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L’amère fin du monde… ou Trump, le nouveau prophète

L’amère fin du monde… ou Trump, le nouveau prophète
Corentin Luce

Une nouvelle ère s’ouvre… Drôle d’époque et subtile division : la préhistoire s’est chargée d’inventer la vision ; les Grecs, la mesure, la philosophie et autres mathématiques ; le Moyen-Âge, la vérité ; les positivistes ont conçu l’exactitude et la raison. Et Internet a créé les fake news.


 

Résumé certes sommaire, grossier même. Mais on le conservera pour parler des fake news, les fausses nouvelles, les hoax (canular, en anglais). Empire d’une réalité virtuelle qu’Internet a mis au monde pour fausser celui-ci et le repousser aux abysses de l’oubli, entraînant mécaniquement une négation de la réalité. Le phénomène des fake news explose depuis peu : il concurrence la presse, les médias, la perception, l’évidence et Dieu.

Trump, le loufoque, et non moins représentatif de notre monde, président américain, en a fait une véritable doctrine qui s’est révélée ultra-efficace.

Pour certains – et ce n’est pas totalement faux –, ce même président à la coiffure pour le moins extravagante, réinvente la novlangue d’Orwell (1984), mais dans le sens du ridicule et du grotesque, désarçonnant et figeant dans la stupeur, le flou corporel et l’incapacité à riposter. Donald Trump est intéressant en ce sens qu’il est le prophète d’une nouvelle manière de communiquer en politique : ne jamais se soucier de la vérité, ou plus précisément, de l’exactitude. Après de Gaulle et la radio, Kennedy et la télévision, voici venu le temps des pleurs et des jérémiades tweetériennes de Donald Trump.

Une nouvelle ère s’ouvre, capitalisée et illustrée par Trump : on répète une monstruosité, non pour qu’à force de la répéter elle ne devienne « vraie » comme au XXe siècle (pensons aux Hitler, Staline, Pol Pot et autres Mao), mais parce que la vérité n’a plus aucun sens. C’est une myopie, une « manipulation », dit le rhéteur. C’est en quelque sorte le summum du lavage de cerveau. Depuis, la nouvelle dictature, le totalitarisme 2.0, est une langue qui déstabilise le réel, puis le fait devenir véniel, caduc au lieu d’être un œil qui vous observe partout et tout le temps. C’est ici une des erreurs fondamentales d’Orwell, les nouvelles tyrannies sont « douces » pour reprendre les mots de Tocqueville. C’est un chuchotement malsain, pas une police politique. Cette voix vous explique que la vérité n’a plus aucun sens, que le réel n’a plus d’importance.

Clin d’œil ironique de l’Histoire et inversement spectaculaire : Trump veut un mur entre l’Amérique et le Mexique (en réalité, le monde), mais il démantèle allègrement celui entre le faux et le vrai, entre la réalité et la stupidité.

Trump a donc inventé le discours politique qui ne remplace pas le réel (comme chez les anciens dictateurs qui prétendaient tous détenir la vérité), mais celui qui vous dit que le réel n’a plus aucune importance. Que c’est un complot, que les médias et les élites vous manipulent, que c’est une arnaque. Les élites, dépositaires du réel et de son sens, sont discréditées et inaudibles, car englouties par les vagues successives de fausses informations, outrancières et toutes plus débiles les unes que les autres. Les élites sont donc condamnées à la paralysie. Et si jamais elles réagissent, c’est par l’indignation, en criant au scandale de manière maladroite et prouvant que Trump dit vrai en disant faux. Triste cercle vicieux.

Les fake news, ou l’attentat perpétuel contre le bon sens, le commun, le consensus séculaire sur le réel et la vérité. Trump est un terroriste du bon sens. Marine le Pen et autre Mélenchon également, terroristes de la bêtise, s’attaquant à ces 2 totems sans quoi aucune société ne tient.

 

Une nouvelle ère s’ouvre…

 

L’usage politique du « faux », de cette négation de la vérité et surtout de la réalité, n’est pas seulement une marque de débilité ou d’un caprice populiste : c’est un usage pernicieux, fallacieux de la violence. On attaque les évidences, votre sens, votre bon sens, votre logique, votre raison, votre vie. On vous accule, vous laissant pantois, avant d’être submergé encore et encore par ces vagues et de finir par craquer : le doute, la panique, puis la peur. Une fois cette peur créée, il suffit aux populistes terroristes de la manipuler ; le tour est joué. Une fois les « passions tristes » installées, c’est le grégaire, le groupe, le clan, la méfiance, l’intolérance et la régression.

Recette magique. Fruit de la peur. On vous ôte ainsi progressivement l’un des droits les plus fondamentaux du citoyen en démocratie : le droit et le devoir de faire de « la politique ». On pourrait dire qu’on vous retire votre citoyenneté, car après tout, la politique, c’est un mensonge. Un complot. Vous finissez donc par voter pour celui qui vous dit précisément que les élections ne servent à rien si ce n’est à vous mentir.

Les fake news, c’est donc la mort pure et simple de l’exactitude, de la vérité, de la réalité et de la citoyenneté qui surveille et encadre et des élites qui en sont les sentinelles. Elles sont la somme de la virtualisation intensive d’Internet, du soupçon généralisé dont les médias et les élites sont les étendards, et de la défaite d’un ancien consensus sur la vérité.

Ces fausses informations vont prospérer jusqu’à ce qu’Internet réinvente l’imprimerie, et puisse institutionnaliser les moyens de légitimation, le cadre du crédit et l’autorité de l’information. En attendant ce nouveau codex, place au chaos généralisé où la bêtise est monnaie courante. Chaos qui a certainement marqué l’invention de Gutenberg en 1450.

Période de transition douloureuse et inquiétante. « La terre est bleue comme une orange » d’Éluard n’est donc plus seulement une forme d’attentat esthétique, mais politique. C’est une nouvelle ère, celle d’Internet, celle-là même qui a enfanté la démocratisation stupide des lanceurs d’alerte et fait propager les prophètes du faux.

 

« Rien n’est vrai » revient à deux conclusions : « je peux tout affirmer », et surtout, « rien n’a d’importance ; surtout pas vous ». Sans doute une autre fake news, me direz-vous…

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Corentin Luce

JAM 58 et LREM 58. Je suis français par hasard et homme par nature. LIBERAL enragé (Flaubert), pro-européen et progressiste. Amoureux des mots et de l'éloquence. Terminale ES

Comments

  1. CESARI JEAN PIERRE

    Excellent résumé du lavage de cerveau que nous subissons quotidiennement.
    Difficile de pouvoir réagir sainement.

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