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Nicolas Hulot, avaleur de couleuvres ou charmeur de serpents ?

Nicolas Hulot, avaleur de couleuvres ou charmeur de serpents ?
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Six mois après avoir remplacé Ségolène Royal, Nicolas Hulot, son rôle et son influence (ou son non-influence) sont au cœur des débats publics. Entre principe de réalité et convictions nobles, le ministre de la Transition écologique et solidaire fait l’objet de controverses. Trois dossiers, notamment, alimentent les polémiques autour du numéro trois du gouvernement Phillipe : le glyphosate, les perturbateurs endocriniens et le nucléaire.


 

L’objectif du 50% de nucléaire reporté

 

Adopté sous l’impulsion de Ségolène Royale en juillet 2015, la loi sur la transition énergétique avait donné une ligne directrice à l’écologie française: la réduction de la part du nucléaire dans la part de la production d’énergie française de 75 % à 50 % d’ici 2025 et la division par deux de la consommation d’électricité totale. Cette loi avait déjà fait polémique durant l’été 2015, certains députés Europe-Ecologie Les Verts dénonçant une mascarade du fait du décalage entre l’ambition affichée et les moyens alloués. Pourtant, si le budget du ministère de l’Ecologie avait en effet diminué de 6% de 2015 à 2016, la loi de finance de 2018 a de quoi redonner espoir aux écologistes, puisqu’une augmentation de 3,9 % du budget du ministère de l’écologie a été votée. Pourquoi alors, Nicolas Hulot, militant anti-nucléaire historique, a-t-il reculé sur ce dossier ?

Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, devant la centrale nucléaire de Civaux, en mars 2016

La loi Royale est, d’une part, très contradictoire. En effet, alors que l’objectif absolu est la division par deux de la consommation d’énergie, la quantité d’énergie nucléaire produite n’a pas obligation de diminuer mais plutôt de ne pas dépasser 420 Tw, son niveau en 2015. Dans le même temps, sa part dans la production française doit passer de 75 % à 50 %. Autrement dit, si les partisans du nucléaire ne diminuent pas la quantité d’énergie produite par les centrales, conformément à l’impératif des 50 %, la production d’énergie française devra passer de 550 Tw à 840 Tw en 2025. Or, comme en témoigne la construction du réacteur de Florange, EDF ne semble pas envisager une baisse massive de la quantité d’énergie nucléaire produite.

Se pose donc ici une équation impossible : la quantité d’énergie nucléaire va sans doute se stabiliser entre 300 Tw et 350 Tw, ce qui signifie une production totale d’entre 600 Tw et 700 Tw. Il y a donc entre 300 et 350 Tw à produire autrement que par le nucléaire. Pour se faire, deux leviers existent. Le premier, le recours aux énergies fossiles, a tout naturellement été écarté, car un tel recours aurait été à l’encontre de l’esprit d’une loi sur la transition énergétique. Le second est l’augmentation de la production d’énergie renouvelable. Or, la production d’énergie renouvelable en 2016 était de 100 Tw. Le constat est ainsi simple : pour respecter la loi, une augmentation de la production des énergies renouvelables d’entre 300 et 350% est nécessaire ; et ce en 7 ans.

 

Le Barrage de Roselend constitue une réserve d’énergie renouvelable équivalente à 500 millions de Kwh.

 

Mais là n’est pas le fond du problème. En réalité, l’Etat pourrait injecter des millions d’euros dans les énergies renouvelables. Seulement, si l’objectif de la division par deux de la consommation est respecté, conformément à la loi, un autre problème apparaîtra : le manque de débouchés. Produire renouvelable pour produire renouvelable n’est, en fait, pas la solution : de fait, les énergies renouvelables sont moins compétitives que l’énergie nucléaire. Or, si l’offre augmente du fait de l’impératif des 50%, dans le même temps, la demande diminuera du fait de l’impératif de division par deux de la consommation. Fatalement, les mécanismes du marché se mettant en place, au jeu de la guerre des prix, le nucléaire gagnerait forcément. Les millions d’euros d’investissement dans l’éolien ou le solaire seraient donc purement et simplement jetés par la fenêtre.

