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Festival d’Avignon : le bilan de fin de parcours

Festival d’Avignon : le bilan de fin de parcours
Bertrand Brie

Pour nous, le Festival d’Avignon, c’est fini, mais sinon ça continue encore jusqu’au 29 ! Si vous faites partie de ceux présents pour cette dernière semaine, ou si vous voulez vous renseigner sur des spectacles qui passeront sans doute près de chez vous dans les mois à venir, nous avons fait le bilan de cette deuxième semaine de festival (vous pouvez également retrouver le bilan de mi-parcours présentant les spectacles vus la première semaine sur Radio-Londres).

 


 

On a aimé :

 

  • Le Roi sur sa couleur et Je m’en vais mais l’Etat demeure d’Hugues Duchêne avec le Royal Velours au Théâtre du Train Bleu (tous les lundis à 16h30 pour le premier, tous les jours pairs à 11h45 pour le second) : satires politiques réalisées avec trois francs six sous, les deux spectacles du Royal Velours font fureur à Avignon – à raison ! Hugues Duchêne présente au Théâtre du Train Bleu ses chroniques de politique-fiction ultra-documentées ; il y ridiculise le pouvoir sans humilier, le tout en émaillant son récit, d’articles, de compte-rendu et de photos glanées au fil du temps. Deux spectacles intelligents et pleins d’humour, on a hâte de voir ce que le Royal Velours nous réserve pour la suite !
  • Claudel Kahlo Woolf de Monica Mojica (tous les jours à 22h10 à l’Artéphile) : si le titre laissait craindre un biopic croisé un peu fadasses des trois artistes, la proposition est loin de coller à nos attentes. Dans ce spectacle transdisciplinaire, on se laisse embarquer malgré quelques faiblesses dans des morceaux de vie qui se veulent plus être une fenêtre ouverte sur l’intimité qu’un travail biographique. Esthétique léchée, travail sur les sensations, on ressort étonné et content de cette proposition des plus originales.
  • Les travaux avancent à grand pas de l’Amicale de production (tous les jours à 15h au 11 – Gilgamesh) : l’Amicale nous a habitués à ses spectacles à l’humour décapant, qui refont le théâtre sous nos yeux. Ici, on intègre le spectateur avec intelligence, et les joyeux drilles (avec un noyau dur, mais des nouveaux arrivent et repartent en permanence) présentent chaque jour une proposition différente, toujours en chantier. Comme dans une espèce de laboratoire en mouvement permanent, on réfléchit, on rit, et on passe un excellent moment de théâtre. Plus qu’à espérer que ce qu’on n’a pas pu voir sera un jour concrétisé sur scène.
  • Saison sèche de Phia Ménard : invitée par Olivier Py à créer un nouveau spectacle, Phia Ménard présente un rituel fascinant, où, non sans humour, elle réutilise les codes de la masculinité pour mieux les démonter. Bourré de références, voici un spectacle qui transforme réellement la matière du plateau comme la metteuse en scène aime si bien le faire, et on assiste à l’écroulement progressif d’une scénographie qui se veut être le symbole du patriarcat. L’esthétique ne peut laisser indifférent, et on sort avec le sentiment d’avoir vu une œuvre puissante.

 

Je m’en vais mais l’état demeure du Royal Velours – photo de Simon Gosselin

 

  • Arctique d’Anne-Cécile Vandalem : Après avoir présenté Tristesses, Anne-Cécile Vandalem revient à la FabricA du Festival d’Avignon pour présenter son nouveau spectacle, supposé être une réflexion sur le réchauffement climatique. Même esthétique tout droit venue du polar, film tourné en direct en hors-champs, Arctique reprend des éléments de Tristesses que l’on associe désormais au travail de la metteuse en scène belge. Si l’on suit sans trop de peine le récit, l’utilisation franchement omniprésente de la vidéo et le travail en hors-champs rend tout de même franchement perplexe quant à l’intérêt de présenter cela au théâtre et non au cinéma, malgré les retours au plateau récurrents. La réflexion se dilue dans un foisonnement d’idées parfois juste effleurées, qui fait qu’on ne sait plus trop où donner de la tête, et les lieux communs sont de la partie (l’Etat qui s’associe aux grandes corporations, l’environnement en danger…). On passe cela dit un moment agréable, plutôt grâce au polar bien troussé qu’à la vidéo et aux réflexions qui nous laissent un peu sur notre faim.
  • Méduse des Bâtards Dorés : Gagnants du grand prix du Festival Impatience, les Bâtards Dorés ont eu la possibilité de se produire à Avignon. L’étonnante proposition prend place au Gymnase du Lycée Saint-Joseph, où les spectateurs font la singulière expérience de revivre le procès du Radeau de la Méduse. La proposition est certes foisonnante, parfois un peu trop, mais il y a là quelque chose de franchement réjouissant. Si certains moments emportent plus que d’autres – le procès, et surtout le magnifique monologue de Jules Sagot, interprétant l’Ode Maritime de Pessoa – on assiste à un vrai moment de théâtre, regorgeant d’idées, dans lequel les tentatives – mêmes les moins réussies – vont chercher le spectateur pour l’intégrer au récit, sans putasserie, ou sans chercher à influencer son regard. S’ajoute à ça, des réflexions sur la justice et sur la question de la perception d’autrui aussi foisonnantes qu’intéressantes. Une proposition audacieuse…

 

De dinge die voorbijgaan d’Ivo van Hove – photo de Christophe Raynaud de Lage

 

On a peu ou pas aimé :

 

  • De dinge die voorbijgaan d’Ivo van Hove : le nouveau spectacle du directeur du Toneelgroep Amsterdam est une adaptation d’un roman de Louis Couperus sorte de « Proust néerlandais » selon ses propres dires. On assiste à une histoire de famille, sorte de crise larvée qui se nourrit d’un crime perpétré soixante années plus tôt, et qui gangrène chaque génération de la lignée. La mise en scène et l’esthétique austère du spectacle font que l’ennui gagne assez régulièrement le spectateur, et empêche de se passionner pour un récit, qui, quoique bien construit, n’apparaît pas aussi lumineux que ce que l’on aurait pu penser. Quelques images effectivement superbes se détachent de ces deux heures trente de spectacle, mais on est resté globalement froid, incapables de se laisser par une quelconque émotion.
  • Tartiufas d’Oskar Korsunovas : De ce Tartuffe revisité à la dynamite, on retiendra l’indéniable humour avec lequel est mené le spectacle. Du reste, on peine à saisir la cohérence d’ensemble, entre les effets vidéos, kitsch contemporain (Orgon sur facebook…), l’intrigue qui s’achève sur un plan à trois, et Tartuffe qui termine vainqueur de la situation. Tartiufas nous a un peu perdu en route, et on en sort fort peu convaincu.
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Bertrand Brie

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