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Affaire Babchenko : entre mythe et réalité

Affaire Babchenko : entre mythe et réalité
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  • On 12 juin 2018
  • https://jeanemmablog.wordpress.com

Jeudi 7 juin, une délégation de journalistes ukrainiens s’est rendue à Bruxelles afin de participer à une réunion organisée par le Bureau de Liaison du groupe de réflexion ukrainien. Parmi les sujets abordés figuraient le paysage médiatique ukrainien et – bien évidemment – la mise en scène du meurtre du journaliste Arkady Babcheno. Contrairement à ce que la plupart des médias occidentaux portent à croire, ce cas est loin d’être résolu. Il ne s’agit en réalité que du début.


 

Babchenko est un journaliste russe ayant déménagé à Kiev en 2017 pour des raisons de sécurité. Après avoir servi comme soldat lors des deux guerres en Tchétchénie, il est devenu correspondant de guerre et a notamment travaillé pour le journal d’opposition russe Novaya Gazeta. Toujours très critique envers le Kremlin, il a finalement décidé de prendre refuge en Ukraine après avoir avoué que son expérience était « tellement personnelle et effrayante que j’ai été forcé de fuir ».

 

Un spectacle digne des plus grands

 

Le 29 mai, la communauté internationale apprend la « mort » de Babchenko. La nouvelle fait le buzz. Plusieurs proches, collègues et organisations de journalistes condamnent le meurtre orchestré par des prétendus assassins russes.

Le lendemain, le 30 mai, Babchenko apparaît vivant à une conférence de presse. Coup de théâtre. La surprise est teintée d’incompréhension. Le monde apprend que les services secrets ukrainiens ont mis en scène la mort du journaliste afin d’attraper les hommes qui menacent Babchenko depuis des mois.

 

Réactions sur la scène internationale

 

L’opinion publique est divisée entre une interprétation occidentale et ukrainienne de la situation. D’un côté, le stratagème est jugé « intolérable et inacceptable ». De l’autre, les Ukrainiens regrettent le manque général de considération des circonstances justifiant l’opération.

Cependant, certains journalistes ukrainiens présents à la réunion ont également souhaité accentuer que plusieurs éléments de l’affaire demeurent toujours inconnus. À date, ils ne comprennent pas entièrement les raisons expliquant la nécessité d’un tel plan.

D’autres ont déploré les conséquences éventuelles sur la crédibilité de l’Ukraine. Un journaliste a affirmé : « Par conséquent, il deviendra plus difficile de diffuser des nouvelles ukrainiennes dans la presse occidentale ». Après une telle médiatisation du prétendu meurtre de Babchenko, le suivi de l’affaire et les autres nouvelles nationales pourront difficilement intéresser les lecteurs.

L’Ukraine a lancé une enquête afin de découvrir les pièces manquantes du puzzle, mais sa portée sera très certainement limitée. Maintenant que la confusion s’est installée dans les esprits, la communauté internationale estime qu’il est désormais impossible de connaître la vérité.

 

Considérations éthiques

 

Mais dans un contexte de guerre, il est primordial d’identifier les acteurs, les justifications ainsi que le déroulement de cet évènement. Les tensions entre la Russie et l’Ukraine continuent de prendre pour cible les journalistes. Ces derniers sont devenus des outils de rétorsion pour les deux pays.

L’objectif ici n’est pas de pointer du doigt, puisqu’il s’agit précisément de soutenir et d’accentuer la séparation entre le conflit diplomatique et la liberté d’expression (et son corollaire, la liberté de la presse). Alerter l’opinion publique sur le nombre accru de menaces quotidiennes envers les journalistes au sein de cette guerre d’influence doit devenir une priorité. Ces attaques répétitives vont à l’encontre du droit humanitaire.

C’est également à un moment où la crédibilité du journalisme est gravement compromise que la vérité doit être rendue publique. Non, ce n’est pas une autre « fake news ». La presse a reçu l’information relatant de la mort de Babchenko, confirmée par les autorités ukrainiennes, et l’a donc légitimement publiée.

Le cœur du problème réside donc dans la manipulation des médias, ainsi que dans la tromperie des citoyens. Cette affaire nourrit la théorie du complot selon laquelle politiciens et journalistes agissent de pair. Mais il n’en est rien : les médias n’ont commis aucune erreur déontologique. Ils ont été trompés, au même titre que le reste de la communauté internationale.

De tels agissements sont-ils réellement éthiques ? Seule l’investigation pourra nous le dire.

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