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La mer : ce (dés)Eldorado français, ou le désespoir des grandeurs

Cale de mise à l’eau de l’anse de Joinville, port du Havre (© Frédéric Bisson/Flickr).
Corentin Luce

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » Tel est le premier vers d’un des plus célèbres poèmes de Baudelaire. Il nous rappelle l’importance de la mer pour nous toutes et tous, êtres humains. Ne nous y trompons pas, ceci est un fait : à l’âge de l’histoire universelle, le monde se maritimise et la mer se territorialise. Selon de nombreuses prévisions, à la genèse des années 2020, les deux tiers des 8 milliards d’hommes vivront à moins de 60 kilomètres des côtes ! La mondialisation se structure autour d’un réseau de mégapoles, qui sont et ont des ports.


 

Petit détour par nos livres d’histoire : de tout temps et pour toujours, les grandes puissances ont des ports. Les zones portuaires sont la clé qui ouvre la porte de la prospérité économique. En effet, c’est avec l’essor des ports – due à la découverte des Amériques (XVe siècle) et aux immenses flux de richesses qui en découlent – qu’est né le « capitalisme », perçu comme une « libération » (Marx) à l’égard du féodalisme d’antan. Les banques fleurissent alors à cette époque, car les armateurs devaient emprunter pour envoyer leurs navires aller chercher des épices et autres produits tropicaux au Nouveau Monde.

Ad vitam aeternam, l’ondée est un trésor mondial qui regorge d’avantages : près de 3 milliards d’hommes se nourrissent principalement de produits de la mer, celle-ci assure 80 % des transports de marchandises. Les rivages jouent de surcroît un rôle vital pour l’humanité, puisqu’ils absorbent 90 % de la chaleur et un tiers des émissions de carbone produites.

Jules Michelet, émérite historien du XIXe siècle, affirmait même que « c’est par la mer, et uniquement par le biais de celle-ci, qu’il convient de commencer toute géographie ». Dès lors, le pays de Voltaire et autre Rousseau, forte de 7 000 kilomètres de côtes, d’une zone économique exclusive de 11 millions de kilomètres carrés, abritant 10 % de la biodiversité mondiale et un pourcentage similaire quant aux récifs coralliens, est indéniablement une superpuissance maritime. Seulement voilà, le chute n’en est que plus douloureuse…

Pour cause, le contraste entre ce gisement exponentiel d’activités, d’emplois, mais surtout d’influence, et l’absence totale de toute stratégie pour valoriser ce diamant brut est saisissant. Les ports français, en dépit de leur localisation idéale et d’une histoire ancienne et dorée (Bordeaux, Nantes, Marseille, Le Havre, La Rochelle ou encore Lorient) ne sont que poussière à l’échelle mondiale. Ipso facto, leur part de marché pour les conteneurs a chuté au point d’arriver à une proportion rachitique de 5 % en Europe. La flotte nationale, quant à elle, ne peut se targuer d’être meilleure élève, puisque qu’elle occupe la 30e place mondiale. Quant au budget alloué à la recherche, il est de 400 millions contre 2 milliards pour l’espace. La marine nationale est dans un état de délabrement inquiétant (sous-entraînement des troupes, vétusté des équipements).

Le point culminant qui démontre le mépris et l’ignorance de la France pour son extraordinaire patrimoine maritime est atteint par l’intermédiaire du projet de traité visant à aliéner à l’île Maurice notre souveraineté sur Tromelin ! Et tout ceci alors que concomitamment, la Chine place comme priorité nationale leur zone économique exclusive.

La France se doit de retisser le fil de son glorieux passé de superpuissance maritime. Car, comme le dit un célèbre dicton, les larmes des Français ont le goût de l’eau de mer parce que bien souvent les français ont déserté la mer. La mer doit faire l’objet d’une stratégie globale qui coordonnera aussi bien acteurs publics que privés autour de cinq objectifs : production, protection, recherche, sécurité et souveraineté. Ad interim, les activités maritimes génèrent 65 milliards d’euros de chiffres d’affaires et drainent 310 000 emplois.

