Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Vancouver : le multiculturalisme à l’épreuve

Vancouver : le multiculturalisme à l’épreuve
mm

À Vancouver, troisième plus grande métropole canadienne derrière Montréal et Toronto, le Canadien typique n’est pas en chemise de bûcheron, avec son pick-up et sa crosse de hockey. Si bien sûr les Canadiens partagent une passion pour ce sport et s’il y a effectivement beaucoup de pick-ups en Amérique du Nord, Vancouver est avant tout connue pour son multiculturalisme.


 

Une importante immigration asiatique

 

Vancouver a été particulièrement marquée par l’immigration : il s’agit de la troisième ville d’Amérique du Nord, derrière Toronto et Miami, en proportion d’immigrés avec plus d’un tiers d’habitants nés à l’étranger en 2001. Parmi eux, 86 % venaient du continent asiatique à la fin du XXe siècle. Cette forte vague d’immigration est aujourd’hui ancrée dans la population : en 2010, la moitié des Vancouverois était originaire d’Asie. On note également une forte présence indienne et moyen-orientale, et enfin une immigration européenne.

 

Richesse culturelle

 

Le quartier Punjabi.

Cette diversité ethnique s’observe notamment à travers les différents quartiers : le quartier chinois de Vancouver est particulièrement développé et est l’un des plus grands du Canada, et l’on trouve également un quartier Penjabi caractérisé par de nombreux commerces de tissus. Ce cosmopolitisme est aussi visible en-dehors de ces quartiers : la ville compte de nombreux magasins spécialisés et restaurants inspirés de cultures étrangères, de même que des lieux culturels. Cette immigration récente contribue à façonner Vancouver, et le Canada plus largement en leur procurant une diversité ethnique et une précieuse ouverture sur le monde. Il s’agit d’une véritable richesse, comme l’indique Alyssa*, étudiante canadienne de Vancouver : « L’immigration fait partie de ce qui fait de Vancouver une ville si diversifiée et intéressante. Sans cette immigration, je pense que la ville serait beaucoup plus ennuyeuse. »

 

Le Canadien typique ? L’absence de Canadien typique

 

Ainsi à Vancouver, le Canadien typique n’est ni l’immigré, ni le bûcheron : il s’agit d’une véritable mosaïque culturelle. Alyssa considère d’ailleurs que, chaque Canadien étant différent, « essayer de définir un Canadien typique serait ignorer les différences importantes qu’il y a entre nous et les choses qui nous rendent spéciaux ». Cependant, face à cette diversité, le modèle canadien n’est pas celui de l’intégration, mais d’une coexistence vécue par chacun à sa manière. Si cela peut sembler positif car il permet de ne pas laisser la culture dominante estomper les origines, ce multuculturalisme peut parfois créer des tensions, comme le souligne Alana, une autre étudiante vancouveroise : « J’adore le concept du multiculturalisme, mais mis en pratique à Vancouver, il y a quelques problèmes. »

 

Multiculturalisme : aubaine ou problème ?

 

Si les différentes cultures coexistent, elles restent néanmoins isolées les unes des autres. Sur le campus universitaire de UBC (University of British Columbia), il est possible de croiser des familles d’origine asiatique, qui vivent à Vancouver depuis plusieurs années mais ne parlent pas anglais. Cette absence d’intégration peut occasionner des tensions ethniques, comme pour les pratiques d’embauche par exemple, ou encore la signalétique. Effectivement, à Richmond, banlieue de Vancouver accueillant une importante population asiatique, une grande majorité de panneaux de signalisation est uniquement en mandarin, et non en anglais, ce qui a occasionné plusieurs débats houleux au sein de la municipalité. Pour Alana, il s’agit là « d’un exemple de la non-intégration des immigrants à Vancouver ». En tant que minorité visible, les immigrés asiatiques sont aussi plus concernés par les discriminations : comme le souligne Alyssa : « Certains immigrés font face à plus de discriminations que d’autres. Par exemple, un immigré d’Angleterrre aura ici une expérience très différente de celle qu’aura un immigré chinois ». Selon elle, si Vancouver est une terre accueillante pour les immigrants, il est tout de même nécessaire de nuancer.

Aéroport de Vancouver, hall des arrivées.

Comparativement aux États-Unis, il est plus facile d’immigrer au Canada, ne serait-ce que pour des raisons logistiques. En revanche, une fois installés, ils ne seront pas moins exposés au racisme qu’ailleurs. Elle conclura finalement : « Le Canada prétend être plus aimable et plus accueillant que les États-Unis, et la plupart du temps nous le sommes, mais cela peut rendre invisibles des problèmes que nous avons et qui sont bien réels. » Ainsi, si le cosmopolitisme canadien est souvent présenté comme un phénomène positif, il y a pourtant un revers de la médaille, moins reluisant.

 

Une relation canadienne ambigüe avec l’immigration

 

Le Canada étant en grande partie façonné par l’immigration, cette pluralité de cultures et d’ethnies lui confère une richesse et une diversité certaines. Néanmoins, si ces différentes cultures coexistent parfois en partageant les valeurs canadiennes, elles sont également caratérisées à Vancouver par un isolement et un entre-soi. Une autre ambigüité de cette relation avec l’immigration serait, selon Alyssa, l’opportunisme : « Vancouver est accueillante lorsque ça l’arrange ». Sa famille, venue du Japon, a été accueillie très favorablement au début du XIXe siècle car ils pouvaient travailler et contribuer ainsi à l’économie locale. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les populations japonaises, considérées comme des dangers potentiels, furent bannies de Richmond et de toute la côte ouest. Alyssa dresse d’ailleurs un parallèle avec les étudiants en échange à UBC : ils sont « encouragés à venir ici pour dépenser leur argent dans l’école, mais une fois diplômés, ils sont considérés comme “volant” le travail et les habitations des “locaux” » et ne sont ainsi plus désirés.

 

Ainsi, si Vancouver est une terre d’accueil pour les immigrants, ce n’est pas sans difficultés concernant leur intégration et leur quotidien. En dépit de cette relation ambigüe, Alana reste formelle : « Dans l’ensemble, je suis fière de notre multiculturalisme, malgré les obstacles ! ». 

 

*Propos traduits de l’anglais par Léa Szulewicz.

The following two tabs change content below.
mm

Léa Szulewicz

Etudiante à Sciences Po Paris, passionnée par les médias et les relations internationales. En échange à University of British Columbia (Vancouver, Canada) pour l'année 2017-2018. Twitter : @LeaSzulewicz

Submit a Comment