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« Something in the Rain », romance coréenne

« Something in the Rain », romance coréenne
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Les vacances commencent à peine, et, avec elles, la sempiternelle recherche de la série qui illuminera votre été. Something in the Rain, tout récemment dévoilée sur Netflix, bouleverse par sa douceur et son humanité. Critique.


 

Yoon Jin-a est une trentenaire qui travaille dans un café comme manager. C’est une femme très facile à vivre mais qui a l’impression de mener une vie vide de sens. Le petit frère de sa meilleure amie rentre alors en Corée après avoir travaillé à l’étranger. Jin-a, qui avait l’habitude de trouver Jun-hui puéril, est sensible à sa transformation.

 

★★★★★ – À voir absolument

 

Something in the Rain, c’est d’abord une histoire d’amour. Celle de Jin-a, la trentaine bien entamée, manageuse dans une entreprise sud-coréenne de café, et de Jun-hui, de quelques années son cadet et qui travaille dans le même immeuble. Jin-a, un tantinet naïve et le cœur bien trop tendre, habite encore chez ses parents dans la banlieue séoulite. Jun-hui occupe un petit appartement de la capitale. La série du réalisateur Ahn Pan-seok s’intéresse à leur rencontre et à leur amour naissant sur fond de société coréenne.

Pour donner forme à son récit, Ahn Pan-seok a choisi la longueur autant que la langueur. La seule et unique saison se compose de seize épisodes d’environ 1h20 chacun, soit plus d’une vingtaine d’heures de métrage. De cette façon, la trame se veut lente, indécise, et il convient alors de faire preuve de patience pour entrer dans ce monde que l’on découvre peu à peu. Il faut du temps pour que les personnages nous paraissent réellement familiers tout comme il faut du temps pour entrer dans leur intimité. C’est la marque de fabrique de Something in the Rain : une tendance, délicate, à la pudeur. La pudeur physique, bien entendu — et Ahn Pan-seok joue magnifiquement bien de ses plans de coupe pour retranscrire non pas l’amour, mais ses moindres détails — mais aussi et surtout la pudeur des sentiments, retenus, contenus dans des corps qui se trahissent en permanence pour qui veut bien le percevoir. Toute colère est ainsi fugace, inattendue, et le jeu des caméras, soutenu par celui des acteurs (et en particulier Son Ye-jin et Jung Hae-in, les deux protagonistes), capte le moindre sourire, la moindre émotion susceptible de dire quelque chose. En fond, la bande originale jongle entre une demi-douzaine de ballades à la candeur certaine.

Something in the Rain conte un amour caché, une romance qui se voudrait limpide mais qui ne peut l’être compte tenu des circonstances. Par leur différence d’âge, leur proximité durant l’enfance et leur amis communs, Jin-a et Jun-hui savent leur idylle bancale, épineuse à comprendre comme à être acceptée. La série nous montre comment des sentiments tels que la peur, le rejet et la solitude peuvent se transformer en assurance, en confiance en soi et en un amour inconditionnel. La passion qui anime Jin-a et Jun-hui s’inspire ainsi des difficultés de leur relation jusqu’à s’auto-nourrir. Et elle déteint sur leur personnalité, évidemment.

 

 

La société sud-coréenne, faite d’ombre et de lumières

 

Au cœur de l’œuvre, la Corée du Sud est partout, et avec elle tous ses symboles. Le soju, un alcool originaire du pays, est omniprésent à table comme en soirée au point qu’il paraît être la condition sine qua non à l’enivrement des personnages. Au-delà de cet aspect, il est, au même titre que le sikhye ou les karaokés, un catalyseur social dans le sens où il sert de prétexte aux individus pour se retrouver (ou bien est-ce l’inverse?). La ville elle-même n’est que rarement filmée par Ahn Pan-seok qui lui préfère l’intérieur des bâtiments et une poignée de lieux extérieurs, mais on ne peut s’empêcher de sentir sa présence et son immensité.

Parfois pourtant, c’est un spectre plus sombre de la société coréenne qui surgit. Il y a la place du travail dans la vie des personnages, prépondérante, étouffante parfois. Les Coréens se réalisent par le travail (en tout cas, ils sont beaucoup à penser que c’est le cas) et ce n’est certainement pas un hasard si une majeure partie de la série se déroule sur les lieux de travail de Jin-a et Jun-hui. Il n’y a pas un personnage dont on ne connaisse pas l’activité professionnelle ou le quotidien. La mère de Jin-a, qui tient tant à la marier, tient ainsi un discours dans lequel elle insiste sur l’importance de l’origine sociale du futur époux de sa fille. « Il doit venir d’une bonne famille » s’entête-elle, quand cette question n’a que peu d’importance pour son mari.

Mais le point d’orgue des travers de cette société — qui, on l’a bien compris, est clairement dénoncée par le réalisateur — réside certainement dans les rapports hommes/femmes et notamment ceux verticaux qu’entretiennent patrons et salariées. Dans l’entreprise de Jin-a, les supérieurs (tous des hommes, sans exception) profitent ainsi régulièrement de leur statut lors de « dîners d’équipe » pour abuser sexuellement des salariées en s’adonnant notamment au vice des mains baladeuses. Something in the Rain a ainsi le mérite de nous donner matière à réfléchir sur cet atavisme sociétal qui mine les rapports entre sexes en Corée du Sud et partout dans le monde. À sa façon, elle est un miroir de la société sud-coréenne contemporaine.

 

Something in the Rain a le pouvoir de faire aimer l’amour. Un amour de l’autre bout du monde certes, mais un amour universel, avec ses failles et ses beautés. D’abord hésitante, toujours sincère et jamais lassante, la série d’Ahn Pan-seok brille de tendresse et de sentiments. Après la pluie vient le beau temps.

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

Comments

  1. laure

    J’ai commencé par « le jardin céleste » agréablement surprise je continue par « something in the rain »… je me laisse aller au rythme des saisons, des personnages…
    La société semble y être très bien décrite (je suis allée au Japon mais pas en Corée…). Le Gap entre modernité et tradition… les hommes et les femmes, le monde du travail, le difficulté d’exister en étant ce que l’on est… j’ai encore plusieurs épisodes mais encore une fois c’est une belle surprise.

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