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Coupes budgétaires de l’audiovisuel public, « Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête » dans le viseur

Coupes budgétaires de l’audiovisuel public, « Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête » dans le viseur
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Lundi 20 novembre, on apprenait que « Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête » allaient voir leurs ressources financières, et donc leurs effectifs, diminuer. Ces deux émissions vont-elles disparaître ? Crise à France Télévisions ? A la lumière des propos d’un des journalistes des émissions ayant répondu à nos questions, Radio Londres vous explique les récents évènements et les enjeux induits par cette crise.


 

Le contexte

 

Alors que le début des saisons médiatiques bat son plein, le chiffre de 80 millions d’euros d’économie à réaliser sur l’audiovisuel public pour 2018 circule. Mi-septembre, le Ministère de la Culture, tutelle de ces entreprises publiques, annonce  une baisse de 36 millions d’euros de dotations qui toucheront l’année prochaine Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et Arte France notamment.

Fin octobre dernier, les députés ont voté pour la suppression progressive de la taxe d’habitation. L’année prochaine, elle devrait baisser d’un tiers, puis en 2020, les 80 % des foyers concernés devraient ne plus la payer. Or, 138 euros de cette taxe constituent « l’impôt de contribution à l’audiovisuel public », plus couramment connu sous le nom de « redevance TV ». La suppression progressive de la taxe d’habitation engendrera donc la suppression de la redevance TV pour certains foyers, et dès l’année prochaine, une perte de 25 millions d’euros sur le budget alloués aux médias publics. Une autre économie de 20 millions d’euros touchera France Télévisions. Dans un article, Libération explique que « Si l’on cumule ces trois éléments, on arrive bien à une coupe de l’ordre de 80 millions d’euros »

Un journaliste des magazines, sous couvert d’anonymat, nous explique : 

 

« Nous n’entendons pas nous soustraire aux efforts nécessaires. Nous sommes même force de proposition pour économiser un million d’euros par an pour la seule émission Envoyé Spécial à travers des réformes structurelles dans nos méthodes de fonctionnement. On ne peut donc pas nous taxer d’être irréformables ; nous proposons au contraire des solutions pérennes à la Présidence qui semble les ignorer. » 

 

« Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête »

 

Créée en 1990, l’émission « Envoyé Spécial » rassemble entre 4 et 5 millions de téléspectateurs à chaque diffusion. D’abord présentée par Paul Nahon et Bernard Benyamin, elle l’est ensuite par Françoise Joly et Guilaine Chenu jusqu’à ce qu’Élise Lucet prenne le relais en 2016.

 

Élise Lucet – « Envoyé Spécial » ; Thomas Sotto – « Complément d’Enquête »

 

Depuis de nombreuses années, « Envoyé Spécial » va de paire avec « Complément d’Enquête », créé en 2001 par Benoît Duquesne (décédé en 2014). Le magazine est aujourd’hui présenté par l’ex-matinalier d’Europe 1, Thomas Sotto.

 

La crise à France 2

 

Que les habitués se rassurent, « Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête » ne devraient pas disparaître (pour l’instant…). En effet, la direction de France Télévisions avait décidé, le lundi 20 novembre, de réduire le budget accordé aux deux émissions d’enquête. France Télévisions a ensuite largement réduit l’ampleur des coupes prévues initialement.

 

 

Des journalistes ont créé un compte Twitter « Touche pas mon info » et postent des messages forts.

 

Concrètement, voilà ce que risquaient les programmes si les coupes prévues avaient été effectuées :

Tout d’abord, une baisse de présence à l’antenne. C’était la volonté de Delphine Ernotte, l’actuelle présidente de France Télévisions. Car oui, la télévision et les émissions d’enquêtes coûtent chers. Ces deux émissions historiques auraient donc été moins présentes (qu’une fois par mois) alors qu’elles jouent le rôle de l’information indépendante. Rétropédalage de la part de Delphine Ernotte ; on ne touche pas au nombre d’émission chaque mois (soit trois semaines sur quatre). Malgré tout et faute de moyen, 30 CDD à France Télévisions ne seront pas renouvelés. « Delphine Enotte laisse croire qu’elle a reculé la semaine dernière : pas tant que ça. Pour l’heure, 9 postes sont supprimés aux magazines, soit près de 20% des effectifs, alors qu’une baisse de 50 millions d’euros implique une baisse de 2% des effectifs dans le groupe. » nous dit le journaliste, « Il est à craindre que nos budgets seront revus à la baisse saison après saison… »

Ces deux émissions sont la définition même de ce qu’est une télévision de service public : investiguer, enquêter, révéler. « Les magazines de l’information constituent l’ADN du service public. Vouloir renoncer à eux en dit long sur la baisse d’ambition de sa gouvernance. » confirme-t-il.

« Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête » ont permis de divulguer des affaires mais surtout de faire prendre conscience au grand public du monde qui nous entoure. Alors, trois fois moins de ces deux émissions (ce qui était donc proposé par la direction à la base), c’est trois fois moins d’investigations, d’enquêtes, de révélations. Si elles venaient à apparaître trois fois moins à l’écran, qui incarnerait leur rôle ? De  médias privés financés par des organismes privés bien souvent touchés par des scandales ? Certainement pas. 

 

« Delphine Ernotte semble n’avoir que faire de l’une des priorités du service public : apporter une info de référence INDÉPENDANTE. Indépendante du politique ou d’intérêts économiques. »

 

« Envoyé Spécial » avait révélé par exemple l’interview oubliée de Penelope Fillon…

 

…En Septembre dernier, « Cash Investigation » avait provoqué de nombreuses réactions en révélant les méthodes de management de grandes entreprises

 

Les journalistes des émissions peuvent compter sur le soutien de millier de personnes, notamment le député Cédric Villani, l’ancien candidat à la présidentiel Benoît Hamon ou encore le chef du service politique de France Inter Frédéric Métézeau.

Sur proposition de Yannick Letranchant, directeur de l’info de France Télévisions, l’arbitrage présenté plus haut a donc été validé par la présidente du groupe. Une Assemblée Générale s’est ainsi tenue mardi 5 décembre ; une motion de défiance envers Delphine Ernotte a été envisagée. Le journaliste interviewé nous explique ainsi : 

« Cette motion traduit ces inquiétudes, mais aussi un ras le bol. Delphine Ernotte a pris la fâcheuse habitude de mentir à ses troupes de manière chronique depuis le début de son mandat. La confiance est rompue. »

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Théo Metton

Lycéen passionné de journalisme, j’anime la radio de mon lycée, inspiré par mon expérience à Radio France. Journaliste en devenir ?

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