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Festival d’Avignon : le bilan à mi-parcours

Festival d’Avignon : le bilan à mi-parcours
Bertrand Brie

Depuis un peu plus d’une semaine, se déroule la 72ème édition du Festival d’Avignon. Entre le IN et le OFF, les propositions foisonnent, et on ne sait parfois plus très bien où donner de la tête… Voilà donc une sélection de mi-parcours de ce que nous avons aimé et moins aimé !


 

On aime et on recommande :

 

  • La Reprise : Histoire(s) du théâtre de Milo Rau (en tournée mondiale, aux Amandiers de Nanterre dès la fin du mois de septembre) : sans conteste la claque de ce début de festival. Création documentaire autour du meurtre homophobe d’Ihsane Jarfi à Liège en 2012, La Reprise manie avec finesse les artifices du théâtre, développant une réflexion esthétique et politique puissante mais accessible. Brillant, et bien construit, le spectacle saisit, touche et trouble sans pour autant être larmoyant. Une grande œuvre.
  • Joueurs, Mao II, Les Noms de Julien Gosselin (en tournée, à la saison prochaine à l’Odéon – Théâtre de l’Europe) : Julien Gosselin revient avec une fresque théâtrale adaptée de l’œuvre de Don DeLillo. Comme pour son dernier spectacle, le rythme est digne ici d’un marathon, d’autant que les dix heures se font sans entracte ! Que l’on se rassure, on peut bien évidemment sortir et rentrer librement afin de prendre des pauses, et des écrans sont à la disposition des spectateurs afin de suivre le spectacle même à l’intérieur de la salle. L’écriture labyrinthique de Don DeLillo est d’une beauté et d’une puissance étrange, même si elle peut parfois être compliquée à saisir, et elle s’allie plutôt bien à un Julien Gosselin plus calme que d’habitude. Poussant à l’extrême l’usage de la vidéo, on suit avec passion les aventures de tous ces protagonistes qui nous permettent de radiographier la société occidentale contemporaine et ses travers. On ressort perdu, épuisé, et plein de questions, mais particulièrement stimulé.
  • Un homme qui fume c’est plus sain du Collectif Bajour (tous les jours à 11h50 à la Manufacture) : On s’embarque avec plaisir dans le travail de ce jeune collectif, qui trace ici le portrait d’une famille abritant ses névroses et ses drames derrière des cache-misères. Très drôle et physique à la fois, textes, improvisations et travail de corps se mêlent ici dans un spectacle ludique et bien construit malgré quelques fragilités et quelques lieux communs. On ne peut que recommander.
  • J’abandonne une partie de moi que j’adapte de Justine Lequette (19h30 au Théâtre des Doms) : encore le travail d’une jeune compagnie que l’on prend un grand plaisir à aller voir. Adapté du film d’Edgar Morin et Jean Rouch sur le bonheur, le spectacle de Justine Lequette revisite avec beaucoup d’humour l’œuvre des deux réalisateurs de Chronique d’un été, tout en faisant le parallèle avec notre époque. Si l’on y retrouve des similitudes, on se rend aussi compte que notre société contemporaine est pleine de réponses, mais qu’il n’y a plus de question pour reprendre une phrase de Marguerite Duras que la comédienne se plaît à dire. La réflexion n’est pas forcément poussée jusqu’à son terme, ou, en tout cas, on aurait pu en vouloir plus, cela dit on se régale devant tant d’inventivité et d’humour.

Crédits photo : Christophe Raynaud de Lage – La Reprise de Milo Rau

 

  • Cent mètres papillon de Maxime Taffanel (16h20 à la Manufacture) : Seul en scène de Maxime Taffanel, ex-nageur reconverti dans le théâtre, Cent mètres papillon narre avec humour les entraînements, les compétitions, bref la vie d’un jeune espoir de la natation. Avec sa carrure d’armoire à glace, Maxime Taffanel propose un récit très physique que l’on écoute avec grand plaisir.
  • Thyeste de Thomas Jolly dans la Cour d’Honneur (en tournée) :  Porté par la superbe traduction de Florence Dupont, Thomas Jolly s’empare de la Cour d’Honneur qui s’anime au fil de la passionnante et tragique histoire d’Atrée et Thyeste. Malgré quelques problèmes de rythme et des costumes parfois un peu criards, on se laisse prendre au jeu de la tragédie antique, dont Thomas Jolly dégage des questions intéressantes et un spectacle accessible.
  • Un Garçon d’Italie de Mathieu Touzé au Théâtre Transversal : adaptation du roman de Philippe Besson, Un Garçon d’Italie narre la mort d’un jeune Italien de 29 ans, Luca, et ce qu’elle met en lumière dans son couple et ses amours. La mise en scène portée par trois comédiens talentueux, est sans apparat superflu, et fait preuve d’une grande délicatesse. Touchant.

