Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Alexis Pinturault en quête du Graal

Alexis Pinturault en quête du Graal
Alexandre Ravasi

La station de Val d’Isère a couronné son roi samedi dernier. Celui-ci porte haut et fort les couleurs nationales. Son nom : Alexis Pinturault. À l’issue d’une deuxième manche incroyablement intense, le Savoyard a remporté le géant de la Face de Bellevarde pour la deuxième année consécutive. De bon augure en vue de son double-objectif de la saison : les Jeux Olympiques de Pyeongchang (Corée du Sud), en février, et le Globe de Cristal, qui couronne le meilleur skieur de la saison toutes disciplines confondues.


 

À bientôt 27 ans, Alexis Pinturault n’est plus un espoir. Découvert à l’aube de la saison 2011-2012, alors deuxième du géant inaugural de Sölden derrière l’américain Ted Ligety, l’ogre de l’époque, le skieur de Courchevel montrait déjà des prédispositions à la glisse. Il ne sortira pas une seule fois du top 10 en géant au cours de cette saison-là, se classant même quatrième dans la course au Petit Globe* de la spécialité. Il prendra soin de glaner au passage l’unique city-event de l’hiver, organisé à Moscou. Une promesse d’avenir était née. Ne restait plus qu’à la concrétiser.

Six ans et quarante-trois podiums plus tard, le natif de Moutiers a confirmé une partie des espérances nourries en lui. Il est depuis lors monté chaque année sur le podium du Petit Globe du géant (sans pour autant le remporter), et a même atteint trois fois consécutivement la troisième place du classement général de la Coupe du Monde (entre 2014 et 2016). Il compte aujourd’hui 20 succès, dont la moitié en géant, devançant Jean-Claude Killy et son record français qui s’établissait à 18 victoires. Avec désormais Carole Merle, 22 victoires, dans le viseur, il co-détient le quatrième meilleur total parmi les skieurs en activité (à égalité avec le régulier Kjetil Jansrud), derrière l’implacable Marcel Hirscher (47), le vétéran Aksel Lund Svindal (33), et Ted Ligety (25), bien en-deçà cependant de son niveau d’antan. Celui qui possède la nationalité norvégienne par sa mère disputera cette année ses deuxièmes Jeux Olympiques, après Sotchi il y a quatre ans, où il avait décroché le bronze en géant. Rééditer cette performance constituera son principal objectif de l’année, avec l’or du combiné. Cette discipline, composée d’une descente puis d’un slalom, récompense le skieur le plus polyvalent, l’un des points forts du tricolore. Il a remporté six de ces épreuves de Coupe du Monde, ainsi que le Petit Globe de la spécialité ces deux dernières années.

Pinturault, c’est donc un skieur complet, auteur d’une cinquième place pour le premier Super-G de la saison à Beaver Creek, et fort d’une victoire dans la discipline (à Lenzerheide, en 2014). Pinturault, c’est aussi un skieur qui présente un léger complexe, sinon une intarissable fragilité face au piquets du slalom. Alors qu’il semblait destiné à une glorieuse carrière dans la discipline la plus technique, avec deux succès en 2013 et 2014, « La Bête » marque un coup d’arrêt. Depuis, plus une victoire. Les podiums sont rares, les sorties de piste fréquentes. Son patronyme n’apparaît même pas au top 10 de la spécialité ces deux dernières saisons. Sa dernière course en date, dimanche dernier à Val d’Isère, est symptomatique du mal dont souffre le tricolore : après une première manche de qualité (9e, +0.62), le leader tricolore enfourche dans la deuxième. « Une faute de slalomeur », comme il la qualifiera après la course. Une de plus. « Pintu » ne glanera à nouveau aucun point à l’issue de cette course. Ses erreurs, trop nombreuses en slalom, lui coûteront cher au moment de faire les comptes en fin de saison. Le Français devra rapidement rectifier le tir s’il veut rester compétitif au classement général, car ses rivaux ne montrent aucun signe de faiblesse.

 

Une redoutable opposition

 

Ses adversaires, justement, parlons-en. Le Savoyard va tenter de succéder au palmarès du Gros Globe de Cristal à Luc Alphand, son dernier lauréat tricolore en 1997, et Jean-Claude Killy, double vainqueur en 1967 et 1968. La tâche apparaît toutefois comme ardue. Avec 199 points, Pinturault se situe déjà à distance respectable de ses deux opposants directs dans les disciplines techniques (slalom et géant). Le métronome autrichien de 28 ans Marcel Hirscher, victime d’une déchirure de la malléole en août dernier qui aurait pu l’écarter toute la saison, paraît miraculeusement de retour à son meilleur niveau. Avec déjà deux victoires et un podium en quatre courses, le quadruple champion du monde est lancé à la poursuite d’un septième Gros Globe consécutif, d’un neuvième Petit Globe, mais surtout d’un premier titre olympique, après l’argent en géant en 2014. Face à lui se dresse la nouvelle génération emmenée par le fougueux norvégien Henrik Kristofferson, 24 ans, déjà lauréat de 15 courses, dont neuf sur les deux dernières saisons. Le double tenant du titre du Petit Globe du slalom, deuxième du classement général en 2016, tentera d’accrocher une deuxième médaille olympique à son palmarès, après le bronze sur le slalom de Sotchi. Ces deux-là ont trouvé le subtil mélange entre un engagement qui leur confère énormément de vitesse, des trajectoires soigneusement ciselées, et une maîtrise qui permet une épatante régularité. Leurs runs ont ainsi l’apparence de récitals, où les protagonistes volent littéralement sur la neige. Un ton en dessous se profile l’Allemand Stefan Luitz, deux podiums à son actif lors des deux premiers géants, appelé à remplacer Felix Neureuther, vainqueur du slalom inaugural mais contraint de mettre un terme à sa saison en raison d’une blessure.

Le classement général est également convoité par les maîtres de la vitesse (Super-G et descente), et particulièrement le redoutable duo norvégien formé par Aksel Lund Svindal et Kjetil Jansrud. Le premier, 35 ans, de retour après un an de convalescence, est un vieux routier du circuit. Triplement médaillé aux JO de Vancouver en 2010 (avec l’or sur le Super-G), quintuple champion du monde, ce gros gabarit est encore dans la forme de sa vie, en témoigne sa victoire à Beaver Creek. Il compte sur son expérience dans les grands rendez-vous pour agrandir sa collection de deux Gros et neuf Petits Globes. Le second, 32 ans, a attendu 2014 pour trouver la lumière. Depuis, il accumule les récompenses : deuxième du classement général en 2015 et 2017, gagnant de trois Petits Globes, il est tenant du titre du Super-G des Jeux Olympiques. Il demeure le plus à même d’aller contester le Gros Globe à Hirscher, compte tenu de sa constance. À suivre dans les mêmes épreuves, le Suisse Beat Feuz, ainsi que l’armada autrichienne composée de Max Franz, le vétéran Hannes Reichelt ou encore Matthias Mayer.

 

* Il existe quatre disciplines en ski alpin (de la plus technique à la plus rapide) : le slalom, le géant, le Super-G et la descente. Chacune d’elles possède un classement par points spécifique ; son vainqueur remporte le Petit Globe de la spécialité. Le Gros Globe de Cristal revient au skieur qui a remporté le plus de points toutes disciplines confondues.

The following two tabs change content below.

Alexandre Ravasi

Derniers articles parAlexandre Ravasi (voir tous)

Submit a Comment