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Un retour des Rohingyas en Birmanie est-il possible ?

Un retour des Rohingyas en Birmanie est-il possible ?
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Depuis le 25 août, 620 000 Rohingyas ont fui la Birmanie. Dans ce pays à majorité bouddhiste, la minorité musulmane est persécutée depuis plusieurs dizaines d’années. Alors que le secrétaire général de l’ONU a exhorté la dirigeante birmane Aung Sann Suu Kyi à organiser le rapatriement des Rohingyas et qu’un accord a été signé entre la Birmanie et le Bangladesh, rien ne semble garantir le retour des exilés.


 

L’exode massif des Rohingyas, habitant dans l’Etat de l’Arakan, n’est pas une première dans l’histoire de ce peuple persécuté. En 1991, des centaines de milliers de Rohingyas avaient quitté la Birmanie pour le Bangladesh. Ils fuyaient les exécutions, les viols, le travail forcé, les confiscations de terres… En quelques mois, un quart de l’ethnie a trouvé refuge au Bangladesh. La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) souligne le fait que le Bangladesh a voulu « rapatrier au plus vite les réfugiés » en Birmanie, usant parfois de la violence. Pour la plupart, les retours sont forcés.

En 1994, le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies (HCR) a déclaré que « toutes les conditions [étaient] réunies pour un retour ». Ce retour est précipité au détriment des principes de rapatriement et des réticences des Rohingyas. Aucune disposition juridique n’a été prise pour assurer la sécurité de ceux qui rentrent. Le travail forcé perdure, la violence aussi. Le soutien financier du HCR est limité, la réinstallation est donc très difficile pour les Rohingyas. Le rapatriement, qui se prolonge jusque dans les années 2000, est un échec total.

 

L’organisation complexe d’un retour en Birmanie

 

Aujourd’hui, le problème semble être similaire, même s’il serait beaucoup plus difficile de forcer les retours, « en raison de la forte présence des organisations sur place » explique Nina Walch, chargée de campagne au programme Protection des populations d’Amnesty international.

Le Bangladesh, pays musulman voisin de la Birmanie, a gardé ses frontières ouvertes pour accueillir les Rohingyas depuis le début de l’exode. « Les Bengalis font preuve d’une grande solidarité », note l’ONG Bani Street, présente dans les camps de Cox’s Bazar. Mais l’entassement dans les camps ne peut être une solution de long terme.

Le 23 novembre, la Birmanie et le Bangladesh ont signé un accord rendant théoriquement possible le rapatriement des Rohingyas. Les conditions sont floues, les Rohingyas devant prouver aux autorités birmanes qu’ils résidaient dans le pays. Nina Walch s’interroge : « Comment va se passer la vérification alors que ces gens-là n’ont aucun papier ? ».

Pour David Camroux, maître de conférences au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po et spécialiste de l’Asie du sud-est, l’hypothétique rapatriement des Rohingyas « se ferait dans des camps » puisqu’« entre 220 et 340 villages ont été détruits ». Or, les ONG ont annoncé qu’elles ne travailleraient pas dans les camps temporaires qui seraient mis en place en Arakan. En effet, elles souhaitent qu’ils puissent vivre dans leurs propres habitations et non dans des « prisons à ciel ouvert », selon les mots de Nina Walch.

De plus, l’accord conclu ne donne aucune garantie de sécurité. L’ONU a mis en garde contre un retour prématuré. Adrian Edwards, porte-parole du HCR a déclaré : « On ne peut pas renvoyer des gens dans l’Etat d’Arakan dans des conditions qui ne sont pas viables ». D’autant plus qu’« il y a encore des Rohingyas qui fuient tous les jours », rappelle Nina Walch. Pourtant, la Birmanie et le Bangladesh ont annoncé leur volonté de commencer à rapatrier les Rohingyas à partir de janvier.

 

La nécessité d’une conciliation

 

Pour que la situation évolue, il semble nécessaire de trouver une vraie conciliation. Pour Jean-Louis Margolin, maître de conférences à l’université Aix-Marseille et chercheur à l’Institut de recherches asiatiques IrAsia/CNRS, « une intervention internationale est inutile ». L’historien explique que « la solution ne doit pas être imposée de l’extérieur » mais doit venir de la population elle-même.

« Dans l’Etat d’Arakan, explique-t’il, les Arakanais – une ethnie bouddhiste – sont majoritaires », ils sont pour partie la cause de l’exode des Rohingyas. Les Arakanais se sentent menacés par les Rohingyas dont une frange minoritaire est « proche des mouvements extrémistes wahhabites d’Arabie Saoudite ». Ainsi, « il faut que les Arakanais acceptent le retour des Rohingyas », ajoute Jean-Louis Margolin.

Pour cela, le chercheur explique que les Rohingyas devraient « mettre en sourdine leur revendication de minorité ethnique » pour apaiser les tensions. Cette revendication parait en effet inacceptable aux ethnies reconnues qui n’y voient aucun fondement historique. Si les Rohingyas revenaient sur ce point, « cela n’excluerait pas un accès à la citoyenneté ».

L’entente semble vaine sans cette concession, aussi difficile soit-elle pour la minorité musulmane. L’intégration de chacun « en tant qu’individu » et non « en tant que Rohingya » semble être la seule solution pour tranquilliser les autres minorités établies et ne pas reconduire un nouveau cycle de violences. Mais « les politiques racistes des autorités doivent changer », nuance Nina Walch d’Amnesty International, qui affirme qu’« on ne peut disculper le gouvernement ».

 

Des solutions alternatives

 

Après le traumatisme, beaucoup de Rohingyas ne souhaitent pas retourner en Birmanie. « Quand vous avez fui l’enfer, vous ne voulez pas y retourner » affirme l’ONG Bani Street.

Jean-Louis Margolin rappelle que « quasiment tous les Rohingyas viennent à l’origine de ce qui est aujourd’hui le Bangladesh », certains en sont même arrivés récemment. Ces derniers peuvent donc encore avoir des liens familiaux et amicaux avec leur village d’origine. Ainsi, selon l’historien, « le problème du retour ne se pose pas de la même façon pour tous, certains Rohingyas pouvant s’intégrer facilement au Bangladesh ». En tant que musulmans, ils pourraient même « s’installer en Malaisie, ou dans les pays du Golfe qui recrutent massivement de la main-d’œuvre » ajoute-t’il.

Mais pour Nina Walch d’Amnesty International, cette solution est compromise car la plupart des pays musulmans proches de la Birmanie « n’ont pas ratifié la convention de Genève de 1951 ». Ce qui ne permet pas aux Rohingyas l’accès à un statut de réfugié. De plus, la plupart des Rohingyas revendiquent leur appartenance à l’Etat de l’Arakan : « refaire leur vie ailleurs est donc extrêmement difficile ».

 

Même si l’accord entre le Bangladesh et la Birmanie est déjà une base institutionnelle nécessaire, la situation risque de prendre du temps. L’apaisement des tensions ethniques en Birmanie semble être un facteur essentiel au retour des Rohingyas. Pour l’instant, rappelle l’ONG Bani Street, l’objectif est déjà « d’apporter une aide humanitaire d’urgence » pour pouvoir « penser durablement la solution ».

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Hippolyte Radisson

Passionné par la politique et les enjeux internationaux, j'aime décrypter l'information et donner du sens aux faits.

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