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Théâtre : nos coups de coeur de 2017

Théâtre : nos coups de coeur de 2017
La Rédaction

Poursuivant son bilan culturel de l’année, Radio Londres a souhaité partager les pièces qui nous ont marqués en 2017. D’un Tchekhov à un seul-en-scène en adaptation de Réparer les vivants, en passant par la pièce d’Alexis Michalik aux cinq Molières, petit aperçu de nos coups de coeur sur les planches !


 

Edmond par Alexis Michalik

Copyright Ajejandro Guererro

Edmond est la dernière pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik. Elle transporte les spectateurs à la fin du XIXème siècle, au côté de l’auteur Edmond Rostand, qui débute la rédaction tumultueuse de Cyrano de Bergerac, son chef d’oeuvre.

Dans un tourbillon de personnages, de décors et de situations, le spectateur ne voit pas le temps passer, si bien qu’il a du mal à revenir à la réalité au moment des applaudissements. Presque tous les acteurs jouent chacun plusieurs rôles mais il est aisé de les différencier car leurs costumes, leurs gestuelles ou leurs accents changent selon leur personnage. Pour les décors, seuls quelques objets, une musique et une lumière créent un nouvel environnement sans pour autant perdre le spectateur. Cette création fantastique montre des personnages aussi forts et déterminés que sensibles et touchants : vous découvrirez que des mafieux corses peuvent avoir un cœur, qu’un cafetier peut être poète et qu’une jeune habilleuse peut être une muse romantique littéraire.

Cette pièce offre également une sublime mise en abyme lorsqu’elle expose la création théâtrale et la représentation finale de Cyrano. Edmond, par sa créativité, son inventivité, son rythme effréné, ses dialogues qui font mouche et son côté burlesque, est la pièce à voir pour se redonner le sourire avant d’affronter 2018 !

Edmond, par Alexis Michalik, avec Fannie Outeiro, Éric Mariotto, Fabienne Galula… au Théâtre du Palais Royal jusqu’en août 2018. Réservations sur ce lien.

 

Réparer les vivants par Emmanuel Noblet

Copyright Giovanni Cittadini Cesi

Simon, 19 ans, s’arrache un matin du lit de sa petite amie pour aller fendre les vagues déchaînées et glacées lors d’une session de surf avec ses amis. Sur le retour, accident. Simon est déclaré en état de mort cérébrale et les médecins posent à ses parents la difficile question du don d’organe. Le spectateur est alors amené à suivre le parcours du cœur du jeune homme jusqu’au corps de Claire, une mère de famille de 50 ans qui souffre d’une maladie cardiaque.

Emmanuel Noblet, seul en scène, endosse les rôles de plusieurs personnages et du narrateur dans un enchaînement d’une fluidité et d’une justesse désarmantes. La lumière, les interludes musicales, les voix off contribuent à singulariser le tableau infiniment riche qui dépeint des vies qui sont touchées plus ou moins durablement par cette transplantation cardiaque. Les dialogues d’une sensibilité désarmante prennent également des aspects scientifiques et didactiques qui nous permettent de comprendre, d’interroger le don d’organe et sa nécessité.

Du récit de la mort de Simon naît l’espoir de vivre, et il fallait un grand talent pour conter la puissance presque démiurgique de ce cœur qui lie les morts aux vivants. Réparer les vivants témoigne à la fois d’une énergie créatrice folle et d’une interprétation bouleversante du roman initial, offrant d’ailleurs une adaptation totalement différente que celle de Katell Quillevéré dans le long métrage sorti en 2016. Emmanuel Noblet, se démultipliant et condensant le texte à son essentiel, en saisit l’essence et le transcende dans une mise en scène nerveuse et fascinante.

Réparer les vivants, par Emmanuel Noblet au Théâtre du Petit Saint Martin jusqu’au 31 décembre 2017. Réservations sur ce lien.

 

Les Trois Soeurs par Timofeï Kouliabine

Copyright Victor Dmitriev

Cet automne le metteur en scène russe Timofeï Kouliabine a présenté en France sa dernière création : la célèbre pièce d’Anton Tchekov Les Trois Sœurs.

Le plateau de théâtre s’organise comme une maison, les espaces à vivre étant délimités par le mobilier, et le spectateur guidé grâce à un schéma distribué au début du spectacle.

La pièce commence avec un clip de Miley Cyrus, Wrecking Ball, diffusé sur un petit écran, le son au maximum. Mais ce sera un des seuls sons de voix humaine de la pièce. Car dans cette mise en scène entièrement en langue des signes, les comédiens jouent avec leurs corps et leurs mains, sans leurs voix. On entend seulement les bruits gutturaux des personnages, qui semblent s’époumoner jusqu’à déformer l’air, matière brusquement opaque quand on n’a que ses mains pour parler.

Cette absence de voix, dont on a peu l’habitude au théâtre, paraît s’effacer au fur et à mesure que les mouvements prennent de l’ampleur, que la puissance des échanges grandit. Alors, la fascinante chorégraphie de gestes des comédiens emplit la scène et fait office de dialogues. Il en émane une sincérité bouleversante qui électrise la scène.

Les Trois Soeurs d’Anton Tchekhov, par Timofeï Kouliabine avec Ilya Muzyko, Claudia Kachusova, Valeria Kruchnina… Odéon – Théâtre de l’Europe (Représentations closes). Dossier de presse.

 

Jusque dans vos bras par Jean-Christophe Meurisse

Copyright Loll Willems

Des migrants, une barque : on somme le public de tirer la corde de l’embarcation sur le générique d’Interville ; le drame devient un jeu, le rire vient exorciser l’horreur. Qu’est-ce qui forme notre identité ? Un pique-nique composé de discussions banales avant que la petite musique du « Je-ne-suis-pas-raciste-mais » ne se déroule fait tomber ses participants dans cette haine si banale. Une veuve pleure son mari, policier, dont le cercueil est ceinturé du drapeau français avant de se transformer en pugilat.

Des tableaux, des tableaux connus parfois vécus avec un on-ne-sait-quoi d’horreur et d’humour qui les rendent uniques. Des tableaux qui évoluent au fil des villes et du temps. À Choisy-le-Roi ou à Calais, le spectacle n’a pas la même saveur. Sur le plateau on croise, Brahim un général de Gaulle qui du haut de ses deux mètres chausse du 58, un pape noir, une Marie-Antoinette sanguinolente, une Jeanne d’Arc encore fumante, deux astronautes sur la lune, et bien d’autres surprises…

Jusque dans vos bras est une pièce irrévérencieuse qui décortique la société française mise face à ses contradictions et qui fait rire de sujets polémiques. Homosexuels, migrants, juifs ou racisme, les hypocrisies de façade et les rejets ouverts sont illustrés dans l’esprit de Desproges et des Hara-Kiri de la grande époque.

Jusque dans vos bras, par Jean-Christophe Meurisse avec Caroline Binder, Céline Fuhrer, Matthias Jacquin… au Théâtre des Bouffes du Nord puis au Théâtre Sorano du 10 au 13 janvier 2018 (Réservations sur ce lien) et à la maison de la Culture Seine-Saint-Denis Bobigny du 24 au 29 avril 2018 (Réservations sur ce lien).

 

Critiques de Phéline Leloir-Duault, Claire Schmid, Antonia Torinesi et Renaud Descamps.

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