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« Cure », la thérapie cathartique d’Eddy de Pretto

« Cure », la thérapie cathartique d’Eddy de Pretto
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5 mois tout juste après son premier EP, Kid, qui l’a révélé au grand public, Eddy de Pretto délivre son tout premier album sur fond de tourmentes et d’obsessions humaines. Critique de Cure, la première pépite d’un ovni de la chanson moderne.


 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Il n’y a même pas un an qu’on parle de lui, et pourtant, Eddy de Pretto en a déjà marre qu’on veuille le mettre dans une case. Quand on lui demande comment il définirait sa musique, il préfère répondre qu’elle est « non-stylisée ». Quitte à en faire un genre à part entière, évidemment. De son éclosion sur la scène française à ce premier LP tout en dysphories (mais qui jamais ne tombe dans l’apitoiement), le gamin du Val-de-Marne a fait un bout de chemin, certes, mais l’ascension n’en reste pas moins fulgurante. Il l’admet lui-même d’ailleurs, tout comme il reconnaît cette volonté, tout jeune déjà, quand il prenait des cours de chant et de piano dans sa cité natale, de se retrouver sur le devant de la scène. Eddy de Pretto a une gueule, un physique atypique dont il assume jouer (et toute personne qui réfutera cette affirmation se bercera de mauvaise foi), mais ce sont assurément ses chansons, appuyées par des textes spleenétiques et aux confins d’une nuée de genres, qui lui ont conféré cette soudaine dimension à laquelle il répond désormais.

 

Un ovni nommé Eddy

 

La première chose qui frappe quand on écoute Cure, c’est sa capacité à raconter des histoires. Quinze morceaux pour autant de récits, parfois explicites, parfois beaucoup moins, mais toujours grinçants, incisifs. Eddy de Pretto récidive : ces histoires — les siennes — il nous les livre brutes, à peine surjouées. Pour se raconter et raconter les autres, il use en boucle d’une instru mécanique, parfois glaciale, qui se confronte à ses textes pour mieux les mettre en valeur. Sur scène d’ailleurs, il lance lui-même la musique sur son téléphone et est seulement accompagné d’un batteur. Une forme de minimalisme, totalement assumé.

Random, c’est une partie d’Eddy de Pretto. Il y évoque son rapport à lui-même et à la société. En ouverture de l’album (ou quasiment, puisque le morceau est précédé d’une introduction d’une trentaine de secondes), il y procède en quelque sorte aux présentations, sans qu’on ne sache très bien à qui il s’adresse. Là réside d’ailleurs une grande question du disque. À qui s’adresse-t-il ? À lui-même ? À nous ? À ses parents, peut-être aussi, comme en témoigne le morceau Mamère, incontrôlable pamphlet qu’il convient de ne pas rater. Quand il raconte les autres, le chanteur se raconte toujours aussi un peu avec. Mamère en est l’exemple parfait, tout comme Jimmy, un dealer qu’il a côtoyé dans sa jeunesse et qui lui a inspiré cette chanson. Le « je » est ainsi omniprésent dans l’album ; c’est sa manière de se dévoiler, de se narrer.

Eddy de Pretto a à l’évidence un don certain pour les mélodies et les refrains, qu’il compose lui-même. Ces derniers, à l’image de Random, Ego, Genre ou Kid, la chanson éponyme de l’EP précédent qu’on retrouve sur l’album, sont entêtants et en totale opposition avec les mots slamés (rappés, ou contés, comme vous voulez) des couplets. Ils sont plus musicaux, plus cycliques, plus explosifs aussi. Il y a de cette façon un temps pour les mots, grèges et si souvent nostalgiques, et un autre, répété, pour une mélopée d’apparence plus dansante.

 

 

De Beaulieusard à Parisien

 

Il y a les introspections, d’un côté, et les histoires inspirées d’un contexte plus concret, de l’autre. Beaulieue, déjà présente sur l’EP, prolonge la mode de l’ode à la ville, comme ont pu le faire récemment Gaël Faye (Paris métèque) ou encore Orelsan (Dans ma ville, on traîne) avec Paris et Caen. Sur un beat mélancolique, il raconte Créteil, la cité dans laquelle il a grandi, et explique pourquoi « il vaut mieux [qu’il la] quitte ». À cet éloge urbain s’ajoutent des morceaux comme Quartier des lunes ou Rue de Moscou qui pourraient en apparence s’inscrire dans la même veine. Mais ces souvenirs géographiques sont souvent des prétextes pour évoquer d’autres sujets, comme l’amour, la sexualité, l’errance de l’adolescence. Ainsi, Eddy de Pretto réussit un véritable tour de force en associant aux lieux de sa jeunesse (il a seulement vingt-quatre ans) des émotions et des sentiments, comme dans sa fameuse Fête de trop qui l’a transposé sous le feu des projecteurs. La boîte de nuit, lieu de l’action, est un prétexte pour évoquer son malaise, ses errements ; son homosexualité, aussi, qui embue ses chansons sans pour autant jamais en être le thème central.

Quid alors de ce succès, florissant, grandissant, fulgurant même ? La question, véritable marronnier artistique, Eddy de Pretto se l’est posée. Il en a même fait une chanson. Ego, la bien nommée, est mon coup de cœur sur l’album, tant elle transcrit à merveille la schizophrénie du chanteur populaire, ou, tout du moins, en quête de popularité. Un texte subtil et savoureux sur une percussion froide à l’image de l’opus tout entier.

 

 

Cure est une catharsis pour Eddy de Pretto. Il y déballe tout ce qu’il n’avait jamais pu déballer, faute de moyen d’y parvenir. Le disque, cynique, cinglant, est une accumulation de divagations. Celles d’un ado tourmenté, d’un côté, et celles de l’artiste, de l’autre, dont les textes détonent véritablement dans le paysage musical. Non, Eddy de Pretto, vous n’êtes définitivement pas « normal ».

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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