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Au théâtre ce soir : la parentalité, vaste débat traité par trois pièces

Au théâtre ce soir : la parentalité, vaste débat traité par trois pièces
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Trois pièces qui traitent à leur manière de la parentalité : le parent absent, le parent angoissé et le parent dépassé. 


 

Paprika, écrite par Pierre Palmade, mise en scène par Jeoffrey Bourdenet, avec Victoria Abril, Jean-Baptiste Maunier, Julien Cafaro, Jules Dousset, Prisca Demarez

★★★☆☆ – À voir

 

Eva, femme festive de Pigalle, très attachée à son indépendance et à sa liberté, voit un beau jeune homme se présenter devant sa porte un matin : il s’agit de Luc, le fils qu’elle a abandonné à la naissance vingt-huit ans auparavant. N’osant pas lui avouer son identité, à cause d’un portrait idéalisé qu’il a d’elle, elle déclare être Paprika, la femme de ménage d’Eva partie en vacances. C’est alors qu’elle est entraînée dans une spirale de mensonges malgré l’aide de son concierge amoureux platonique, de sa meilleure amie stripteaseuse et gaffeuse, et de son bel amant pompier très idiot.

 

Cette pièce, au rythme endiablé, à l’image du personnage principal, traite avec légèreté de l’abandon d’enfant : Eva a préféré abandonner son fils pour conserver sa liberté et lui assurer un meilleur avenir, loin de la drogue et des fêtes de Pigalle. Cependant, elle n’avait pas prévu de le retrouver et elle n’assume pas son parcours face à ce jeune homme brillant, diplômé de Sciences Po, séducteur et imbu de lui-même. L’humour tourne autour de l’embarras du personnage, emprisonnée dans ses mensonges successifs et dans son rôle de femme de ménage tyrolienne alors qu’elle est espagnole. Si l’humour est assez potache et parfois un peu grossier, très centré sur la sexualité des personnages, ce vaudeville offre un bon divertissement léger et sans prétention. On salue la performance de Prisca Demarez, très délurée dans ce rôle de stripteaseuse pataude et gaffeuse.

Paprika, Victoria Abril et Jean-Baptiste Maunier

Paprika, au théâtre de la Madeleine jusqu’au 21 avril 2018. Lien pour réserver sa place.

 

Moi, Papa, texte de Bjarni Haukur Thorsson, adapté par Dominique Deschamps, mis en scène par Sébastien Azzopardi, avec Arthur Jugnot

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Il n’y a pas d’école pour apprendre à être papa, pas de prof pour expliquer comment changer une coucher, préparer un biberon, gérer les nuits sans sommeil, pas de formation pour concocter des menus à la femme enceinte. Devenir papa, c’est comme se retrouver dans la jungle sans guide ni coupe-coupe ! Si c’est un voyage au bout de l’extrême, ça reste la plus belle des aventures, si seulement on pouvait dormir…

Cette pièce traite de l’angoisse du jeune papa : elle s’étend de la prise de décision de faire un enfant aux premières vacances familiales. L’angoisse tout d’abord de sauter le pas pour faire un bébé, puis l’angoisse face à la grossesse, et finalement l’angoisse face au bébé, avec la question centrale : comment être un bon père ? En constant dialogue avec l’hologramme qui représente sa compagne mais aussi avec le public qu’il prend à parti, taquine et interroge, Arthur Jugnot nous expose ses craintes, ses doutes, ses peurs et ses incompréhensions avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision sur ses gaffes et ses erreurs de jeune papa « bobo parisien écolo ». Incarnant la première génération de papas à qui on demande de prendre une part active dans l’éducation de l’enfant, il ne sait pas par où commencer dans ce dédale qu’est la paternité : choisir la poussette, aller chez le gynécologue, assister à la naissance, mais aussi gérer les premières nuits, la famille, la fatigue. La mise en scène rythmée et millimétrée (avec beaucoup d’effets visuels, de jeux de scène et de projections sur le décor), accompagne de manière fluide le texte qui semble être naturel et improvisé tant Arthur Jugnot se l’approprie avec facilité.

Moi, Papa (Arthur Jugnot) 

Moi, Papa au théâtre du Splendid jusqu’au 31 mars 2018. Lien pour réserver sa place

 

Le Fils, de Florian Zeller, mis en scène par Ladislas Chollat, avec Yvan Attal, Rod Paradot, Anne Consigny, Elodie Navarre, Jean-Philippe Puymartin et Raphaël Magnabosco

★★★★★ – À voir absolument

 

Nicolas, dix-sept ans, est un adolescent fragile et déprimé. Ses parents, Anne et Pierre, sont divorcés, il vit chez sa mère et son père vient d’avoir un enfant avec sa compagne Sofia. Depuis trois mois, il ne va plus au lycée : lors d’une discussion avec son père, il demande à changer de foyer. Son père l’accueille chez lui et tente par tous les moyens de lui redonner le goût de vivre ; mais l’adolescent s’enfonce dans la dépression et entraîne tout son entourage dans son mal-être croissant.

 

Pour reprendre les mots de Florian Zeller, « cette pièce raconte l’histoire d’un père qui tente de sauver son fils, mais qui n’y parvient pas » : avec ses accents de tragédie antique au destin implacable et froid, Le Fils est une pièce qui représente tout le désarroi des parents face à la dépression d’un fils, auparavant solaire et joyeux, qui sombre brutalement dans l’abysse sans que quiconque ne puisse le sauver. Rod Paradot, lumineux et bouleversant, incarne à la perfection le rôle de Nicolas, ange déchu qui a perdu le goût de vivre et qui n’arrive pas à supporter le divorce de ses parents qui a brisé sa mère (Anne Consigny, digne et émouvante), impuissante face aux tourments de son fils et réfugiée dans les souvenirs de l’époque bénie du bonheur familial sans nuage. Le père (Yvan Attal, d’une justesse impressionnante), grand avocat tenté par une carrière en politique, plongé dans l’incompréhension, la colère et le désarroi face à la dépression de son fils, cherche à être un bon père et à ne pas ressembler au père absent qu’il a eu, mais se heurte aux violents reproches de son fils qui lui reproche d’avoir brisé le foyer idyllique de son enfance et d’être à l’origine de sa souffrance. Sofia (Elodie Navarre), la belle-mère, méfiante et effrayé par cet adolescent tourmenté, cherche à protéger son bébé et à préserver son couple de la spirale infernale. Au fil de la pièce, le spectateur espère la guérison de Nicolas, sa rédemption loin des tourments de son âme, et sa réconciliation avec sa famille, en vain. La pièce bouleverse le spectateur sans tomber dans le pathos larmoyant ; le texte poignant et puissant de Florian Zeller est servi par une mise en scène épurée, avec des jeux de lumière et de panneaux coulissants pour créer les différents décors, ainsi qu’une bande-son maîtrisée qui accompagne le récit.

Le Fils, Rod Paradot et Yvan Attal

Le Fils à La Comédie des Champs-Elysées, jusqu’au 14 juillet 2018. Lien pour réserver sa place.

 

Ces trois pièces traitent de la parentalité différemment : Paprika et Moi, Papa choisissent la comédie, l’une pour illustrer les retrouvailles d’une mère avec l’enfant qu’elle a abandonné, l’autre pour dépeindre les angoisses d’un jeune papa face à l’arrivée de son bébé. Le Fils choisit la tragédie pour montrer des parents désemparés et impuissants face à leur fils dépressif aux tendances suicidaires. Trois parcours de vie, trois visions différentes de la « bonne » parentalité. 

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Khâgneuse spé H/G. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

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