste donc acquise. On peut également questionner la pertinence du sondage du Washington Post, puisque l’étude fut réalisée sur 1001 personnes majeures. Dans un pays de 320 millions d’habitants, la marge d’erreur est donc forte.

Plus important, le soutien dont bénéficie Trump chez les populations rurales, où sa côte de popularité oscille autour des 50%. Le fort contraste révèle l’opposition entre ville et campagne. En réalité, Trump ne semble être que la matérialisation du décalage qu’il existe entre population rurale et urbaine. En effet, si le milliardaire est la cible permanente d’attaques de la part d’animateurs vedettes, si ces actes sont scrutés et vivement critiqués par la plupart des journaux, si il fait face à des mobilisations dans les grandes villes des Etats-Unis, Donald Trump reste populaire auprès des Américains « d’en bas ».

 

Affiche pro-Trump dans l’état rural et producteur de charbon du Wyoming

 

Ainsi, il ne faudrait retomber dans les vieux travers des « démocraties de sondages »: Donald Trump est la manifestation de la colère des abandonnés de la mondialisation aux Etats-Unis. Son eléctorat, ce n’est pas l’Amérique qui gagne. En d’autres termes, les urbains, proches des organes de presse. Le traitement médiatique n’est donc pas représentatif du peuple américain. Il faut en effet garder un esprit critique sur les médias américains. A l’image de Stephen Colbert, humoriste à la tête du Late show le plus virulent contre Trump, les journalistes ne représentent en réalité qu’eux-mêmes. Le journalisme outre Atlantique est un journalisme de parti pris clair et assumés, de la Fox news pro Trump à la CNN anti Trump. On aurait ainsi tort de ne pas prendre de recul : nous ne percevons qu’un écho médiatique, un écho qui est très souvent défavorable à Donald Trump car la majorité des rédactions américaines sont idéologiquement aux antipodes du président.

Pourtant, il faut garder à l’esprit que ces dernières ne représentent qu’elles-mêmes. Lorsque les médias français nous montrent des compilations d’interviews politiques totalement complaisante pour les républicains réalisés par la Fox, ils omettent de citer les dizaines d’articles ultra virulents signés par des rédactions Anti-Trump, des articles qui par leur virulence choqueraient si on les transposait à l’hexagone. Considérer les médias américains comme porte-parole du peuple américain serait illusoires : CNN et la Fox ne représentent qu’eux-mêmes. La Fox est aussi pro-Trump que la CNN anti-Trump, ou plutôt Fox seule est autant pro-Trump que la CNN, le New York Times, la NBC combinés sont anti-Trump…

Le fait est que les rédactions anti-Trump sont ultra-majoritaires. Ainsi, l’écho perçu en France est biaisé, car les anti-Trump sont sur-représentés, si bien qu’on aurait tendance à croire que le président américain est détesté par tous. Prenons conscience que le traitement médiatique aux Etats-Unis est très différent de celui que l’on connaît en France : l’objectivité n’est pas la priorité face aux enjeux partisans. Ce que l’on perçoit des médias américains n’est donc pas représentatif du peuple américain. Car si Trump est bel et bien haï par les uns, à tel point qu’il est un sérieux candidat au titre de président le plus détesté de l’histoire des Etats-Unis, il n’en demeure pas moins adoré par les autres. Si bien que l‘oeuvre « he will not divide us », qui avait défrayé la chronique au lendemain de l’élection en prendrait presque une dimension ironique.

 

Trump, apprenti diplomate? 

 

China. China. China. L’empire du Milieu, épinglé sans cesse durant la campagne de Donald Trump pour sa politique économique jouant entre protectionnisme d’une part et néocolonialisme de l’autre, a dès décembre 2016 condamné l’attitude diplomatique du « president elect ». En effet, ce dernier rompait avec 40 ans de tradition diplomatique en s’entretenant par téléphone avec la présidente taïwanaise. Il également soulevé la controverse en qualifiant de « bonne » la méthode du président phillipin Duterte pour combattre la drogue. Considérée comme une erreur de débutant par de nombreux observateurs, la manœuvre pourrait également être un coup de poker pour Donald Trump. En effet, la Chine, sœur ennemie de Taïwan depuis 1949, n’a cessé d’agir en vu d’établir sa souveraineté sur la mer de Chine. Ce véritable impérialisme s’est traduit par la construction pur et simple d’îles artificielles converties en bases militaires chinoises. L’enjeu? Le contrôle d’une zone maritime bordée par 18 des 21 plus grands ports commerciaux du monde.

 

La « grande muraille de sable » en mer de Chine

 

Loin d’être un acte manqué, l’entretien entre la présidente taïwanaise et Donald Trump semble s’inscrire dans une politique de fond visant à contrecarrer les ambitions chinoises. Le président américain s’est d’ailleurs donné à cœur d’entretenir des relations saines avec la Malaisieles Philippinesle Japon et naturellement Taïwan. Par ailleurs, la justification de Trump sur cet appel est extrêmement révélateur de son attitude sur la mer de Chine : « Intéressant, le fait que les USA vendent des milliards de dollars d’équipement militaire à Taïwan mais que je ne devrais pas accepter un appel de félicitations. ». Le message est clair : les Etats-Unis de Donald Trump ne laisseront pas la Chine caresser le rêve d’une hégémonie en mer de Chine. 