La seule énergie renouvelable qui pourrait véritablement venir concurrencer le nucléaire sur les prix, l’énergie hydraulique, est elle aussi imparfaite : les centres de production d’énergie hydraulique sont trop éloignés des grands pôles de consommation, à savoir l’île de France. En effet, 70% de l’énergie hydro électrique française est produite soit dans les Alpes, soit dans les Pyrénées. Seulement, l’électricité se transporte et se stock difficilement : impossible d’imaginer Paris éclairé par l’énergie hydro électrique des Pyrénées. Une solution imparfaite donc, que l’on imagine mal supporter seule l’effort voulu par la loi.

Nicolas Hulot a donc été mis face à un dilemme : les deux objectifs de la loi ne pouvant être réalisés l’un et l’autre, il a fallu choisir entre les 50 % du nucléaire dans la production française et la division par deux de la consommation française. Le choix du ministre d’Etat, si il est discutable, n’en demeure donc pas moins compréhensible.

 

Des échecs cuisants à la Commission européenne

 

Parlement européen à Strasbourg

 

C’était l’une des mesures phares du candidat Hamon pendant la présidentielle : l’interdiction des perturbateurs endocriniens. De concert avec le Danemark et la Suède, la France s’est sur ce sujet heurtée aux positions allemandes. En effet, les Etats membres devaient se mettre d’accord sur une définition des perturbateurs endocriniens en juillet 2017. L’enjeu est en réalité énorme, car chacun d’entre nous est exposé à des dizaines de ces produits dangereux, et ce dès notre conception, car les perturbateurs endocriniens pénètrent le placenta. Selon Barbara Demeneix, experte mondialement reconnue des perturbateurs endocriniens, ces derniers pourraient être l’une des causes de l’augmentation des maladies développementales comme l’autisme, et même de la baisse du quotient intellectuel moyen observé en occident. La commission européenne a donc eu à statuer sur la manière dont on définissait les perturbateurs endocriniens ; une responsabilité capitale, car c’est à partir de cette définition que seront interdits, ou non, des produits chimiques.

Or, le niveau de preuve attendu pour qu’un produit soit certifié perturbateur endocrinien est, aux yeux des ONG, bien trop laxiste. Nicolas Hulot s’était pourtant engagé, déclarant qu’il ne reculerait pas sur ce dossier âprement défendu par Ségolène Royale, qui avait bloqué la définition en question dès 2014. Force est de constater que le ministre de la transition écologique n’a pas tenu ses engagements, sabordant le travail de sa prédécesseur en capitulant face aux intérêts industriels. Le ministre a tout de même promis une interdiction unilatérale pour les produits les plus polémiques… Une interdiction certes possible mais en réalité difficile à mettre en place, du fait des traités européens de libre circulation des biens.

Mais le dossier des perturbateurs endocriniens n’est pas le seul sur lequel Nicolas Hulot a reculé. En effet, alors que 100 % des français ont des traces de glyphosate dans leurs urines, Nicolas Hulot a encore une fois fait face aux positions allemandes. La molécule en question est largement utilisée dans le monde depuis 1974: on la retrouve dans le produit phare de Monsanto, le controversé Roundup. Un enjeu considérable pour les ONG écologistes qui dénoncent un produit classé « probablement cancérigène » depuis 2015 par le Centre Internationale de la Recherche sur le Cancer (CIRC).

Nicolas Hulot s’était pourtant emparé du dossier dès son arrivé aux responsabilités, demandant un recours de cinq ans plutôt que les dix initialement proposés par la commission européenne. Finalement, c’est un verdict au goût amer qu’a pris la Commission européenne : elle a reconduit la licence du glyphosate pour cinq ans, sans restriction ni plan de sortie (l’herbicide reste utilisé partout en Europe ; selon ses défenseurs, une interdiction dans un délai court du glyphosate ferait souffrir l’agriculture européenne, dans la mesure où il permet un gain de temps, et donc de coût, aux agriculteurs). Ce dossier nous rappelle donc que le poids du ministre, et celui de la France en général, est à relativiser dans l’ensemble européen.

 

Difficile de juger Nicolas Hulot sur son action en neuf mois. Neuf mois qui n’en demeurent pas moins riches d’enseignements. Entre bonnes intentions et principe de réalité, le ministre d’Etat s’adonne à un dangereux jeu d’équilibriste. Cependant, si les Français semblent lui faire crédit de ses premières marches arrières au nom, justement, de ce principe de réalité, Nicolas Hulot, présenté comme la « garantie écologique » d’Emmanuel Macron, continue de concentrer de nombreuses attentes.

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Vianney Savatier

Lycéen de TermES. Mon cœur balance entre Cobain et Musset, mes oreilles entre Gainsbourg et Georgio.

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