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Le Pacifique : en première ligne face au changement climatique

Le Pacifique : en première ligne face au changement climatique
Léna Vassieux

Si, pour les pays occidentaux, les effets du changement climatique sont encore relativement supportables, il n’en va pas de même pour les États et territoires des îles du Pacifique. Ces dernières années, ceux-ci ont dû affronter un nombre croissant de bouleversements, tant ponctuels que de plus longue durée. Face à la menace qui pèse sur eux et à l’inertie des grandes puissances, il s’agit d’apporter de nouvelles solutions, afin d’éviter au maximum les dégats ainsi que les déplacements de population.


 

Des conséquences déjà réelles

 

Cette année, ce sont deux cyclones, Donna et Cook, qui ont provoqué des dégâts majeurs, dans plusieurs archipels de l’océan Pacifique. Déjà l’année passée, le cyclone Winston, le plus puissant à jamais toucher terre dans la zone Pacifique-Sud avec des rafales à plus de 300 km/h, avait causé la mort de 44 personnes et détruit 40 000 habitations aux Îles Fidji, pays qui compte près d’un million d’habitants. Ce n’est pas sans rappeler les ouragans Irma et José qui ont dévasté les Antilles en septembre dernier.

D’habitude, les super-cyclones, dans le Pacifique, ne se produisent environ qu’une fois tous les dix ans. Certes, on pourrait dénier la relation qu’auraient ces phénomènes avec le changement climatique et imputer cela à de « mauvaises années ». Néanmoins, avec le réchauffement global, les mers deviennent plus chaudes ; or, il se trouve qu’une des conditions indispensables à la formation des cyclones est une température des eaux de surface de plus de 26°C. L’eau qui s’évapore ainsi en surface alimente le cyclone qui déverse ses précipitations sur les terres qu’il rencontre, celles-ci s’ajoutant aux vents violents.

Les périodes de sécheresse et d’inondations tendent aussi à s’intensifier et à s’allonger, ce qui peut impacter de manière durable la sécurité alimentaire, en plus de rendre plus important le risque d’incendie. Cette année fut, par exemple, particulièrement sèche en Nouvelle-Calédonie, rendant plus difficile encore une saison des feux habituellement tenace. C’est une menace qui pèse lourd sur l’agriculture, réduisant les terres disponibles à la culture, et donc l’indépendance alimentaire. Le nombre et l’intensité de ces phénomènes pourraient s’aggraver dans les années à venir, ce qui pourrait réduire à néant des années de développement.

De plus, la grande diversité d’écosystèmes, qu’ils soient maritimes ou terrestres, qui composent le Pacifique, se trouve elle aussi menacée. L’une des principales sources de vie, le récif corallien, se trouve aujourd’hui très endommagé. En effet le réchauffement des eaux induit un stress qui fait disparaître certaines algues symbiotiques et provoque le blanchiment des coraux, ce qui finit par causer leur mort. Or, les récifs coralliens abritent une importance diversité marine, qui permet aussi le maintien des écosystèmes environnants. Cela pose à la fois un problème environnemental et humain, touchant directement des sources de nourriture pour les populations locales. De même, la mangrove, écosystème caractéristique des environnements côtiers tropicaux, est une grande productrice de matière organique grâce à l’abondant feuillage des palétuviers. En plus d’ainsi fertiliser les eaux côtières, celle-ci agit, grâce à son important réseau de racines comme une barrière entre mer et terre, réduisant l’impact de l’érosion sur cette dernière. Ce milieu est particulièrement sensible aux polluants chimiques, en plus d’être menacé par les constructions humaines qui cherchent à gagner de l’espace en bord de mer.

 

La pression exercée sur les palétuviers se répercute sur toutes les espèces habitant la mangrove.

 

Enfin, l’impact direct de la pollution humaine n’est pas à négliger : cela a commencé par les essais nucléaires, qui laissent encore aujourd’hui des zones dévastées et des populations victimes des radiations. Aujourd’hui, ce sont les rejets des bateaux ou encore la pollution aux hydrocarbures. Récemment, des boulettes de fioul lourd ont été ramassées sur les îles de Lifou et de Maré, en Nouvelle-Calédonie.

 

L’inégalité des territoires face au changement climatique

 

A ces effets déjà dévastateurs pour des populations qui n’ont pas toujours les moyens nécessaires d’y répondre, s’ajoutent des conséquences sur le long terme. Les processus lents qui se sont enclenchés risquent de devenir irréversibles si aucune action n’est menée en profondeur. Parmi les plus significatifs, la montée des eaux menace directement les îles de basse altitude, entraînant érosion des côtes et inondations, voire engloutissement total. A terme, ce sont trois pays insulaires, Tuvalu, Kiribati et les Îles Marshall, qui risquent de disparaître complètement. Cela pourrait représenter un traumatisme majeur pour les personnes condamnées à l’exil, à 90 % autochtones dans la majorité des états insulaires, qui se verraient perdre leurs terres ancestrales, ainsi que leurs traditions et leurs savoir-faire, intimement liés à celles-ci. Surtout, il n’est pas impossible qu’une transformation climatique apparaisse de manière brutale, sur une très courte période, et non graduellement : en conséquence, il s’agit de trouver les moyens de faire face et d’augmenter la résilience des communautés.