Mais ce n’est pas la dernière fois que Trump créait une crise diplomatique sans précédent. En effet, à peine 2 mois après la crise historique entre Pékin et Washington, le président des Etats-Unis, une semaine après avoir prêté serment, lance un quasi-ultimatum au président mexicain : « Si le Mexique n’est pas prêt à payer pour le “mur”, qui est vraiment nécessaire, il vaudrait mieux annuler la rencontre à venir » . La réaction du président Pena Nito d’effectivement annuler la rencontre, salué par l’opposition, isolait néanmoins politiquement le Mexique de son premier client. Derrière l’enjeu purement symbolique que représente le mur; puisqu’il serait illusoire d’imaginer que le problème de la frontière mexico-américaine serait l’immigration illégale plutôt que le trafic de drogue, trafic qui ne sera pas stoppé par la construction d’une frontière physique; c’est bel et bien l’Alena qu’a Trump en tête.

 

Agent de la « Border Patrol » face à la frontière americano-méxicaine

 

En effet, l’accord de libre échange nord-américain liant le Mexique, le Canada et les Etats-Unis, adopté par Bush père en 1994, fut durant toute la campagne de Trump incriminé pour le meurtre de certaines filières industrielles clefs pour les Etats-Unis, comme celle de l’automobile à l’image de la ville de Détroit et ses complexes désinfectés, terrain de jeu des zombies de The Walking Dead. Or, si le Mexique refuse de payer de sa poche le fameux mur, les Etats-Unis disposent d’un moyen de pression sans équivalent : Sean Spicer, porte parole de la maison blanche, a déclaré qu’un refus entraînerait la mise en place d’une taxe de 20% sur tout les produits importés du Mexique. Une menace très sérieuse pour le pays : 80 % des exportations mexicaines sont à la destination des Etats-Unis. Pour Trump, la mesure, qui créerait une recette de 10 milliards d’euros, réduirait également la différence de compétitivité entre le Mexique et les Etats-Unis, ouvrant ainsi possiblement la voix à des relocalisations. Mais surtout, la mise en place d’une telle taxe rentrerait en contradiction totale avec l’Alena, affirmant encore la position de Trump sur ce traité de libre échange. La déclaration de Trump n’était donc pas un caprice, loin de là, mais bel et bien le premier acte de la renégociation des traités de libre échange liant Canada, Etats-Unis et Mexique.

Les sursauts diplomatiques de Donald Trump ne sont donc pas des coups d’humeur et ne devraient pas être considérés comme tel. Ce sont de véritables armes qui constituent la partie émergée de l’iceberg diplomatique. Un iceberg diplomatique qui ne dérive pas au grès des courants internationaux mais suit bel et bien une direction claire, au moins dans la tête du président américain et de ses plus proches conseillers. 

 

Trump tient-il ses promesses ?

 

Avec plus d’un an de campagne de la primaire à l’élection finale, le système électoral américain a au moins un mérite : les candidats ont le temps de détailler leur programme et les changements ne passent pas inaperçu. Quiconque adopte une position changeante s’expose ainsi au courroux des « Fact-checker » et autre Late Show évoqués plus haut : aux Etats-Unis, les commentateurs ont carte blanche. Donald Trump lui même avait été épinglé par les observateurs lorsque ses équipes avaient parlé d’Alternative facts pendant l’investiture. Mais au delà des faits de politique politicienne, qu’en est-il des promesses de fond du candidat Donald Trump?

 

Sommet italien du G7 cette été

 

Politique étrangère. Donald Trump a fondé ses propositions sur une rupture avec le mythe de « destinée manifeste », très chère à l’identité américaine. Cette idéologie, défendue par la candidate Clinton, suppose que les Etats-Unis, étant le première nation à s’être affranchi de l’oppression colonisatrice britannique, a un devoir , une « destinée manifeste » de défendre les valeurs de la démocratie dans le monde. En d’autres termes, une politique interventionniste, aux antipodes de ‘l’America First » de Trump.

Le candidat Trump en cette matière n’a aucunement tenu ses promesses électorales. Immobilie sur l’Otan, qu’il s’était engagé à réformer, Trump s’est heurté à la complexité des traités liant les Etats-Unis à leurs alliés depuis 1948. Il a ainsi dû rassurer les états membres : s’il persévère sur ses invectives quant au financement de l’Alliance, il respectera de toute façon les articles de cette dernière. Sur la Russie, on est très loin du fantasme de Donald Trump : Etats-Unis et Russie demeurent des rivaux naturels. La réalité de la géopolitique a rattrapé les belles paroles que s’envoyaient Poutine et Trump : les relations sont à un niveau « historiquement bas » selon le président américain. Malgré tout, l’Amérique a en effet remis en question le traité sur le nucléaire iranien, comme promis par Trump, et la rupture consommée avec l’Unesco, conjuguée au désengagement (relatif) des Etats-Unis sur le dossier syrien respecte en effet l’ambition de rompre avec l’idée d’une « destinée manifeste ». On peut également citer la lutte contre le terrorisme, dossier sur lequel Donald Trump a respecté ses engagements malgré une fronde extrêmement importante. Il a même mis en place le « Muslim ban »,  décret absurde qui n’a en rien été efficace, sans surprise, en témoigne la tuerie de Las Vegas, celle d’une petite église au Texas ou encore l’attentat de New York