Crédits photo Nicolas Joubard – Un homme qui fume c’est plus sain

 

  • Trans (Més Enllà) de Didier Ruiz (jusqu’au 16 au Gymnase du Lycée Mistral, puis en tournée) : Trans est un spectacle de témoignages issu des recherches de Didier Ruiz. Après être entré en contact avec un réseau de soutien et d’accompagnement pour les transsexuels à Barcelone, Didier Ruiz a rencontré de nombreuses personnes, dont quelques-unes sont présentes sur scène et partage leur histoire. Le dispositif est extrêmement simple, tout repose sur la force de ces femmes et de ses hommes qui n’ont jamais fait l’expérience du plateau auparavant. On ressort secoué et très émus de ces récits de vie qui ne demandent qu’à être partagés et écoutés.
  • Pour tous les publics : Qui suis-je de Yann Dacosta (14h40 au 11-Gilgamesh) : Vincent entre en troisième. Ado au physique ingrat, cliché du matheux nul en sport, il sympathise avec le nouveau de la classe, Cédric. Contée avec beaucoup de légèreté, l’histoire de ce jeune ado qui découvre son homosexualité est à la fois touchante et pleine d’humour. Portée par une ambiance presque « cartoon » due à une scénographie sur laquelle s’anime les dessins de l’illustrateur Hugues Barthes, la vie et les aventures de ce jeune collégien se suivent aisément et avec plaisir.

 

On a peu ou pas aimé :

 

  • Kreatur de Sasha Waltz : nouvelle pièce de la chorégraphe allemande Sasha Waltz, Kreatur peine à convaincre. Malgré une première partie parfois intéressante, le propos se dilue très vite dans un didactisme qui alourdit une réflexion déjà dispersée et manquant de profondeur. On finit par ne plus comprendre grand-chose de ce que l’artiste a voulu faire. Dommage.
  • Iphigénie de Chloé Dabert : Iphigénie est un texte particulièrement délicat à mettre en scène, et ce travail en est une nouvelle preuve. On ne retrouve ici que les vers de Racine – et encore – sans qu’il y ait franchement un quelconque éclairage intellectuel, ou une réflexion plus poussée. La langue est certes belle, mais l’absence de réelle mise en perspective et la performance parfois un peu laborieuse des comédiennes et des comédiens fait d’autant plus ressortir le caractère daté des ressorts narratifs.
  • Fucking Happy End de Sarah Fuentes (20h40 au Théâtre du Train Bleu) : Si l’idée de départ était intéressante – une réflexion sur le conte et les fins heureuses – quelle n’est pas notre surprise lorsqu’une fois le spectacle débuté, on tombe sur un mauvais boulevard. Au milieu d’un texte vulgaire et de blagues franchement putassières, on ne reconnaîtra franchement que l’énergie des comédiens qui s’échinent à jouer une foule de personnages. Faire de l’humour soit, vouloir être hors-limite est intéressant, mais ici les grosses ficelles, la sexualisation de tous les personnages féminins, et le nombre incalculables de blagues sexuelles lasse et agace rapidement. On passe notre tour.

Crédits photo Frédérique Toulet – Fucking Happy End

 

  • Mal de crâne de Louise Emö (21h30 au Théâtre des Doms) : le texte de présentation aurait pu faire un peu peur, mais on a fini par se laisser convaincre. Hamlet et Eminem, ici, même combat : porter le verbe haut et dire le malaise d’une jeunesse maltraitée. Le rapprochement est osé, et le texte porté par des acteurs énergiques, mais on se perd complètement dans le propos du spectacle, si bien qu’on ne comprend plus vraiment de quoi il s’agit. Le jeu avec le public se veut drôle, ludique et un peu cool, mais on ressort de la salle du Théâtre des Doms avec la fâcheuse impression qu’on a un peu laissé le spectateur au bord de la route.
  • OVNI(S) d’ildi ! eldi : créé à partir d’un texte d’Ivan Viripaev, le nouveau spectacle d’ildi ! eldi ne convainc pas même si l’on n’y passe pas un mauvais moment. Sorte de faux tournage documentaire sur des individus qui auraient vu un OVNI(S), la mise en scène peine à apporter à la réflexion de Viripaev sur le besoin de mythologie, et malgré le côté ludique du spectacle, on finit par s’ennuyer un peu. Dommage.
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Bertrand Brie

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