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« Lady Bird », portrait raté de l’adolescence

« Lady Bird », portrait raté de l’adolescence
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Pour sa première derrière la caméra, l’actrice américaine Greta Gerwig nous présente Lady Bird, une comédie dramatique dans l’Amérique post-11 Septembre. Nommé cinq fois aux Oscars, il fait figure d’outsider face à The Shape of Water (Guillermo del Toro) ou Three Bilboards (Martin McDonagh), et pourrait être la grande surprise de cette nouvelle cérémonie. Critique.


 

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

 

★★☆☆ – À éviter

 

« Celui qui parle d’hédonisme californien n’a jamais passé un Noël à Sacramento ». L’exergue donne le ton. Oubliez les plages, le surf, le funLady Bird montre l’envers du décor californien en plongeant dans le quotidien morose de la middle class. Puis la première scène : la mère, Marion McPherson roule aux côtés de sa fille, Christine, qui ne répond qu’au nom de Lady Bird. Les raisins de la colère de John Steinbeck passe à la radio et les deux femmes pleurent. La cassette se termine, le silence devient de nouveau pesant et les deux femmes se confondent dans un mutisme glaçant. Puis vient la question de l’université : anodine pour la mère car sûre de l’échec de sa fille ; dévastatrice pour la fille, qui n’est pas soutenue dans ses choix. Cette dernière veut partir, quitter Sacramento et découvrir la côte Est. La mère refuse, une dispute éclate, Lady Bird saute de la voiture en marche. Et le titre apparaît.

Lady Bird, c’est avant tout l’histoire de cette jeunesse désanchantée, de cette adolescence qui se termine trop vite. Elle a honte d’être pauvre, de vivre « du mauvais côté de la voie », rêve d’habiter dans les beaux quartiers, dans cette immense demeure aux volets bleus. Elle est à l’école catholique, compose entre les mauvaises notes et la discipline stricte… et, surtout, s’émerveille de tout sans jamais rien vouloir. Elle intègre le cours de théâtre, devient amie avec la fille riche et cool du lycée, tombe amoureuse, se sépare, brigue la présidence du lycée et tout cela pour rien. La jeune fille n’avance pas, fait du surplace dans cette ville qu’elle trouve trop plouc, avec ses parents, qu’elle considère comme largués et coupables de sa situation sociale.

 

Saoirse Ronan est Christine « Lady Bird » McPherson & Lucas Hedges est Danny O’Neill dans Lady Bird – Copyright Universal Pictures

 

Dans cette dernière année accélérée — des mois passant en quelques minutes à peine —, Lady Bird s’interroge, change, s’emporte ; vit, tout simplement. Pourtant, à la fin du film, il reste un constat amer : rien n’a changé. Elle, la jeune fille rêveuse à l’esprit punk, accepte le prénom donné par ses parents, regrette Sacramento et continue aussi de la rejeter.

Car voilà, le principal problème du film : il est (presque) dénué de sens. Touchant à tout mais ne creusant rien, Lady Bird ruisselle pourtant d’idées merveilleuses. Mais c’est surtout à cause d’un faux rythme gênant (Saoirse Ronan semblant être accélérée par rapport au reste du casting) que le film se perd, et nous perd. Le montage franc, magnifié par ses cuts, développe une frustration telle que l’on finit par arrêter de comprendre ce que veut nous dire le film. Les interrogations de Danny O’Neill (joué par l’impeccable Lucas Hedges, déjà aperçu dans Three Billboards et Manchester by The Sea) sur son homosexualité sont oubliées par Lady Bird, qui l’abandonne dans la seconde partie du film. Le sujet des difficultés économiques de la famille, substance même du film, reste superficiel et constamment rattaché à une blague, une punchline ou une situation qui prête à sourire. Même la relation mère-fille tend à être oubliable, puisque n’allant jamais au bout des choses (en gros, elles ont l’une et l’autre « un sacré tempérament »).

Finalement, il ressort du film un esprit pseudo-anarchique vain, et surtout un refus du dramatique. Journal intime semi-fictionnel de la réalisatrice, cette dernière cherche à dédramatiser à tout prix certaines situations ou certains thèmes (ce qui est une intention plus que louable, il faut l’avouer), mais finit par détruire l’empathie nécessaire à tout grand film.

 

Lady Bird avait tout pour être un très grand film. Mais ses défauts de rythme et sa volonté de ne pas aller plus loin dans son propos le maintiennent au rang de teen-movie trop calibré pour être apprécié. Le film aurait pu entrer au Panthéon des films évoquant les difficultés de l’adolescence et l’implacable passage à l’âge adulte… mais il devra surtout compter sur les Oscars pour ne pas tomber dans l’oubli. 

 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

Comments

  1. Je suis confuse parce que moi j’ai adoré ce film. Au contraire même si il aurait mérité quelques approfondissements sur certains sujets, il dégageait une quand même quelque chose de positif. En effet, Christine montre une force de caractère par sa ruse pour candidater quand même dans les universités qu’elle souhaite. J’ai trouvé la fin attendrissante dans le sens qu’elle remarque qu’elle a peut être été un peu ingrate et s’excuse, surtout elle parvient à dire ce qu’elle pense à sa mère, à trouver les mots. Je pense qu’elle est plus nostalgique des années passées à Sacremento qu’elle ne souhaite y retourner. J’ai interprété totalement différemment ce film. Bref, pour moi c’était un très bon film.

    • François

      Du même avis, j’ai juste trouvé LB vraiment attachante et sa légèreté, son franc-parler, au milieu de ce quotidien pénible est tellement précieux et attirant. J’aime voir des gens qui essayent sincèrement de s’en sortir et qui extériorisent leur mal-être sans se renfermer sur soi en se montrant hostile, mais en osant se montrer vulnérable. Je repense souvent à ce film.

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