 

 

L’organisation Oxfam a publié un rapport dans lequel elle met en avant que ce sont avant tout les populations les plus pauvres, celles qui émettent le moins de gaz à effet de serre, qui sont et seront les plus sévèrement affectées par les effets du changement climatique. Face à cela, celles-ci ont décidé de se faire entendre et de porter des revendications sur la scène internationale. Ainsi, pour la première fois, la 23ème Conférence des parties, qui s’est déroulée à Bonn en novembre dernier, a été présidée par un état du Pacifique, les Iles Fidji. Le premier ministre fidjien, Franck Bainimarama, a visité différents pays ces derniers mois dans le but de sensibiliser aux problèmes de ses concitoyens, et a profité de cette COP, dite du Pacifique, pour interpeller les nations sur les menaces qui pèsent sur son pays et ses voisins. Cependant, peu de décisions d’envergure étaient attendues lors cet événement. Celui-ci devait avant tout permettre d’accélérer la mise en œuvre des objectifs fixés lors de la COP21, d’ailleurs revendiqués en tout premier lieu par les îles du Pacifique, qui sont notamment la limitation de la hausse des températures à 1,5°C – pour l’instant, les engagements pris par les états mèneraient à un réchauffement de 3°C.

Il faut aussi souligner que cette COP a permis la prise en compte des connaissances des peuples insulaires : ce sont alors de nouveaux modes d’actions ont fait irruption sur le devant de la scène. Porté par Frank Bainimarama, le dialogue Talanoa a été initié lors de la COP23 et prévoit de reprendre dès janvier 2018 entre les différentes parties. tala en fidjien signifie « raconter » et noa « librement ». Celui-ci met en avant une nouvelle forme de dialogue participatif et qui a pour but de de partager des histoires suscitant l’empathie, afin de décider dans le sens de l’intérêt collectif. Tandis que les négociations gouvernementales ont peiné à faire bouger les lignes, une telle méthode a pu être un moyen de penser différemment le rapport à notre environnement afin de dégager des solutions au plus proche du terrain. Quoi qu’il en soit, le travail qui reste à faire est de taille. Pour la prochaine étape, les états se réuniront pour réaliser un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre avant la fin de l’année.

Cependant, lors de la COP, les discussions concernant l’apport financier des pays riches sont restées à la traîne. Or, cela représente pour les états receveurs des aides la possibilité d’investir par exemple dans des dispositifs pour faire face aux catastrophes ou encore dans des modes de production durable d’énergie – les Fidji misent ainsi sur 100 % d’énergie renouvelable pour 2030. Sans l’appui des pays disposant de la majeure partie des richesses, la volonté de tous les autres ne suffira pas. Justice climatique et justice économique sont indissociables, et un accroissement des inégalités serait un frein à toute action menant à des réels changements.

C’est d’ailleurs sur ce point qu’insiste l’ONG Oxfam qui, dans son rapport, enjoint les pays riches à se mobiliser. D’après elle, « il reste beaucoup de chemin à parcourir pour les pays riches pour atteindre les objectifs financiers inscrits dans l’Accord de Paris ». Quant aux possibles migrations, un dialogue en vue de l’adoption d’un « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » est prévu en 2018, faisant suite au Sommet de New York sur les réfugiés et les migrants qui s’est tenu en septembre 2016. Les principaux objectifs seront de mettre en place des stratégies à court et long terme afin de garantir la sûreté des déplacements pour les personnes forcées de partir, tout en considérant la réinstallation comme un dernier recours. La reconnaissance juridique sera un point notamment mis en avant, afin de pallier aux manques actuels dans ce domaine. Au niveau national, les états sont appelés à permettre des déplacements sûrs et réguliers et à garantir l’accueil et la protection des migrants, en facilitant l’accès à l’éducation, aux soins, au regroupement familial, par le biais d’accords entre états développés et états dont le risque de migration est important.

Dans ce contexte, le rôle des personnes les plus menacées devient crucial pour la mise en place de réponses à toutes les échelles. En effet, leur implication peut servir d’exemple pour renforcer l’action locale dans le monde entier, tout en servant de catalyseur sur le plan international. Loin de vagues déclarations, il y a une volonté réelle de sensibiliser et de mettre en route des processus de lutte contre les effets potentiellement dévastateurs du changement climatique. Car, pendant que certains s’évertuent à nier sa réalité et son impact, d’autres n’ont déjà plus le luxe d’attendre.

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Léna Vassieux

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