Voilà des chiffres bien modiques au regard du potentiel que la France a. Des idées ? Privatisation des ports, raccordement au réseau européen, investissement massif dans toutes les zones portuaires, dans l’aquaculture (CMA CGM pour les transports, STX et DCNS pour les constructions navales, Total ou Technip pour l’exploitation offshore). La haute mer devrait non seulement être érigée en bien commun de l’humanité, mais devrait aussi être l’objet d’une protection inébranlable. Pourquoi ne pas créer une agence spécialisée à l’ONU ou à l’OTAN pour garantir sa préservation ? Ou bien créer une gouvernance mondiale de la mer, munie d’objectifs clairs et ambitieux – comme la préservation de la biodiversité, la propreté à terme de tous les océans et mers – et doté d’un réel budget, permettant de secourir des migrants ?

Et que dire face à cette triste réalité : la mer rime davantage avec cimetière que joaillière, que lumière. Et pour cause, la mer est devenue un cimetière bien vivant. Impalpable, mais plus présent que jamais. Entendez-vous ce cri muet et froid, qui parcourt les flots. Pardi ! Ce cri muet et sourd, qui parcourt les flots des 30 000 hommes portés disparus et des 2 enfants qui meurent chaque jour. Il est là le silence de la mort.

Eric Tabarly, immense navigateur français, rappelait même avec un sens de la formule qu’on lui connaît bien que « naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En mer, on sait ou on ne sait pas ». La mer possède de fait une dimension morale : elle départage inlassablement, indéniablement, et impitoyablement les découvreurs, les entrepreneurs et les hommes d’État véritables des imposteurs ou autre affabulateurs. Chacun peut prétendre gouverner l’État par temps calme, mais très peu sont celles et ceux capables de le faire au cœur des tempêtes de l’Histoire.

Enfin, la mer peut et doit être le laboratoire à ciel ouvert des énergies renouvelables pour que transition écologique il y est vraiment : éoliennes au Danemark et en Islande, géothermie, énergie hydraulique. Voilà tant de domaines et d’opportunités à saisir et cela aura lieu en et par la mer.

Je me permets de citer la dernière strophe de Baudelaire, à propos de la rivalité qui demeurait entre l’Homme et la mer qu’il est grand temps de détruire :

Et cependant voilà des siècles innombrables,
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !

Alors pour que mer et cimetière plus jamais ne riment. Pour que mer n’aille plus de pair avec poubelle. Pour que l’ondée ne rime plus avec abandonné. Agissons…

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Corentin Luce

Membre et co-référent des JAM 58 et LREM 58. Je suis français par hasard et homme par nature. Ardemment engagé, éternel ambitieux et passionné. 4ème au concours national de plaidoiries des lycéens organisé par le Mémorial de Caen le 27 janvier 2017. (https://www.youtube.com/watch?v=6A95zPTEato) Finaliste de la 43ème session nationale du Parlement européen des jeunes-France du 23 au 27 novembre 2017 à Fontainebleau

Comments

  1. CESARI JEAN PIERRE

    Un grand bravo à Corentin qui malgré son jeune age ,voit bien ou se trouve le développement du futur.La France a beaucoup d’atouts avec ses différentes mers ou océans qui l’entourent.

  2. Bonjour,
    Très bonne analyse et surtout utile à l’éveil de nos consciences. Souvent , nous oublions de considérer les choses telles qu’elles sont . Leur montrer du respect, de la considération et les valoriser. Au vu de l’economie que vous venez de faire, je réalise combien de fois il est important de reconnaître non seulement la valeur des biens que la nature nous offre , mais aussi l’impact de ces biens dans nos vies. La préoccupation est réelle et mérite que les personnes dépositaires de pouvoir à agir puisse très rapidement agir , avec le concours de nous tous. Comme vous , je refuse que perpétuellement mer rime avec cimetières, ou poubelle!
    Maritimisons nos vie , afin que Mer rime avec Vie.
    Bien cordialement

    Mlle ESSOLA EFOUNTAME
    Marlène

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