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Non, le football n’est pas mort

Non, le football n’est pas mort
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Cette semaine, des outsiders (AS Rome et Liverpool) ont éliminé des favoris (Barcelone et Manchester City) en quarts de la Ligue des Champions. Et on ne peut que se réjouir de ce bouleversement de l’ordre établi.


 

Mardi 10 avril, 22h20. D’un coup de tête croisé, Kostas Manolas fait rugir de plaisir un peuple entier et envoie l’AS Rome en demi-finales de la Ligue des Champions. Plus que les tifosi giallorossi, ce sont des millions de fans de football fâchés avec le nouvel ordre européen « imposé » par l’UEFA qui exultent en même temps que le défenseur grec. Car l’effet immédiat de ce but est l’élimination du FC Barcelone (4-1 ; 0-3), absent du dernier carré de la reine des compétitions européennes au profit d’une Roma qui n’avait plus fréquenté le big four européen depuis trente-quatre ans.

 

Deux exploits le même soir

 

Ce succès est d’autant plus impressionnant que personne ou presque ne s’y attendait. Au moment du tirage au sort, la presse catalane jubilait, et parlait déjà de triplé (le Barça sera, sauf catastrophe, champion d’Espagne et disputera la finale de la Coupe du Roi). Le jour du match retour, le quotidien catalan Sport titrait « penser aux demi-finales », pensant tirer sa légitimité du match aller remporté 4-1. L’arrogance de la presse barcelonaise, sans doute un peu trop sûre d’elle, rend l’exploit romain encore plus beau. Car l’AS Rome n’est pas non plus un cador de son championnat, culminant à la troisième place à 21 points du leader et attendant depuis dix ans de soulever un trophée. Car ce FC Barcelone-là semblait intouchable, n’avait plus perdu depuis le mois d’août et se voyait déjà champion d’Europe.

Ce même soir, Liverpool a réalisé un autre type d’exploit. Après dix ans d’absence, les Reds retrouvent eux aussi le dernier carré de la Ligue des Champions. Leur victoire contre Manchester City ne souffre d’aucune contestation (3-0 ; 2-1) et fait là encore office de formidable coup de massue à l’encontre des partisans d’un football aseptisé, calculé et ne laissant aucune place à l’aléa sportif. L’affiche avait en effet tout pour plaire à celles et ceux qui revendiquent un football romantique et vintage : d’un côté Manchester City, propriété des Émirats arabes unis depuis 2008 et sans réelle histoire européenne, et de l’autre Liverpool, quintuple vainqueur de la Ligue des Champions mais en réelle perte de vitesse depuis plus d’une décennie et bénéficiant d’une ferveur populaire incroyable. Il faut alors croire que la magie du football existe encore, avec une victoire aussi belle qu’inattendue de Liverpool, pourtant quatorze points derrière City en championnat.

 

Un renouvellement loin d’être gagné

 

Il ne s’agit pas ici de s’acharner contre la surpuissance catalane ou bien contre les pétrodollars mancuniens, mais bien de savourer ce doux instant de changement. Enfin du changement dans un cercle ultra-fermé, qui n’a sacré que deux équipes différentes en quatre éditions et qui compte à peu de choses près les mêmes demi-finalistes chaque année. Le constat est sans appel : depuis la saison 2013-2014, le Real Madrid a toujours été au rendez-vous des demi-finales, tandis que le Bayern Munich et l’Atlético Madrid n’ont manqué le coche qu’à une seule reprise. Ce constat est appuyé par une statistique alarmante : sur la période 2013-2017, seulement huit équipes différentes ont atteint le dernier carré de la Ligue des Champions. Entre 2000 et 2004, quatorze équipes ont atteint ce stade et seul le Real Madrid y a figuré plus d’une fois.

Le pire, c’est que cette tendance est partie pour durer encore de nombreuses années. Une ligue européenne fermée avait même un temps été envisagée, de sorte à faire perdurer cette culture de l’exclusivité qui satisfait à merveille la poignée de clubs concernés (le trio Barcelone – Real Madrid – Bayern Munich en tête). Finalement, ces clubs surpuissants ont « seulement » obtenu une réforme permettant aux quatre meilleures équipes d’Angleterre, d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie d’accéder directement à la phase de poules de la Ligue des Champions sans passer par les matchs de barrages. Bien entendu, cette omniprésence des quatre pays dominateurs (ils se partagent la moitié des places disponibles !) empiète sur la présence d’équipes de championnats plus mineurs et protège cette élite européenne d’un éventuel faux-pas sur la scène nationale.

 

Vers de nouvelles affiches ?

 

Ce nouveau vent de fraîcheur arrive donc à point nommé et peut (enfin !) donner lieu à de nouvelles confrontations en demi-finales. Car oui aussi alléchantes sur le papier soient ces affiches, retrouver chaque année des Chelsea – FC Barcelone ou des Bayern – Real Madrid devient lassant et dénué de tout intérêt. Voir arriver de nouvelles équipes à ce niveau (à l’image de l’AS Monaco l’an passé) permet d’assister à des oppositions de style inédites et bien plus intéressantes. En ce sens, l’idée d’une demi-finale entre l’AS Rome et Liverpool, et donc celle de retrouver l’un de ces deux clubs en finale, serait extrêmement rafraîchissante.

Ce billet d’humeur pourrait paraître forcé, caricatural même. Mais pour le fan de football que je suis, voir ce genre d’exploit subsister au plus haut niveau européen est un réel soulagement. À l’heure où les hautes instances de ce sport souhaitent en faire une science exacte à base d’arbitrage vidéo et de sur-utilisation de la statistique, on ne peut que savourer ce moment où le football redevient naturel. En espérant qu’il ne s’agisse pas d’une simple faille spatio-temporelle, et que cette tendance se confirme prochainement. Par une victoire finale de Liverpool ou de l’AS Rome par exemple ?

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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