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« This Is Us » : brillant miroir de l’âme

« This Is Us » : brillant miroir de l’âme
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Le 13 mars dernier, la chaîne NBC présentait le dix-huitième et dernier épisode de la deuxième saison de This Is Us. Véritable carton outre-Atlantique, la série nous conte la vie d’une famille dans sa plus grande simplicité. Critique de cette série aussi envoûtante que dramatique.


 

Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d’êtres humains partagent le même jour d’anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! 

 

★★★★★ – A voir absolument

 

This Is Us est arrivé dans ma vie le 16 septembre 2017. Synonyme de morosité, le dimanche soir se passe pour moi comme beaucoup de gens, à végéter dans un canapé, l’ordinateur sur les genoux à chercher désespérément le film ou la série idéale. Venant de terminer Big Little Lies – qui est sans conteste la meilleure série de 2017 pour moi et pour la rédaction de Radio Londres -, il me fallait trouver une nouvelle série, drogue de ma génération qui nous oblige à bingewatcher des épisodes sur Netflix ou à attendre la sortie d’un épisode dans un sous-titrage approximatif, sur un site de streaming obscur, en essayant d’éviter la folie. Les pages défilaient. Les synopsis se multipliaient. Les Emmy Awards, grande messe annuelle américaine qui sacre les meilleures séries et émissions de télévision de l’année, m’avaient permis de restreindre ma liste de stupéfiants. Comme tout drogué, je voulais ce qu’il y a de meilleur pour devenir accroc. La sélection était nombreuse, parfois politique, souvent de très grande qualité. Dans cette immensité sérielle, une série entra dans mes veines instantanément : This Is Us. Après avoir avalé la première saison en une dizaine de jours, il fallait désormais attendre que NBC m’offre ma dose, chaque semaine. Adieu cher bingewatching, bonjour attente interminable. Semaine après semaine, les dix-huit épisodes que comportent la deuxième saison de This Is Us se sont donc succédé. Et le constat est sans appel : c’est une véritable pépite.

This Is Us possède une idée simple : vous raconter une vie. Cette dernière n’a rien d’extraordinaire. Elle possède ses joies, ses peines, ses petites choses qui ponctuent un quotidien et ses événements qui ne peuvent être manqués – un anniversaire, un mariage, un enterrement. S’inscrivant dans une double temporalité, la série joue entre les situations et les rencontres, nous surprenant sans cesse. Il est nécessaire de se laisser happer par cette série et surtout de prendre le temps. Dans notre société qui nous pousse à aller de plus en plus vite, l’attente entre les épisodes de This Is Us est une bouffée d’air. Elle nous laisse respirer, comprendre, s’interroger et nous permet surtout de rentrer dans cet univers, d’être un membre de cette famille si normale.

 

Photo by Ron Batzdorff/NBC

 

Tous les personnages nous rappellent quelqu’un. Nous avons déjà connu toutes ces situations. Les espoirs déchus, les petites victoires quotidiennes, les remises en question, le doute, le stress sont ce que nous sommes. Ne pas se reconnaître en Jack, en Rebecca, en Kevin, en Kate ou en Randall est impossible tant les qualités sont nombreuses et les défauts magnifiés. Les dialogues sont d’une justesse ébouriffante. Rien ne dépasse, rien n’est démesuré et pourtant rien ne semble aussi complexe. Les discussions matinales, les repas de famille, les embrassades et les câlins sont des gestes si simples qu’il en deviennent sublimes. Derrière, l’intrigue tisse sa toile, lentement et les interrogations entourant l’avenir ou le passé des personnages se multiplient. Face à cela, en tant que simple spectateur, on ne peut qu’être ébahi par tant d’habileté.

Les critiques que l’on pouvait apporter à This Is Us à la fin de la première saison étaient minces mais compréhensibles. Utopiste dans son âme, elle tendait à cacher un sous-texte qui l’aurait rendu presque politique. La question du poids de Kate aurait pu prendre à bras le corps la question de la grossophobie, des diktats de la minceur dans les sociétés occidentales. Le personnage de Randall aurait pu nous interroger encore plus sur la question des afro-américains aux États-Unis. Il n’en était rien. Mais dans cette seconde saison, elle a été encore plus loin grâce surtout au personnage de Déjà. De nouveau, la série quitte l’environnement pavillonnaire sécurisant comme elle l’avait déjà fait avec le personnage de William mais va cette fois-ci plus loin. La misère, la malchance, la colère sont visibles et nous rappellent ce que l’Amérique produit aussi. Des personnes oubliées, qui errent pour oublier leurs quotidiens et tentent de survivre en rêvant de « the big house and the fancy car ».

 

Photo by Ron Batzdorff/NBC

 

Enfin, toujours en fond dans cette deuxième saison, il demeure cette problématique de l’intégration. S’incorporer à une famille emplie de valeurs tout en gardant sa singularité, expression d’un mal universel. Qui n’a jamais eu la même discussion que Jack et Kevin sur l’avenir et le fait d’être une bonne personne ? Qui ne s’est jamais soucié pour ses parents, comme Kevin, Kate et Randall l’ont fait, lorsqu’une dispute éclatait ? Qui n’a jamais eu de regret de ne pas avoir su dire ce que l’on avait réellement sur le cœur, question tragique qui flotte au-dessus de la série ? Autant d’énigmes auxquelles This Is Us ne répond pas, faisant d’elle plus qu’une série : c’est le miroir de notre propre existence.

 

D’une humanité folle, This Is Us brille par sa simplicité. Le talent des acteurs, la justesse des dialogues et les retournements de situation incessants nous transportent mais c’est en la laissant respirer qu’elle nous dévoile tout son potentiel et nous rappellent notre propre condition. Nous sommes uniques mais nous nous construisant dans un tout. Nous sommes amoureux, complexes, colériques, dépendants, déçus, enjoués, impulsifs, raisonnables, sportifs, stressés. Nous sommes tout cela et bien plus encore. Finalement, cette série, c’est nous, tout simplement. 

 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

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