Environnement. Comme il l’avait dit, Donald Trump a créé un tollé en retirant les Etats-Unis, deuxième pollueur de la planète, des accords de Paris sur le climat. Un coup dur pour la lutte contre le réchauffement climatique, qualifié de « cannular » par le candidat républicain en 2016.
L’industrie des énergies fossiles peut également se frotter les mains tant les positions de la maison blanche sont à présent pro-charbon, rompant avec la politique de Barack Obama. En effet, Trump a déclaré la guerre aux organismes de protections de l’environnement, comme l’EPA, conformément à ses promesses qui l’ont fait gagner dans les états producteurs de charbon comme le Wyoming où les Républicains avaient récolté 70% des suffrages. Donald Trump affiche ainsi l’inquiétant visage d’un dirigeant intraitable sur la question de l’écologie. Un visage conforme à son climato-scepticisme assumé qui avait séduit les électeurs des états producteurs d’énergie fossile.

Economie. Si Donald Trump a trahi une partie de son éléctorat en ne faisant pas augmenter le salaire minimum comme il l’avait dit, il tient néanmoins ses promesses quant à la baisse massive d’impôt sur les sociétés. Une baisse historique, puisque l’impôt sur les sociétés passera en effet de 35 à 15%, s’alignant ainsi sur l’Allemagne, et favorisant ainsi extrêmement les ultra riches. 70 millions d’américains gagnant moins de 50 000 dollars seront également exemptés d’impôts. Cette réforme est en réalité extrêmement audacieuse puisqu’elle représenterait un manque a gagner d’entre 2600 milliards et 5900 milliards de dollars pour le trésor américain… Si audacieuse qu’elle n’est pas encore adoptée et qu’au sein même du camp républicain, les débats sont âpres. Logique en réalité, car Trump rompt totalement avec la doctrine républicaine de rigueur budgétaire. Une double rupture puisqu’il s’oppose également aux traités de libre échange, et ces relations avec le Mexique, si controversée, témoignent de son ambition d’abolir l’Alena. Pour faire des recettes, Trump compte sur le meurtre de l’ObamaCare, qui devrait faire économiser 900 milliards de dollars sur 10 ans au trésor américain. Cependant, cette bataille n’est pas gagnée pour Donald Trump puisque la nécessité de l’Obamacare n’a échappé à personne, même pas aux républicains : un accord bipartisan pour sauver la réforme phare de l’ère Obama a été crée entre les sénateurs républicains et démocrates.

 

Trump signant le décret anti-avortement, quelques jours après avoir prêté serment

 

Société. C’est l’une des toutes premières mesures qu’avaient pris Donald Trump. Trois jours après avoir prêté serment sur la bible et la constitution, le nouveau président suspendait le financement d’ONG pro-avortement. Il s’attaquait à un sujet qui reste brûlant aux Etats-Unis : depuis 1992, plus de 450 lois ont été adoptés dans les différents états américains pour restreindre le droit à l’IVG. Ce décret était en réalité cohérent avec les propos tenu par Donald Trump pendant la campagne : il jugeait que les femmes avortant devraient être soumise à « une forme de punition »… A noter également, le statu quo sur la question du port d’arme, conformément à ses positions durant la campagne. Une rupture donc avec le progressisme de bon sens de Barack Obama sur ces deux questions, rupture logique (et révoltante) au vu de ses déclarations durant la campagne. 

 

Bien loin de son discours un soir de victoire en novembre 2016 qui avait été salué par les observateurs, le milliardaire a su rester relativement fidèle à son éléctorat, aggravant avec les clivages divisant la société américaine, et inquiétant les observateurs avec des positions extrêmement controversées sur la scène internationale. Mais ne tombons pas dans le piège Donald Trump. Le républicain n’est pas une anomalie politique, ni un bug dans la matrice. Donald Trump est un phénomène politique, qui prend ses sources dans les crispations de l’Amérique blanche face au défi de la mondialisation. C’est un phénomène politique dont les actions, les déclarations et surtout la manière dont ces actions sont menés et ces déclarations publiés sont réfléchis, étudiés. Donald Trump n’est pas un enfant. Le réduire à cette condition serait encourir le risque de s’affranchir du devoir d’analyse. Ne tombez pas dans le piège Donald Trump.  

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Vianney Savatier

Lycéen de TermES. Mon cœur balance entre Cobain et Musset, mes oreilles entre Gainsbourg et Georgio.

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